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Accidents du travail: on oublie trop la route

Photo de Ivan Best

Carol Russell

Publié le 24 novembre 2014 à 17:49 - Mis à jour le 25 novembre 2014 à 10:47

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La première cause de décès au travail, c'est l'accident de la route. Elle est à l'origine de 44% des accidents professionnels mortels. Or peu de dirigeants agissent réellement contre ce risque. Par Carol Russell, Regional Manager Southern Europe and North Africa de MiX Telematics

Voilà le paradoxe : avec des enjeux - humains, bien entendu, mais également financiers et réglementaires - évidents, le risque routier est considéré comme priorité pour l'entreprise depuis plusieurs années maintenant. Or, il est toujours première cause de décès au travail et peu de dirigeants ont mis en place des actions de prévention en la matière.

Parent pauvre de la gestion des risques

Le dernier rapport de gestion de la Direction des risques professionnels
 de la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs
 salariés (Cnamts) indiquait que le risque routier était, en 2012, à l'origine de 19 463 accidents professionnels. Occasionnant 132 tués, ils représentaient 44% des accidents professionnels mortels, faisant d'eux la première cause de décès au travail.

Par ailleurs, selon un sondage Ifop d'octobre 2014 pour l'association PSRE (Promotion et Suivi de la Sécurité Routière en Entreprise), près de 7 entreprises sur 10 (68%) identifient aujourd'hui le risque routier. Une nouvelle plutôt bonne quand on sait qu'en 2010, elles n'étaient que 41%. Ce qui est alarmant, c'est qu'en parallèle, seuls 38% des dirigeants interrogés ont déclaré avoir mis en place des actions préventives.Pourtant, le Code du travail énonce clairement qu'un employeur est tenu de prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». Ce qui inclut le risque routier. Qu'il soit de trajet (déplacement entre le domicile et le lieu de travail ou entre le lieu de travail et le lieu de restauration habituel) ou de mission (déplacement nécessaire à l'exécution du travail), il ne peut être ignoré.

Pourtant pas un laissé pour compte

De nombreuses institutions et associations - La Sécurité Routière et l'Assurance Maladie en tête - recommandent, au-delà de la sensibilisation des salariés au respect des règles évidentes sur l'alcool et la téléphonie au volant, le port de la ceinture, etc., la mise en place d'une stratégie à part entière. Documentation, guides, accompagnement et parfois même aides financières sont ainsi disponibles pour soutenir les entreprises dans la définition de leur politique de prévention du risque routier.

Un code de bonnes pratiques existe même, reposant sur le management des quatre piliers "déplacements", "véhicules", "communications mobiles" et "compétences". Il s'agit principalement d'éviter les trajets inutiles ou préférer les transports en commun ; de fournir aux salariés des véhicules adaptés à leur mission, sécurisés et entretenus ; de mettre en place un protocole clair en termes de téléphonie lors de déplacements ; et de former ses salariés en fonction des besoins.

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Non, ça n'arrive pas qu'aux autres

Pourquoi si peu d'engouement ? Trop d'entreprises choisissent d'emprunter la voie du « Jusqu'ici, tout va bien ». De fait, la survenue d'un accident grave est bien souvent l'élément déclencheur de la mise en œuvre de mesures de prévention. Dans l'attente, l'entreprise, ses comptes, son image, le moral de ses salariés, etc. peuvent être insidieusement minés par la répétition d'accrochages plus mineurs.

Dans la plupart des cas, l'accidentologie routière de l'entreprise répond au principe de Pareto, à savoir que 20% des conducteurs sont à l'origine de 80% des risques. Le simple fait de pouvoir les détecter, connaître leurs faiblesses (mauvaise appréhension de l'espace, non usage des rétroviseurs, vitesse trop élevée, etc.) et les corriger par la formation permet à l'entreprise de baisser d'autant le nombre de sinistres.

Protection et rentabilité

La prévention du risque routier ne permet pas seulement d'épargner des vies et des douleurs, mais également de l'argent et des ennuis avec la justice. Un accident engendre en effet des coûts directs et indirects élevés (pertes matérielles, véhicule détruit ou immobilisé, atteinte à l'image de marque, augmentation des cotisations d'accidents de travail, etc.) ; et peut impliquer la responsabilité pénale et pécuniaire de l'employeur : jusqu'à 75 000€ d'amende et cinq ans de prison.

La notion de rentabilité n'est en fait pas encore complètement démocratisée dans le domaine de la prévention, et encore moins dans celle du risque routier. Pourtant, une bonne gestion en la matière peut vite rimer avec bénéfices, dont certains sont immédiatement mesurables. Je pense notamment aux économies de carburant grâce à l'optimisation des trajets ; à la modernisation des moyens de communication, avec l'adoption par exemple de la visioconférence pour des réunions à distance ; aux gains de productivité, au meilleur engagement des collaborateurs, au renforcement de l'image employeur, etc.

La prévention du risque routier est une démarche proactive, qui nécessite de réaliser un état des lieux et une analyse des déplacements ; d'évaluer les risques ; de mettre en place un certain nombre de mesures en conséquence ; bref d'y consacrer un minimum de temps et de ressources. N'oublions pas que c'est également une initiative dont tous, dirigeants comme salariés, sortent gagnants.

Carol Russell

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