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Pourquoi il faut prendre exemple sur le libre échange nord-américain

Photo de Ivan Best

Michael J Boskin

Publié le 24 novembre 2014 à 18:03 - Mis à jour le 26 novembre 2014 à 15:18

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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L'accord de libre échange nord-américain a été bénéfique pour tous les pays signataires. Les négociateurs internationaux devraient s'en inspirer. par Michael Boskin, professeur à Stanford, ancien conseiller de George W. Bush

Les nouvelles économiques sont mauvaises partout dans le monde. La croissance de la production de cette année a été décevante, et le Fonds monétaire international s'attend seulement à une légère amélioration en 2015. L'Europe pourrait être en train de glisser vers une nouvelle récession ; même l'économie allemande, autrefois pourtant robuste, se trouve au bord du gouffre. La Chine est en train de rétrograder ; le Brésil, la Russie et l'Inde ont du mal à éviter un décrochage.

Il est donc dommage que trois opportunités importantes de croissance au moyen de la libéralisation du commerce - le cycle de Doha de l'Organisation mondiale du commerce, le l'Accord de partenariat transpacifique  (TPP) dans la région Asie-Pacifique ainsi que le le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP) entre le États-Unis et l'Europe - sont négligés. S'ils sont bien conçus, tous trois ont le potentiel de stimuler la croissance mondiale. Grâce à la réduction des barrières tarifaires et non tarifaires, la protection de la propriété intellectuelle et l'harmonisation des réglementations, des centaines de milliards de dollars de production - et des millions d'emplois mieux rémunérés - pourraient être générés.

La leçon de l'accord de libre échange nord-américain

C'est la leçon de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui célèbre son 20e anniversaire cette année. Dans l'ALENA a 20 vingt ans, un livre que j'ai édité, plusieurs décideurs et chercheurs expliquent comment ce traité commercial historique illustre les avantages de la libéralisation des échanges - et pourquoi les dirigeants politiques devraient poursuivre sur cette voie.

L'élimination des droits de douane entre le Canada, le Mexique et les États-Unis était une décision à la fois innovante, risquée et controversée. L'ALENA est devenu un paratonnerre pour toutes les plaintes au sujet de la mondialisation, du capitalisme et du déclin du mouvement syndical. Beaucoup avaient affirmé que le traité ferait baisser les salaires, détruirait des emplois et ravagerait l'industrie agricole aux États-Unis. Au lieu de cela, l'ALENA a stimulé les économies des trois signataires et est a servi de modèle à des centaines d'accords de libre-échange ultérieurs.

L'ouverture de l'économie mexicaine

L'ALENA a aidé à ouvrir une économie qui, selon l'ancien ministre du Commerce mexicain Jaime Serra Puche, « avait été une économie très protectionniste pendant cinq ou six décennies ». Les exportations agricoles américaines ont bien menacé certains agriculteurs mexicains, mais d'autres ont été en mesure de stimuler leurs exportations - et profits - vers les États-Unis. Pendant ce temps, les consommateurs du pays, en particulier les pauvres en milieu urbain, ont bénéficié de la baisse des prix alimentaires. Selon Stephen Haber, mon collègue à la Hoover Institution de l'Université de Stanford, « à la suite, et dans une mesure considérable en raison, de l'ALENA, l'économie et le processus politique mexicains sont devenus beaucoup plus compétitifs ».

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Le Canada bénéficiaire, aussi

Le Canada a lui aussi bénéficié de l'accord. La productivité des entreprises et des travailleurs du pays a augmenté de 14%, conduisant à ce que l'économiste de l'Université de Toronto Daniel Trefler estime être l'équivalent d'une décennie d'amélioration des niveaux de vie. « Le Canada ... est une économie beaucoup plus moderne aujourd'hui qu'elle ne l'aurait été », affirme l'ancien ministre des finances du pays, Michael Wilson.

