« Armée 4.0 » : il est urgent que la France se lance dans la bataille !

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OPINION. L'armée française doit opérer une mue numérique nécessaire, à l'aune des nouvelles menaces technologiques qui émergent chaque jour et la mutation des conflits auxquels l’État fait face. (*) Par Christophe Négrier, vice president Oracle Technology

Les conflits que nous avons connus tout au long du XXe siècle ne seront probablement pas ceux que nos enfants connaîtront demain. Les grandes révolutions numériques bouleversent en profondeur la nature des menaces auxquelles sont confrontés les États. Cyberespace, drones autonomes, reconnaissance faciale...La guerre des données et la robotisation auront un rôle croissant et central dans l'arsenal militaire des grandes puissances mondiales.

Avec un budget de 750 millions d'euros en R&D chaque année, la France est le premier investisseur étatique européen dans le secteur de la défense. Ces investissements permettent à nos armées (Terre, Mer, Air et Gendarmerie) de développer des outils innovants, capables de répondre aux nouvelles menaces. Ainsi, le numérique à travers les technologies d'Intelligence Artificielle (IA), de Machine Learning et du Big Data sont devenus indispensables sur les différents terrains d'opérations à travers le monde.

Une mue numérique nécessaire et hautement stratégique

Si la science-fiction illustre régulièrement ce que sera, ou pourrait être, l'armée du futur, la défense a aujourd'hui un enjeu bien plus réaliste à court terme : le maintien en condition opérationnelle (MCO) de son matériel, c'est-à-dire la modernisation de l'ensemble des moyens humains, techniques et financiers au service des armées - en France et sur les théâtres extérieurs. Le MCO est un rouage essentiel de la stratégie de modernisation du ministère des Armées, tant par son impact opérationnel, le moindre retard pouvant nuire aux forces déployées, que les coûts qu'il entraîne.

La mue technologique de l'armée, et la migration vers des solutions plus performantes et moins coûteuses permettent d'optimiser les ressources humaines, et les dépenses d'infrastructure qui pèsent sur le budget annuel du ministère des Armées. C'est en s'inspirant du modèle de "l'industrie 4.0" et de ses outils technologiques que les armées pourront se transformer efficacement.

Big data et intelligence artificielle, des alliés de choix

Si le Big Data a révolutionné de nombreux usages, il s'est également frayé un chemin au sein des forces armées et de leurs instances décisionnaires. Géolocalisation, systèmes d'armement, gestion du trafic aérien ou maritime... L'activité militaire s'est profondément numérisée et génère chaque jour une quantité croissante de données. Au même titre que l'industrie ou les administrations, l'armée doit désormais apprendre à tirer pleinement parti de ses données.

Annoncée comme l'une des priorités de la ministre des Armées Florence Parly en 2019, l'IA est devenue un atout essentiel des forces militaires. Nourrie par les données agrégées sur le terrain, elle est la clé d'une meilleure compréhension de certaines situations, d'une meilleure capacité décisionnelle, mais aussi d'une automatisation des opérations courantes. Si les pistes d'application sont nombreuses, l'IA montre déjà son utilité pour la sécurité intérieure. A travers un algorithme, elle trie automatiquement les données collectées sur internet, et offre une capacité d'analyse sémantique pour détecter des signaux - même faibles - de radicalisation sur les réseaux sociaux, par exemple.

Elle est également très utile pour le contrôle des frontières, l'analyse des arrivées-sorties du territoire, et le croisement avec des fichiers d'individus recherchés. Même si la France n'envisage pas de construire des systèmes pleinement autonomes, l'IA reste un outil d'aide à la décision pour les opérations extérieures, notamment pour gérer la détection et l'anticipation des menaces.

La 5G et l'IoT, prochains bras armés de la France ?

La 5G sera indéniablement une source d'amélioration de la vie des citoyens. Mais pas seulement. Elle ouvre également la voie à une nouvelle étape dans la transformation numérique de nos armées et de leurs outils. Technologie fiable, performante et ultra rapide, elle permet aujourd'hui le déploiement de réseaux privés, indispensables à une gestion optimisée des opérations militaires.

Associé à un Cloud sécurisé, un réseau 5G privé réduit ainsi la latence des communications et facilite l'utilisation de vidéos et capteurs sur les différentes zones de combat, en lien avec le poste de commandement, le groupement tactique et les points de débarquement aériens. En parallèle, elle permet d'améliorer la sécurité des convois logistiques, régulièrement utilisés pour les ravitaillements terrestres - mais trop souvent la cible d'attaques armées. Grâce à la 5G équipant les véhicules militaires, les convois pourront à terme circuler de façon entièrement autonome, le long d'un itinéraire sécurisé.

Enfin, s'il est encore trop tôt pour parler de soldat augmenté, l'Internet des Objets (IoT) offre des ressources précieuses, notamment pour le suivi en temps réel de la santé des troupes. Le déploiement de capteurs permettrait ainsi de suivre l'état de chaque soldat pour assurer une prise en charge rapide et adaptée en cas de blessure, ainsi qu'un service de téléconsultation depuis le théâtre d'opération.

A quand un cloud de défense pour la France ?

Si nous sommes encore loin de l'armée futuriste que décrivent certaines œuvres littéraires d'anticipation, la défense a tout de même entamé sa mue technologique. Mais ce mouvement ne doit pas être autarcique - une mutualisation internationale des dépenses, et des investissements est possible aussi bien au niveau de l'Union européenne, que de l'OTAN. Fin janvier, l'Alliance transatlantique a choisi son partenaire technologique pour équiper son futur cloud de défense visant à développer des communications ultra-sécurisées entre son centre de commandement et ses théâtres d'opérations, et ainsi faciliter l'interopérabilité entre ses membres.

