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Libérez les pharmacies!

Photo de Ivan Best

Pascal Fournié-Taillant

Publié le 27 novembre 2014 à 09:58 - Mis à jour le 27 novembre 2014 à 10:15

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Les pharmaciens n'ont pas le droit d'ouvrir leur capital à des non pharmaciens. Une contrainte héritée de l'ancien régime qui bloque la modernisation du secteur. par Pascal Fournié-Taillant, docteur en pharmacie*

Après avoir été longtemps un secteur protégé, la pharmacie d'officine est aujourd'hui sous les feux croisés des mesures gouvernementales de réduction des dépenses de santé associée à une réforme plus globale des professions réglementées, du lobbying intense de la grande distribution hexagonale pour libérer la vente des spécialités à prescription facultative, et des pharmacies discount, en particulier sur Internet, qui exacerbent la concurrence et érodent les chiffres d'affaires. Par ailleurs, au niveau mondial, y compris en Europe, d'énormes réseaux de pharmacies se sont constitués, dotés d'une puissance d'achat considérable face à l'industrie pharmaceutique, et qui disposent de surcroît de la taille nécessaire à une rationalisation des coûts.

Une officine sur trois dans le rouge

Bilan, une officine sur trois affiche une trésorerie dans le rouge et une pharmacie disparaît tous les trois jours. Plus grave encore, plus du quart des jeunes diplômés ne rejoignent pas la profession, signe indubitable que le secteur a perdu son attractivité et que les barrières financières à l'entrée sont désormais trop élevées. Le pharmacien d'officine éprouve aujourd'hui des difficultés croissantes, souvent insurmontables pour les moins fortunés, dans la recherche du financement nécessaire à l'acquisition des fonds de commerce.

Celui-ci était jusqu'ici essentiellement assuré par les banques dont l'appétence pour le secteur de l'officine s'est progressivement tarie, conséquence directe de la baisse du chiffre d'affaires (-1,3% en 2013)  et de la valeur des officines due à la pression déflationniste sur les médicaments remboursables (74% du chiffre d'affaires en 2013),  aggravée par un horizon réglementaire particulièrement incertain. L'acquisition d'une officine est désormais devenue risquée et la menace du surendettement plane sur de nombreux titulaires, en particulier ceux qui ont acheté dans l'euphorie de la dernière décennie qui a culminé en 2008 où le prix de cession moyen s'établissait à 8,7 fois l'excédent brut d'exploitation !

Une contrainte héritée de l'ancien régime

Car, c'est une particularité de cette activité, le pharmacien doit posséder son officine, seul ou exclusivement avec des associés diplômés eux aussi. Loin d'être un privilège, cette contrainte héritée de l'Ancien Régime, à une époque où l'apothicaire devait garantir l'exercice honorable de sa profession sur ses biens propres, est encore défendue aujourd'hui par l'Ordre national des pharmaciens comme une nécessité de salut public sans réellement apporter de preuves convaincantes.

A contrario, les pharmacies mutualistes françaises, les pharmaciens adjoints eux-mêmes, de simples salariés, ou les chaînes de pharmacies anglo-saxonnes démontrent que le monopole de dispensation du médicament peut être dissocié, sans risque avéré, de la propriété de l'officine. A y regarder de près, cette obligation d'être le propriétaire de son outil de travail fait surtout peser sur le pharmacien la menace d'une double sanction en cas d'échec : il perd non seulement sa source de revenu, mais aussi ses propres biens communément inscrits en garantie de sa dette bancaire.

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Une double peine injustifiée

Cette double peine est injustifiée face à la nécessaire revitalisation d'un secteur sclérosé, et inéquitable envers ceux qui veulent exercer activement leur diplôme, en particulier ceux dénués de fortune personnelle, sans nécessairement risquer la faillite personnelle. Le pharmacien moderne, comme n'importe quel entrepreneur, doit pouvoir financer son entreprise avec un endettement supportable en faisant porter au moins une fraction du risque financier par des investisseurs extérieurs dont c'est la vocation. Et non pas obligatoirement par d'autres pharmaciens dont la capacité financière n'est de toute façon pas à la mesure des enjeux économiques.

Autoriser l'ouverture du capital à des non pharmaciens

Des trois piliers qui soutiennent l'exercice officinal, le monopole de dispensation du médicament, le numerus clausus géo-démographique et la propriété exclusive du capital par les pharmaciens, ce dernier devrait être en priorité sérieusement reconsidéré afin de faciliter, non seulement, la transmission des officines aux jeunes diplômés, mais aussi simplifier le regroupement des officines existantes à la recherche de gains de productivité face aux objectifs d'économie de la sécurité sociale et aux nouvelles missions que l'État entend leur confier pour pallier l'insuffisance de l'offre médicale dans les zones rurales.

L'État doit donc accessoirement lever les limitations qui régissent le nombre d'officines qu'un pharmacien peut détenir et enfin autoriser l'ouverture d'une fraction même minoritaire du capital à des tiers non pharmaciens.

Créer de chaînes de pharmacie

A terme, cette possibilité inaugurerait la création de chaînes de pharmacies partiellement ou totalement détenues par de grands opérateurs pharmaceutiques, à l'instar de ce qui se pratique par exemple au Royaume-Uni ou au Etats-Unis, seule riposte efficace à la grande distribution et à la vente sur Internet transfrontalière. Rien n'empêche évidemment que cette ouverture du capital se fasse dans le respect de la pratique officinale actuelle en sanctuarisant l'exigence que la gestion de l'officine et la dispensation des médicaments, en particulier ceux faisant l'objet d'une prescription médicale, soient exclusivement effectuées par un pharmacien diplômé.

Prendre conscience d'un changement de paradigme

Enfin, cette refondation nécessaire du monopole pharmaceutique est moins une remise en cause d'une forme de privilège désuet qu'une prise de conscience d'un changement de paradigme provoqué par la disparition des frontières en Europe et la prédominance des nouvelles technologies de l'information accessibles à tous. Le patient français se tournera vers le pharmacien offrant le meilleur service, au juste prix, et sa propre couverture médicale s'affranchira sans aucun doute prochainement du monopole de la sécurité sociale : aujourd'hui déjà, un résident français salarié d'une société allemande se fait rembourser ses médicaments dispensés par une pharmacie belge par sa mutuelle privée allemande. Il faut que les officines de pharmacie françaises puissent y faire face.

Pascal Fournié-Taillant

Docteur en Pharmacie

*Pascal Fournié-Taillant a été ingénieur financier dans la gestion d'actifs et la banque d'investissement du groupe Société Générale. Il a soutenu récemment une thèse de doctorat en pharmacie sur le capital-investissement dans la pharmacie d'officine.

Pascal Fournié-Taillant

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