Pendant ce temps, le Canada et le Mexique sont devenus les deux principaux marchés d'exportation des États-Unis, qui représentent une somme combinée de 625 milliards de dollars en 2013, plus que les dix autres principaux marchés d'exportation réunis. Avant l'ALENA, les exportations vers le Mexique étaient à peu près équivalentes à celles vers le Royaume-Uni et environ la moitié de celles vers le Japon. En outre, cette forte hausse du commerce a créé d'innombrables emplois bien rémunérés.

Une production en commun

L'ALENA a produit quelque chose de bien différent de l'externalisation prédite par ses détracteurs. Environ 40% des importations américaines en provenance du Mexique ont en fait une origine américaine. Pour le Canada, le chiffre est de 25%. Pour la Chine, en revanche, la part est de 4%. « Nous ne nous contentons pas de nous vendre des choses les uns aux autres », explique Serra Puche. « A présent, nous produisons des choses en commun ».

Selon Lorenzo Caliendo, économiste à la Yale School of Management, on peut attribuer à l'ALENA une nette hausse du commerce transfrontalier et une augmentation des salaires réels (corrigés de l'inflation) dans les trois pays - même lorsqu'on prend en compte d'autres facteurs, comme l'ouverture de la Chine, la crise du peso, la bulle dot-com et la Grande Récession. En résumé, comme l'ancien secrétaire d'Etat américain George Shultz a noté, « l'ALENA a transformé la région ».

Un modèle pour les négociations commerciales en cours

Aujourd'hui, l'ALENA peut continuer à servir de modèle pour les négociations commerciales en cours. Un ALENA 2.0 pourrait se concentrer sur les sujets qui ont été initialement exclus, tels que la mobilité de la main-d'œuvre et l'énergie. Le développement des sables bitumineux canadiens, la révolution de l'énergie de schiste aux États-Unis et l'ouverture du secteur pétrolier mexicain aux investissements étrangers impliquent le plus grand changement géopolitique depuis l'effondrement du communisme.

Par ailleurs, la finalisation du TPP ou du TTIP pourrait stimuler des progrès dans le Cycle de Doha de l'OMC. « Il ne fait aucun doute qu'un accord majeur de haute qualité aujourd'hui, comme l'ALENA l'était en 1994, pourrait faire avancer le multilatéralisme à pas de géant », dit l'ancien représentant américain au Commerce Carla A. Hills.

Côté américain, la nécessité de court circuiter le congrès

La libéralisation du commerce est à la traîne depuis trop longtemps. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les présidents américains, qu'ils soient démocrates ou républicains, ont été en faveur du libre-échange en tant que pilier essentiel de la croissance. John F. Kennedy a lancé ce qui est devenu le Kennedy Round de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, et Bill Clinton a aidé à obtenir l'accord du Congrès sur l'ALENA et l'Uruguay Round de négociations commerciales, qui avait étés initiés et négociés sous les présidents George HW Bush et Ronald Reagan.

Le président Barack Obama a encouragé le TPP en Asie, mais il n'a demandé que récemment au Congrès l'autorité de négociation accélérée (la possibilité de demander d'adopter le texte tel quel au Congrès, sans possibilité d'amendements). La demande d'Obama a été rejetée par le leader de la majorité démocrate du Sénat américain, Harry Reid. Le nouveau Sénat contrôlé par les Républicains devrait l'approuver rapidement. « Nous n'aurions jamais terminé la négociation de l'ALENA sans procédure accélérée », selon Hills.

Personne ne négociera sérieusement avec les États-Unis si le Congrès peut faire sa sélection d'amendements. L'ancien Représentant américain au Commerce, Mickey Kantor, rappelle les âpres négociations de Clinton avec les démocrates du Congrès pour les convaincre de rejoindre les républicains en votant pour l'ALENA, surmontant les ailes protectionnistes des deux partis. Obama et la nouvelle majorité républicaine doivent maintenant décider s'ils suivent les traces de leurs prédécesseurs et susciter une nouvelle ère de croissance économique.

Traduit de l'anglais par Timothée Demont

Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'Université de Stanford et Senior Fellow de la Hoover Institution, a été président du Conseil des conseillers économiques de George HW Bush entre 1989 et 1993.

Michael J Boskin

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