Il est temps pour la France de saisir à son tour cette occasion de se lancer dans la bataille et d'accentuer ses propres investissements pour faire face aux nouvelles menaces technologiques. Pour les années à venir ; mais dès que possible.

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Commentaires
a écrit le 21/04/2021 à 22:52 :
les "géants du numérique" ont mis 40 ans pour mettre un camescope et un fusil sur nos voitures télécommandées de gamin. Les drones aériens (V1) et terrestre (goliat) étaient déjà utilisés par la Wehrmacht en 1942 ! Beaucoup de bla-bla pour pas grand chose. Avec l'IA, on connaîtra en temps réel la couleur du caleçon de chaque soldat... En attendant, on refuse de voir que tout ça a une "face B" : vulnérabiliser nos systèmes. Heureusement nos chefs militaires ont l'air de garder la tête froide. Technologie oui. Technofolie non. (par ailleurs, avec la déculturation et l'effondrement démographique, on va plutôt avoir du mal à recruter des soldats réels... vaudrait mieux rétablir les valeurs culturelles).
a écrit le 16/04/2021 à 23:05 :
si seulement quotient familiale de l'armée francaise permetait de payer des impots... ils auraient tout les gadgets neufs.
a écrit le 16/04/2021 à 22:40 :
je pense qu'il y a des besoins dans le temps. cela dit , y a des budgets de ministeres qui peuvent etre de vrai fardeaux. la france est le pays qui depense le + en R&D, faut dire que les autres ont compris la notion de privatisation et R&D de groupes privées.
a écrit le 14/04/2021 à 0:22 :
750 Millions de R&D alors que les USA avec un pays d'une population +/- 50 fois la France investis des milliards, la France seule si elle ne partage pas avec l'Europe qui le veut, restera un nain dans la recherche ne fusse que vis-à-vis de la Corée du Sud, Japon ou de Taïwan ou de la Pologne en Europe.

Si la France ne vend pas le Rafale en Europe, c'est uniquement parce que la France refuse de le livrer compatible avec les armes nucléaires US, je le comprendrais si l'on prenait en considération la non-vente d'armes nucléaires même à un partenaire de l'OTAN par la France.

Et si l'Inde pour ses futurs Rafale marine exigeait la nucléarisation de l'avion ou pas de commande, quand on sait que les SU-30 MK tout comme les MIG-29 marine d'origine Russe est construit sous licence et compatible avec l'armement nucléaire du pays.
a écrit le 13/04/2021 à 21:10 :
Numériser avec quoi : notre niveau technologique et scientifique est simplement calamiteux. Pour l'instant on tient sur notre historique... Mais dans 10 ans, on n'aura plus qu'une armée au niveau technologique d'un pays comme l'Ukraine ou l'Azerbaïdjan...
a écrit le 13/04/2021 à 21:03 :
Que d'idées géniales ! Un énarque n'aurait pas dit mieux, c'est pour dire. S'il est vrai qu'il faut de l'IA, de la cyber autres, il faut d'abord et avant tout des armes adaptées aux effets recherchés.
Pour combattre des djihadistes dans le désert, l'IA ne servira pas à grand chose. Il faut des armes, des combattants et pour finir le travail, des "corones" de la part de nos dirigeants pour mettre en place des pelotons d'exécution, un fois, bien sûr, que tous ces clowns auront été condamnés dans les formes. Il faut bien respecter la convention de "Mégève".
Contre les Chinois, les Russes les Nord-Coréens, et même certains de nos pseudo-alliés de l'OTAN, il faut de l'IA, de la cyber, mais du aussi "lourd" pour être un tant soit peu crédible. Genre AS30 laser sur une pile de pont qui enjambe le Bosphore, par exemple, et sans viser personne.
Et si un politicard, un peu plus courageux que les autres, avait la bonne idée d'autoriser un raid aérien anonyme sur Natanz, on ne lui en voudrait pas.
a écrit le 13/04/2021 à 11:57 :
Comme la fosse, je suis s"c"eptique devant autant de " couillonades". Le Monde du futur ne sera sécurisé que grâce à la reconnaissance faciale, aux drones, à l'IA, l'Iot, au soldat "augmenté"...alors qu'on sait très bien que s'il y a un conflit mondialisé, cela finira par l'emploi de la force nucléaire. C'est sans doute le constat qu'à fait la GB.Il me semblerait plus utile de renforcer la sécurité du territoire à l'intérieur et aux frontières et d'augmenter et moderniser note arsenal nucléaire. Après... inch'Allah...A la grâce de Dieu
a écrit le 13/04/2021 à 11:16 :
Il faut que l'Armée revienne à un système manuel de gestion de ses approvisionnements et suivis des matériels comme dans l'avant numérique. Internet est devenu trop fragile, les hôpitaux en ont été la plus grande preuve. Ou alors faire une double gestion, car on va vers une catastrophe numérique .
a écrit le 13/04/2021 à 10:44 :
Comme l'on doute que la France soit souveraine dans ses décisions, un bémol est a rajouté a toute déclaration qui demande de l'argent public!
a écrit le 13/04/2021 à 9:18 :
La première des sécurités numériques c'est justement de pouvoir désactiver le numérique sans que cela ne perturbe quoi que ce soit si ce n'est des phénomènes peu conséquents, où le bouton on/off.

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