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Le jeu dangereux du gouvernement grec

Photo de Ivan Best

Harold James

Publié le 02 mars 2015 à 07:11 - Mis à jour le 02 mars 2015 à 09:56

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le nouveau gouvernement grec se veut porteur d'une solution économique pour l'ensemble de l'Europe. Il oublie un peu vite que les autres exécutifs sont tout aussi démocratiquement représentatifs. Lorsque la démocratie est invoquée pour justifier le transfert des charges financières sur les pays voisins, l'intégration devient impossible - et à la fois la démocratie et l'ordre international sont menacés. Par Harold James, Princeton

Dans le cadre de l'affrontement de plus en plus tendu que se livrent la Grèce et l'Union européenne, le gouvernement grec semble se prévaloir d'un mandat démocratique qui va au-delà des frontières du pays. Le nouveau gouvernement, dirigé par le parti de gauche radicale Syriza, se présente non seulement comme un négociateur tentant d'obtenir un accord favorable à la Grèce, mais également comme le champion d'une solution au soi-disant problème de dette publique excessive des pays européens. Cette position ne tient pas compte du fait que les interlocuteurs de la Grèce ont eux-mêmes des responsabilités démocratiques qui leur sont propres.

Les tâches des gouvernements : légiférer sur la base de principes généraux et redistribuer les richesses

On peut considérer que les systèmes politiques démocratiques modernes ont deux tâches essentielles : la formulation de lois basées sur des principes généraux et la redistribution des richesses par le biais de l'imposition et des dépenses publiques. Au sein d'un pays, ces tâches sont relativement simples. Mais les relations internationales qu'entretiennent les pays peuvent imposer de fortes contraintes à leurs gouvernements.

Ces contraintes sont particulièrement puissantes lorsque l'action du gouvernement s'inscrit dans un régime politique plus vaste, comme c'est le cas de la Grèce en raison de son adhésion à l'Union européenne. Tout processus d'intégration, qu'il soit européen ou mondial, implique un ajustement des préférences et des lois nationales. La capacité d'un gouvernement à redistribuer les richesses sera par ailleurs limitée si une augmentation des impôts provoque une fuite des capitaux et l'expatriation des riches contribuables.

En référence à l'histoire de l'Allemagne

En plaidant pour un allègement de la dette de la Grèce, Syriza se réfère abondamment à l'histoire de l'Allemagne, son principal créancier, et aux yeux de nombreux Grecs, son principal adversaire. Selon la version qu'en donne Syriza, l'expérience démocratique de l'Allemagne entre les deux guerres mondiales s'est soldée par un échec parce que les créanciers internationaux lui avaient imposé une politique d'austérité. L'Allemagne et l'UE devraient, selon Syriza, appliquer cette leçon à la situation actuelle de la Grèce.

Cet argument paraît tout à fait convaincant et un autre aspect du parallèle historique que fait Syriza semble établir définitivement la justesse de sa position : la Grèce est l'un des pays qui a le plus souffert après l'effondrement de la République de Weimar en 1933. Durant son occupation par le régime nazi, la Grèce a été forcée d'accorder un prêt à l'Allemagne qui n'a jamais été remboursé. L'Allemagne doit donc assumer une responsabilité historique vis à vis de ses partenaires du sud de l'Europe.

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La vision simpliste de Syriza

Mais l'histoire ne peut jamais être résumée de façon aussi simpliste et l'interprétation de Syriza souffre de graves lacunes. Alors que les réparations demandées par les vainqueurs de la Première guerre mondiale étaient conséquentes, il était clair en 1932 qu'elles ne seraient jamais honorées. Et pourtant, l'arrêt des paiements n'a pas stabilisé la politique allemande. Il a au contraire ouvert la voie à un ordre du jour de plus en plus extrémiste.

Si les populistes allemands (les nazis) étaient arrivés au pouvoir avant 1932, ils auraient été confrontés à un choix impossible. S'ils avaient poursuivi le paiement des réparations ou tenté de négocier avec les « créanciers » de l'Allemagne, ils se seraient discrédités aux yeux de leurs sympathisants. Mais l'autre option - la mise en œuvre de leur programme et un défaut de paiement de l'Allemagne - aurait provoqué une crise financière plus aiguë (et possiblement une invasion militaire).

Hitler a voulu redistribuer en Allemagne les ressources des autres pays...

Ce n'est qu'après la cessation des paiements que la réaction de l'Allemagne à la Grande Dépression est devenue aussi destructive. Lorsque Adolf Hitler est arrivé au pouvoir, il a appliqué une solution tout à fait inédite au problème de la redistribution des richesses. Puisque l'Allemagne manquait de ressources, il redistribuerait les ressources d'autres pays - entre autres, celles de la Grèce.

Cette perspective permute l'argument de Syriza. Comme la solution mise au point par Hitler, la proposition d'annulation de la dette grecque est une tentative de redistribution des richesses d'autres pays. Si cette démarche aboutit, elle entraînerait des tensions pour tous les pays de la zone euro, y compris ceux qui, comme l'Italie et l'Espagne, doivent déjà faire face à leurs propres mesures d'austérité.

De petits pays cherchant une voie de sortie facile peuvent se mettre en danger

Le charismatique ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a récemment cité une leçon issue du passé historique de son pays : « Il arrive parfois que les plus grandes et plus puissantes démocraties se mettent en péril en écrasant les démocraties plus petites ». Il devrait envisager le corollaire : des petits pays qui cherchent une voie de sortie facile en déstabilisant le système financier international peuvent également finir par se mettre dans une position dangereuse.

Lorsque la démocratie est invoquée pour justifier le transfert des charges financières sur les pays voisins, l'intégration devient impossible - et à la fois la démocratie et l'ordre international sont menacés. Tout comme les incertitudes des marchés peuvent par une contagion financière se transmettre aux économies proches, la contagion politique peut diffuser une mentalité de jeu à somme nulle.

Si l'Union européenne veut trouver une solution à ses difficultés économiques, il faudra d'abord qu'elle surmonte ses problèmes politiques, et mette sur pied une forme de délibération qui inclut tous les gouvernements élus de la zone euro (la forme la plus proche de cette instance souhaitable est pour l'instant, l'Eurogroupe, la réunion mensuelle des ministres des Finances des États membres de la zone euro). Tant que les négociations se résument à des jeux d'intimidation entre gouvernements nationaux, le seul résultat possible sera le chaos - et pas seulement le chaos des marchés.

Traduit de l'anglais par Julia Gallin

Harold James est professeur d'histoire et des relations internationales à l'université de Princeton, professeur d'histoire à l'Institut universitaire européen de Florence et membre (senior fellow) du Centre for International Governance Innovation (CIGI)

© Project Syndicate 1995-2015

Harold James

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