Campagne de Brousse : désigner les candidats par sondages, on aura tout vu !

CHRONIQUE. Ingénieur, éditeur, observateur attentif des sociétés, du monde et des gens, Jean Brousse, corrézien, bretteur de mots, a publié "Deux mois ferme", collection de ses chroniques quotidiennes du confinement. En cette année présidentielle, il tient dans La Tribune une revue de la crise politique et sanitaire, intitulée comme il se doit Campagne de... Brousse.

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(Crédits : Jean Brousse LT)

Enfin du concret ! Invité sur le plateau du « Grand Jury LCI, RTL, Le Figaro », le dérangeant monsieur Z, provocateur auto proclamé, annonce qu'il supprimera le permis de conduire à points et rétablira le 90 km/heure sur les routes de nos belles campagnes. Histoire de rallier finement ces catégories populaires qui semblent lui faire défaut et préférer sa concurrente. C'est ce qu'attendaient les Français. Voilà clairement le signe d'un homme d'État !

Sinon, à force de « il faut » et « il faudrait », de « je vais vous expliquer » et « j'y arrive », il remugle le même constat, que nous commençons à connaître par cœur, en esquivant comme un toréro les cornes du taureau les questions des journalistes sur le comment : « ça n'est pas mon métier, moi je réfléchis et j'écris des livres »... Évidemment, le palais de l'Élysée serait une idéale thébaïde pour un tel intellectuel. Soyons rassurés, il affirme avoir pris sa décision... mais ne nous la révèlera que « quand le moment qu'il aura choisi sera venu ». En attendant il semble que les intentions de vote en sa faveur stagnent. Qu'attendent au fond les 17% de nos compatriotes dont le créditent les études d'opinion ?

Sondages, sondages, sondages, la pitance quotidienne d'une presse déstabilisée par les prémices excentriques de cette période ante-électorale, où rien ne ressemble à ce qu'elle commente depuis plusieurs décades. Patatras, le plus grand quotidien régional français, Ouest-France, jette un pavé dans la mare et décide de ne plus commander ni publier quelque résultat de sondages qui soit. « À chaque élection, on veut connaître le résultat avant même que les Français aient voté. Cette année où l'on est allé jusqu'à imaginer convoquer les sondeurs pour désigner les candidats, on atteint des sommets », déplore François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef, dans l'édition du 23 octobre. « On a tout vu ces derniers temps : les cadors du petit écran gonflés à l'hélium des mesures d'audiences devenir des stars politiques déjà qualifiées par les sondages avant même d'être candidats ».

On se souvient de l'aplomb avec lequel Jérôme Jaffré déclarait en 1994 que « l'élection était pliée » et du duel Chirac-Jospin annoncé en 2002. En 2012, François Hollande partait perdant. Les votes ont malicieusement démenti les oracles. Peut-être parce que lorsqu'il s'agit de glisser un billet dans l'urne, un ultime sursaut de responsabilité démocratique inspire l'électeur. Sans doute parce que la réponse - digitalisée et aseptisée le plus souvent - à une enquête n'implique guère le sondé, devenant souvent stratège par jeu ou par conviction, gavé instant par instant de pourcentages volatiles et illisibles. Parce que les aspirants à la magistrature suprême n'emportent pas spontanément les foules, n'est pas de Gaulle qui veut, vienne-t-il, pour certain, du Nord de la France ! Parce que les partis familiers dits « de gouvernement» se délitent, engoncés dans des luttes picrocholines peu provoquées par le sens de l'État : la Fondapol, dans Le Figaro du 27 octobre, se demande si la partition modérés/radicalisés ne se substitue pas doucement à la bonne vieille opposition droite/gauche. Parce que les citoyens se désolent ou se fichent d'un climat politique délétère, de la pauvreté des débats et du peu de cas que l'on fait de leurs aspirations. Parce qu'on ne les connaît ni ne les reconnaît plus. Mais ne pourraient-ils pas eux-mêmes s'intéresser un peu plus, et plus sérieusement à leurs destins.

Parce que la Démocratie est bien fatiguée et n'est plus « l'acquis indéboulonnable » auquel se fier et se remettre. Le dégagisme désespéré tient aujourd'hui lieu de projet politique.Comme le dit FX Lefranc, « Il est urgent de rebâtir un espace politique au contact immédiat des citoyennes et des citoyens. » Cela dit, tout va bien, les indicateurs économiques sont au vert, même si personne ne s'en rend compte, et Emmanuel Macron et Joe Robinet Biden sont réconciliés. A suivre.

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Commentaires 3
à écrit le 02/11/2021 à 12:11
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Z... Comme Zorro. Plutôt un Zéro pointé pour un trublion qui semble ne pas se souvenir que certaines thèses conduisent par bond et enchaînements successifs au chaos.

à écrit le 01/11/2021 à 13:34
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Malheureusement les candidats nous sont imposés et, on en élimine ceux qui seraient favorable a changé les règles en faveur d'un peuple souverain!

à écrit le 01/11/2021 à 10:27
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Très bien. M. BROUSSE et OUEST-FRANCE nous réconcilie avec un minimum d'intelligence, chose totalement mise à l'écart ces dernières années.

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