Quatre raisons de soutenir le plan Juncker pour l'investissement

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La critique du plan Juncker est facile, elle omet la modernisation de l'action publique qu'induit ce programme d'investissement. par Olivier Marty, maître de conférences à Sciences Po

A peine dévoilé, non encore ficelé, et déjà critiqué : le plan Juncker suscite la circonspection d'économistes et de personnalités politiques. 315 milliards d'Euros d'investissements additionnels sur trois ans ne seraient pas suffisants ; la mise initiale de 21 milliards serait bien modeste ; la Banque européenne d'investissement (BEI) ne serait pas en mesure, sur des opérations peu risquées, d'attirer suffisamment les marchés financiers. Ce plan mérite pourtant un vif soutien, pour quatre raisons.

1 Une contribution au renforcement démocratique de l'Union

Il se situe dans la ligne du renforcement démocratique de l'Union. Le président de la Commission, désigné pour la première fois pour refléter la majorité européenne, a entendu l'appel consensuel pour la relance d'une source essentielle de croissance. Son initiative bénéficie, depuis l'été, du soutien constant des principaux groupes au Parlement européen. Le fonds logé au sein de la BEI est à même, en renforçant la demande et la croissance potentielle, de réunir les partisans de la rigueur budgétaire et ceux de la relance. L'effort additionnel d'investissement servira, enfin, l'ensemble des politiques communautaires et non les stricts intérêts nationaux.

2 Une modernisation du financement de l'économie

Il modernise la décision publique de financement de l'économie. Le rôle de la puissance publique ne consiste plus à rendre disponible la plus grande enveloppe financière possible dans une logique de subvention mais à catalyser l'investissement privé dans une logique de partage des risques. Ainsi ne faut-il pas se focaliser sur les 21 milliards d'Euros de mise initiale du fonds mais sur la palette, prévue pour être diversifiée, d'instruments qui valoriseront le savoir-faire, les technologies et le capital du secteur privé. L'intérêt des investisseurs découlera de ce mélange, et il est encore trop tôt pour préjuger de leur appétit.

3 Une plus grande convergence des politiques économiques

Il désigne les secteurs d'avenir et fait converger les politiques économiques. En finançant des investissements de long terme (réseaux transeuropéens, transition énergétique, recherche et innovation) comme les PME, il organise une meilleure complémentarité des acteurs aux niveaux locaux, nationaux, et européens ainsi qu'une convergence de leurs critères d'utilisation des ressources budgétaires ou financières. La récente loi portée par Mme Ségolène Royal sur la transition énergétique est, par exemple, très inspirée du programme Horizon 2020 et organise une dévolution bienvenue de la définition des plans Climat-Énergie aux régions.

4 Une bonne base de départ

Il constitue une bonne base de départ, qui peut être prolongée par la suite. L'urgence de la situation économique commandait d'agir vite avec les moyens existants. Aussi, la somme de 315 milliards envisagée ne pourra être atteinte que si États, collectivités et secteur privé, porteurs de projets, sont capables d'identifier autant d'investissements rentables et économiquement justifiés. Si l'expérience du Plan Juncker est concluante, il sera temps de prolonger le fonds sur une plus longue période voire de l'institutionnaliser, comme il a été utilement fait avec le Mécanisme européen de stabilité.

L'heure est au pragmatisme

Le plan Juncker pour l'investissement est une réponse concrète et rapide au scepticisme généralisé qui gangrène le projet européen. Il est à même, passée une période de gestion de crise qui a fomenté de stériles divisions, de sceller une union nouvelle entre les institutions communautaires, les États, et les citoyens. Affaiblir un exécutif porteur d'une certaine conscience historique de l'Union européenne en même temps que de ses limites politiques actuelles n'est guère productif. L'heure est au pragmatisme et au sens de la conciliation pouvant, bien au contraire, guider la renaissance de notre continent.

Olivier Marty, Maître de conférences à Sciences Po

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Commentaires
a écrit le 08/12/2014 à 17:52 :
Quatre raisons d'une vision politique périmée.
Une contribution au renforcement démocratique de l'union. La valeur des mots n'a de sens que celui que l'on veut bien lui donner.
Doit-on perler d'un renforcement démocratique, ou de l'augmentation de l'emprise du système économique actuel qui perdure depuis depuis des décennies et qui a consisté à ne plus avoir de politique énergétique commune, à ne plus avoir de convergence de nos multinationales dans un intérêt européen, mais trop souvent à préférer des alliances outre atlantique, qui concurrence directement d'autres pôles européens.
Une modernisation du financement de l'économie.
En d'autres termes , pouvoir poursuivre un endettement sans que cela ne paraisse auprès des agences de notation.
Une bonne base de départ.
Doit-on y voire une une forme de P.A.C qui sollicite à nouveau les états. L'unique source d'une conception fédérale doit provenir d'un accord commun qui implique la B.E.I. ; basé sur une politique sociale et économique commune.
L'heure est au pragmatisme.
Ce dernier est de constater que l'endettement des différents états s'est fait sur un train de vie supérieur à leur richesse ; notamment dans les dépenses de fonctionnement des états. N'est-ce pas relancer un processus dont nous savons qu'il ne fonctionne pas.
a écrit le 30/11/2014 à 19:51 :
Si vous croyez vraiment que 5 = 20 = 315 ....
a écrit le 28/11/2014 à 18:39 :
"Il se situe dans la ligne du renforcement démocratique de l'Union. Le président de la Commission, désigné pour la première fois pour refléter la majorité européenne"
Je me suis arrêté là : quand on en est à ce niveau de propagande...
a écrit le 28/11/2014 à 12:16 :
Juncker est totalement discredite sa place est devant les juges comme l'ancien premier ministre portugais fraude fiscale blanchiment =prison
a écrit le 28/11/2014 à 11:34 :
Le bon pragmatisme consiste a une décentralisation des décisions des modèles économiques et non a leur centralisation bureaucratique au niveau de Bruxelles! Il faut retrouvé le stimulus de la concurrence entre les États!
a écrit le 28/11/2014 à 11:30 :
La "modernisation" de l'action publique consiste a un nettoyage par le vide! Mais a aucune amélioration concrète, seulement un marketing permettant "un changement de perception" de la "cible" que nous sommes tous!

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