Blockchain, quelle menace pour les banques ?

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Laurence Attuel-Mendès
Laurence Attuel-Mendès (Crédits : DR)
Il se pourrait bien que nous soyons aux prémices d'une nouvelle révolution digitale, dépossédant les banques de leur rôle traditionnel... Par Laurence Attuel-Mendès, Enseignant-chercheur au Groupe ESC Dijon-Bourgogne

À l'heure de la sortie des dernières éditions des dictionnaires, on entend fleurir de nouveaux mots. Deux figurent particulièrement sous le feu de l'actualité en ce moment dans les milieux financiers : « Bitcoin » et « Blockchain », des mots tout droit issus du Web.

Même s'il existe en germe depuis 1977, le terme bitcoin apparait officiellement en 2008 mais doit attendre 2015 pour faire son entrée en tant que nom commun dans le Larousse et le Petit Robert 2016, avec la définition suivante : « Unité monétaire en usage sur Internet, indépendante des réseaux bancaires ». Il est vrai qu'il est plus aisé d'utiliser ce terme que celui de crypto-monnaie.

La Blockchain, en revanche, n'a pas encore eu l'honneur d'entrer dans les précieux dictionnaires de la langue française. Derrière ce néologisme, on trouve un mécanisme qui permet de certifier une information de façon totalement décentralisée et autonome, et également d'en assurer son intégrité dans le temps.

Phénomènes économiques concrets

Le développement du bitcoin est indéniable, quoi qu'un peu chaotique si l'on en juge par la volatilité de son cours. À ses débuts, en 2010, un bitcoin valait 0,06 euro. Il a battu des records en atteignant 919 euros en 2013 avant de rechuter à 275 euros en 2015 et finalement remonter à 403 euros au 13 mai 2016 (Google Finance).

Cette nouvelle monnaie virtuelle est en outre utilisée par des entreprises de plus en plus grosses et connues comme Zynga, Dell, Wikipedia, Paypal ou encore Microsoft. Les mises en garde contre ses risques et le besoin de régulation sont donc parfaitement logiques, et apparaissent déjà en filigrane dans nos textes de loi.

Ils sont dans les réflexions des plus hautes instances. En 2014, la commission des finances du Sénat a publié un rapport sur les enjeux liés au développement du bitcoin et des autres monnaies virtuelles. Le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) s'est saisi de la question des nouvelles monnaies en 2015 pour souligner le besoin de réglementation en la matière.

En février 2016, la Commission Européenne a ensuite annoncé la future régulation de cette crypto-monnaie. Enfin, l'ordonnance du 28 avril 2016 va plus loin en traitant, certes par périphrase, dans le nouvel article L 223-12 du code monétaire et financier, du « dispositif d'enregistrement électronique partagé ». Ce dernier correspond à la fameuse Blockchain, directement évoquée dans le Rapport fait au Président de la République.

La complémentarité entre crowdfunding et finance traditionnelle remise en cause ?

 Ces évolutions technologique et terminologique vont donc de pair, et en même temps qu'elles bousculent le modèle financier traditionnel, leur poids grandissant s'ajoute à un autre chamboulement assez récent : celui du crowdfunding, dont l'essor est massif en France et dans le monde.

Le montant des fonds collectés via les plateformes de financement participatif a doublé en France entre 2014 et 2015 (Baromètre 2016, Finance Participative France) ; ceux levés par les entreprises ont, eux, triplé sur la même période. On constate un relatif consensus à ce jour sur la complémentarité du crowdfunding et de la finance traditionnelle.

Rares sont ceux le voyant comme une réelle menace pour les banques. Ces dernières s'allient de différentes façons avec tous les types de plateformes (Étude de la Chaire Banque Populaire en Microfinance du Groupe ESC Dijon-Bourgogne, 2014). Néanmoins, elles risquent désormais d'être menacées par la brèche qu'a ouverte le gouvernement en facilitant le rapprochement de ces acteurs du monde virtuel.

En effet, l'émission de minibons (titres nominatifs et non négociables comportant engagement par un commerçant de payer à échéance déterminée, délivrés en contrepartie d'un prêt par l'intermédiaire d'une plateforme de crowdfunding) pourra, à compter du 1er octobre 2016, être inscrite dans une Blockchain. Cela risque d'ouvrir la boîte de Pandore.

 Acteurs de confiance moins onéreux

 Certes, des garde-fous sont prévus avec la mise en place d'un groupe de travail afin de garantir que la technologie soit assez sûre et mature pour assurer la tenue d'un registre fiable, sécurisé et susceptible d'être audité. Néanmoins, cela permet d'envisager un recours plus massif aux "blockchains", nettement moins coûteuses que les banques, afin d'assumer le même rôle de tiers de confiance.

 Il leur est en effet possible d'assurer la sécurité et la fluidité des paiements, ainsi que la contractualisation des échanges, leur intégrité et leur validité juridique dans le temps (F. Desroziers, 2016). La banque traditionnelle serait par conséquent remplacée auprès de la plateforme par un acteur lui promettant une réduction drastique de ses coûts de fonctionnement.

Elle aurait également l'opportunité d'accepter de nouvelles devises en temps réel aux quatre coins du monde grâce au bitcoin, le tout sans risque de falsification, ni besoin de recours à un organe central certifiant la monnaie. Il se pourrait bien que nous soyons aux prémices d'une nouvelle révolution digitale dépossédant les banques de leur rôle traditionnel...

Laurence Attuel-Mendès, Enseignant-chercheur au Groupe ESC Dijon-Bourgogne, Chaire Banque Populaire en Microfinance du Groupe ESC Dijon-Bourgogne

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