"Air France-KLM a besoin d'un patron indépendant et connaissant le transport aérien"

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(Crédits : Christian Hartmann)
Dans un courrier envoyé à la présidente non exécutive par intérim d'Air France-KLM, Anne-Marie Couderc, ainsi qu'au triumvirat (composé de Frédéric Gagey, Franck Terner et Pieter Elbers) qui dirige le groupe le temps de trouver un nouveau patron, d'anciens ou actuels leaders syndicaux d'Air France et de KLM s'inquiètent de l'éventuelle nomination de Philippe Capron, le directeur financier de Veolia Environnement, dont le profil ne correspond pas, à leurs yeux, aux besoins du groupe.

Les informations de La Tribune sur le choix du comité de nomination d'Air France-KLM de proposer au conseil d'administration le nom de Philippe Capron, le directeur financier de Veolia Environnement, ont suscité de nombreuses réactions au sein du groupe. Dans un courrier adressé à Anne-Marie Couderc, la présidente par intérim d'Air France-KLM et présidente du comité de nomination du groupe, mais aussi aux membres de la direction collégiale composée de Frédéric Gagey (directeur général du groupe et directeur financier), Franck Terner (directeur général adjoint d'Air France-KLM et directeur général d'Air France) et  Pieter Elbers (DGA lui aussi d'Air France-KLM et Président du directoire de KLM), d'anciens ou actuels leaders syndicaux d'Air France et de KLM ont pris leur plume pour leur dresser les qualités que devra avoir, selon eux, le nouveau PDG.

Voici le contenu intégral de cette lettre.

La nomination du prochain PDG du groupe Air France-KLM semble être une question de jours.  Si l'on en croit les rumeurs, il semblerait que l'histoire récente ait déjà été oubliée à tous les niveaux, de l'État Français, au Conseil d'Administration du Groupe, en passant par le Comité de nomination.

Notre entreprise traverse une phase dramatique de son histoire.

Le nouveau PDG du Groupe sera le 4ième depuis 2014, dans un contexte où les faibles performances financières - en comparaison avec nos principaux concurrents - et des grèves à répétition traduisant de piètres relations sociales, menacent notre avenir, notre avenir collectif.

En tant qu'anciens ou actuels dirigeants syndicaux néerlandais et français ayant une longue expérience dans le secteur du transport aérien et dans les relations sociales, nous exprimons humblement par la présente nos plus profondes préoccupations au regard de cette nomination.

De notre point de vue, et pour le bien de l'entreprise, le prochain PDG devra être une personne qui :

- démontre son indépendance vis-à-vis des autorités, son courage à mener à bien les réformes nécessaires et son engagement à mettre toutes les parties prenantes face à leurs responsabilités afin de restaurer la compétitivité de toutes les entités du Groupe.

- comprend vraiment l'industrie du transport aérien et la réalité concurrentielle à laquelle est confrontée le groupe Air France-KLM. Une concurrence féroce - et notamment celle déloyale de compagnies subventionnées massivement par leurs États -, des compagnies aériennes qui utilisent toutes les failles de la réglementation européenne pour déréguler le marché, des politiciens et des bureaucrates sans vision ou avec une vision à court terme quant à la politique sur les taxes ou sur les infrastructures, telle est la réalité à laquelle le Groupe doit faire face et qu'il doit combattre agressivement et efficacement.

- sait comment travailler avec toutes les catégories d'employés afin de construire une vision cohérente, un plan d'avenir et ensuite conduire le groupe à mettre en œuvre ce plan avec un soutien collectif.

- comprend que le groupe Air France-KLM est une société française et néerlandaise composée des histoires anciennes et des cultures différentes, tout en développant de la valeur au travers des grandes marques réputées et appréciées du Groupe. Le nouveau dirigeant devra être une personne qui dirigera la Holding de manière globale, sans exclure aucune entité importante du Groupe.

- croit fermement que le capital humain est primordial pour une compagnie aérienne et que les employés du groupe Air France-KLM sont axés sur la performance, fortement engagés envers leurs entreprises respectives, dotés d'un fort sentiment d'appartenance et fiers de travailler pour des compagnies aériennes aussi anciennes que réputées.

En clair, Air France-KLM n'a pas besoin que l'oligarchie pousse quelqu'un au pouvoir pour de mauvaises raisons. Air France-KLM a besoin d'un leader charismatique, compétent, fort et indépendant. Il (ou elle) devra être opérationnel(le) dès que possible.

Une décision inappropriée du Comité des Nominations pourrait avoir des conséquences dramatiques alors que nous sommes à la croisée des chemins en matière de consolidation des grandes compagnies aériennes, processus dans lequel Air France-KLM prend sérieusement du retard. Dans ce contexte, il serait utile de s'assurer qu'Air France-KLM ne subira pas le même sort que Sabena ou Alitalia. Inutile de dire que c'est la dernière chose que nous voulons voir arriver.

