Augmenter la TVA : quel impact réel ?

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi
La « TVA sociale » est brutalement revenue dans le débat. Le défi est simple à énoncer : retrouver un niveau de coût du travail compétitif tout en garantissant un niveau élevé de protection sociale, en partant de ce diagnostic : les prestations sociales profitent à tous mais sont beaucoup trop financées par les cotisations sociales assisses sur les salaires (62% contre 55% en moyenne en Europe).
Dans ce contexte, quoi de plus logique de financer une réduction des cotisations, précisément celles qui pèsent sur les salaires, par la TVA qui est assise sur la consommation. Les effets attendus sont plus ou moins similaires à ceux d'une dévaluation :
La compétitivité est restaurée, l'activité boostée ce qui est bon pour le marché du travail d'autant qu'avec la baisse des charges la croissance s'est enrichie en emplois. Mais c'est de la théorie, qu'en est-il en pratique. Début 2007, le gouvernement d'Angela Merkel fait passer le taux de TVA de 16 à 19%. Ce n'est pas à proprement parler une TVA purement sociale car sur les 3 points, un peu moins de la moitié iront effectivement à la baisse des cotisations sociales l'autre partie sera affectée à la lutte contre les déficits et à la baisse de l'IS.
Premier constat, les industriels comme les distributeurs ont joué le jeu. Le surcroit d'inflation est de l'ordre de 0,8 point seulement, alors qu'il aurait dû être d'environ 1,5 point signe que les entreprises ont non seulement répercuté la baisse des cotisations mais également rogné sur leurs marges.
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Deuxième constat, les effets de calendrier sont assez prononcés : la hausse de la TVA a été anticipée par les consommateurs stimulant principalement les achats de biens durables avant la date butoir. Le contrecoup est immédiat dès le trimestre suivant, les achats plongent mais en lissant les évolutions il est clair que cela n'a pas été néfaste à la consommation.
Pendant ce temps, le made in Germany en profitait pour se tailler des parts à l'exportation, fin 2007 le pays comptait 500.000 chômeurs de moins qu'en début d'année et les finances publiques étaient revenues dans les clous de Maastricht. Si le succès est total, il faut le replacer dans le contexte du processus de désinflation compétitive / modération salariale engagée 5 ans plus tôt. L'Allemagne est aussi en haut de cycle avec une croissance forte de près de 4% en 2006 et encore 3,5% en 2007.
La hausse de la TVA de 3% à 5% le 1er avril 1997 intervient au moment où le pays taille dans ses dépenses publiques. C'est la bérézina, la consommation vacille, la construction s'effondre, l'investissement chute c'est la récession avant même que ne débute la crise asiatique. Dans l'esprit des Japonais, la hausse de la TVA restera comme un échec cuisant.
Ces deux leçons, montrent qu'une hausse de la TVA est un pari audacieux et pour mettre toutes les chances de son côté il faut s'assurer :
La mise en place d'une TVA sociale c'est aussi et surtout un choix politique structurant, le poids des prestations sociales au Danemark est le plus élevé en Europe, devant la France, mais c'est là aussi où les cotisations comptent pour le moins.
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Alexandre Mirlicourtois, Xerfi