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Compagnies aériennes : plaidoyer pour les nationalisations

Photo de Fabrice Gliszczynski

Jean-Louis Baroux

Publié le 17 août 2017 à 05:30

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Après la nationalisation des Chantiers de l'Atlantique (STX France), les gouvernements devraient faire de même avec leurs transporteurs aériens, parce qu'ils sont l'un des outils de leur indépendance stratégique. D'autant que nombre d'exemples prouvent que ce n'est pas le soutien de l'Etat qui induit une mauvaise gestion d'entreprise. Par Jean-Louis Baroux, président de JLB Conseil, fondateur du réseau APG.

Nous avons assisté récemment à un coup d'autorité de la part du gouvernement français, lequel a nationalisé, certes de façon provisoire, les chantiers navals STX de Saint-Nazaire pour éviter de perdre le pouvoir sur un secteur d'activité réputé stratégique. Alors, si la construction navale est stratégique, que dire du transport aérien? Rappelons, juste pour lancer le raisonnement, qu'en cas de conflit ou de force majeure, les compagnies aériennes d'un pays peuvent être réquisitionnées pour transporter les troupes. C'est au moins le cas en France et il s'applique en particulier à Air France. C'est la démonstration que le transport aérien est jugé nécessaire à la survie du pays.

Cela nous amène à poser la question suivante : si un pays doit disposer de son propre transport aérien, pourquoi alors les gouvernements ne sont-ils pas autorisés à le nationaliser, en tout ou en partie, pour éviter de le voir tomber dans des mains étrangères? La question est particulièrement d'actualité pour Alitalia qui risque tout bonnement de disparaître, ce qui privera par voie de conséquence un grand pays comme l'Italie d'un moyen jugé stratégique à sa survie.

Une autorité indépendante pour choisir les dirigeants

Oh, bien sûr, j'ai été un farouche partisan de la libre concurrence, et d'ailleurs je le reste. Mais, au fond, en quoi la nationalisation d'un transporteur national viendrait-elle à l'encontre d'une saine compétition ? On me rétorquera que, jusqu'à présent, les compagnies étatisées n'ont pas fait preuve d'une grande capacité de gestion et que c'est uniquement par l'injection de fonds publics qu'elles arrivent à survivre. Et ce n'est pas faux. Mais, pour l'essentiel, ce constat est dû au fait que les dirigeants sont choisis non pas pour leur capacité de management, mais pour leur proximité avec les pouvoirs en place. C'est bien là que réside le défaut majeur. Pour pallier cette difficulté, il faudrait confier la nomination des principaux responsables à une autorité indépendante du pouvoir politique, comme d'ailleurs cela se passe en France pour l'audiovisuel.

Après tout, ce n'est pas parce qu'une compagnie est nationalisée qu'elle est fatalement mal gérée. Ce n'est pas non plus pour cela qu'elle doit s'affranchir des règles d'une concurrence équitable. Il existe des lois pour sanctionner la vente à perte si d'aventure un transporteur nationalisé voudrait faire du dumping au détriment de ses concurrents. Et nationalisation ne signifie pas monopole.

Le cas Alitalia

En fait, nous payons l'ultra libéralisme imposé par les pays anglo-saxons, et d'abord la Grande-Bretagne, dans les règles européennes. C'est ainsi que la Hongrie, Chypre, la Belgique, l'Irlande, l'Espagne, la Grèce, et même la Suisse, n'ont plus de transporteur national. Celui-ci a soit disparu, sans que les pays aient eu le droit de le sauver, soit il est passé dans des mains étrangères. Le prochain sur la liste est Alitalia, mais est-il certain que la liste ne pourra pas s'étendre ? Est-ce que les pays y ont gagné ? Certes, les capitaux des compagnies européennes doivent être tenus par des européens, mais que va-t-il se passer pour Iberia et Vueling, détenus par des capitaux britanniques alors que la Grande-Bretagne va sortir de l'Europe ?

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Profiter du Brexit pour repenser le cadre réglementaire

Il est grand temps de repenser les règles européennes qui régissent le transport aérien de notre continent. Car, ou bien les pays européens évoluent vers une fédération européenne et abandonnent de ce fait leur pouvoir régalien à une autorité communautaire comme c'est le cas dans certains pays (tels que les Etats-Unis ou le Brésil par exemple), ou bien les états veulent garder leur souveraineté et restent dans une confédération et dans ce cas ils doivent avoir la maîtrise de leur transport aérien. En tout cas, ils doivent être capables de le sauver soit de la disparition, soit du passage dans des mains étrangères, fussent-elles européennes. Après tout, on peut profiter du Brexit pour repenser les dispositions qui interdisent aux gouvernements de soutenir leurs compagnies aériennes au prétexte de maintenir une sacro-sainte concurrence équitable. Il y a d'autres moyens pour cela.

Emirates, les compagnies américaines... les exemples abondent

Et que l'on ne nous rétorque pas que la modernité consiste à laisser disparaître des transporteurs nationaux. Ceux-ci peuvent être parfaitement bien gérés, comme Emirates, et l'Emirat de Dubaï en apporte l'éclatante démonstration. Que l'on ne dise pas non plus que les compagnies américaines, grandes supportrices de la liberté économique, ne sont pas soutenues par leur gouvernement.

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Comment alors faut-il qualifier la si favorable réglementation du Chapitre 11 de la loi sur les faillites, indispensable aux restructurations et dont les trois grands groupes aériens américains ont largement profité ?

Il n'est pas normal qu'un pays ne puisse pas disposer des outils de son indépendance. Le transport aérien en est un.

Jean-Louis Baroux

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