Nous avons réellement besoin d'un PDG avec des connaissances et des compétences dans le domaine du transport aérien, et qu'il sache gérer les troubles actuels. En conséquence, nous en appelons à la responsabilité des parties prenantes et des décideurs, jusqu'au président de la République française, Emmanuel Macron, pour assurer, avec seule et unique priorité, une nomination aussi efficace que nécessaire à la santé et à la prospérité future d'Air France-KLM.

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LES SIGNATAIRES :

Erick Derivry, commandant de bord B777 Air France et ancien président du SNPL France ALPA, Bernard Pédamon, 
commandant de bord B777 Air France et ancien membre du conseil d'administration d'Air France-KLM, Philippe Raffin
, commandant de bord A320 Air France et ancien vice-président du SNPL Air France ALPA, Robert Swankhuizen, mécanicien KLM et président de NVLT, Steven Verhagen, 
commandant de bord A330, ancien président de VNV et ancien président du SPAAK.

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Commentaires
a écrit le 25/06/2018 à 13:57 :
si la lettre ne fait que coucher sur le papier des vérités et du bon sens, quand on voit qui en sont les signataires, on se pince pour ne pas rire !
"et qu'il sache gérer les troubles actuels" ... bien attendu dont les signataires ne sont aucunement responsables !
a écrit le 25/06/2018 à 12:38 :
Décidément ces incendiaires professionnels ont un étonnant sens de l'humour ! Cela pourrait être acceptable s'il ne s'agissait de nous prendre tous pour des imbéciles mais on peut leur pardonner, ça a très bien marché jusqu'à présent.................
a écrit le 25/06/2018 à 12:25 :
Si la représentativité des signataires est conforme, que de CDB dans cette entreprise !!!
D'autres catégories de personnel auraient-elle un avis différent ?
a écrit le 25/06/2018 à 10:55 :
il y a un homme qui a le profil idéal et un historique de succès incontestable: Fabrice Brégier (ex: CEO Airbus)
a écrit le 25/06/2018 à 8:23 :
Ce manifeste serait risible si la situation n'était pas tragique: voir des anciens du SNPL dessiner le portrait robot du PDG à venir avec des qualités qu'avaient pratiquement tous les PDG passés tient davantage de la provocation que de la réelle envie de dénouer le problème; on veut vraiment donner l'impression que le SNPL comme la CGT ont tout fait pour sortir Air France de l'ornière alors que les grèves à répétition ne sont que de leur fait depuis des lustres, qui a oublié l'ineffable Christian Paris, patron du SNPL qui bétonnait à mort pendant la Coupe du monde 1998 et que les compagnies étrangères assuraient le transport des passagers du monde entier à la place d'Air France? On notera bien que les signataires en appellent au Président Macron pour dénouer le problème, cela devient pathétique d'avouer clairement que c'est le rôle de l'Etat de sauver indéfiniment Air France. Dommage pour le personnel qui n'est pas abonné aux hauts salaires, il risque fort d'être sacrifié à court - moyen terme en obéissant aux dures lois du marché. Alitalia, Sabena, Swissair ont péri et on veut croire qu'Air France est immortelle avec des irresponsables qui veulent tout piloter et pas seulement des avions. RIP Air France.
a écrit le 24/06/2018 à 18:47 :
Va-t-on continuer longtemps à ne promouvoir que des énarques ! il faut à AIR FRANCE un patron qui connaisse à fond le transport aérien et il n'en manque pas ! sinon c'est reparti pour un troisième tour qui sera celui de la liquidation.
Que la petite clique qui s'échange des places dans les conseils d'administration sans rien connaître dans la plupart des cas du domaine d'activité de la société cède la place à de vrais professionnels de l'entreprise !
a écrit le 24/06/2018 à 18:26 :
L'acceptation du PDF d'A.F à avoir lui-meme, pour Souverain et Patron, les SNPL et CGT, çà ne peut que se négocier très cher : le Prix de l'humiliation; le Prix des grèves et menaces de grèves, le Prix d'etre soumis à leurs exigences. Un pro et passionné du transport aérien, y serait dégouté, aucun intéret. Idéal pour une fin de carrière, ou pour compléter et étoffer le C.V d'un Cadre sup : DRH; Directeur Financier; Directeur Marketing; Directeur Commercial, et ainsi acquérir le " label " PDG : proposer un beau plan cohérent, puis face aux inévitables surenchères CGT et SNPL, convoquer conférence de presse et démissionner. Le plus cohérent serait de nommer PDG : Bernard Thibault ( C.G.T ) ou Christophe Tharot ( S.N.P.L ) car, on n'est jamais mieux servi que par soi-même.
Réponse de le 26/06/2018 à 0:17 :
@anne sophie
votre croisade est à mourir de rire
a écrit le 24/06/2018 à 18:24 :
C'est compréhensible et sensé... Mais pas de la part du SNPL, syndicat de nantis sans conscience d'entreprise et complètement discrédité !!

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