Compagnies aériennes : plaidoyer pour les nationalisations

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Jean-Louis Baroux, président de JLB Conseil, fondateur du réseau APG (Air Promotion Group).
Jean-Louis Baroux, président de JLB Conseil, fondateur du réseau APG (Air Promotion Group). (Crédits : DR)
Après la nationalisation des Chantiers de l'Atlantique (STX France), les gouvernements devraient faire de même avec leurs transporteurs aériens, parce qu'ils sont l'un des outils de leur indépendance stratégique. D'autant que nombre d'exemples prouvent que ce n'est pas le soutien de l'Etat qui induit une mauvaise gestion d'entreprise. Par Jean-Louis Baroux, président de JLB Conseil, fondateur du réseau APG.

Nous avons assisté récemment à un coup d'autorité de la part du gouvernement français, lequel a nationalisé, certes de façon provisoire, les chantiers navals STX de Saint-Nazaire pour éviter de perdre le pouvoir sur un secteur d'activité réputé stratégique. Alors, si la construction navale est stratégique, que dire du transport aérien? Rappelons, juste pour lancer le raisonnement, qu'en cas de conflit ou de force majeure, les compagnies aériennes d'un pays peuvent être réquisitionnées pour transporter les troupes. C'est au moins le cas en France et il s'applique en particulier à Air France. C'est la démonstration que le transport aérien est jugé nécessaire à la survie du pays.

Cela nous amène à poser la question suivante : si un pays doit disposer de son propre transport aérien, pourquoi alors les gouvernements ne sont-ils pas autorisés à le nationaliser, en tout ou en partie, pour éviter de le voir tomber dans des mains étrangères? La question est particulièrement d'actualité pour Alitalia qui risque tout bonnement de disparaître, ce qui privera par voie de conséquence un grand pays comme l'Italie d'un moyen jugé stratégique à sa survie.

Une autorité indépendante pour choisir les dirigeants

Oh, bien sûr, j'ai été un farouche partisan de la libre concurrence, et d'ailleurs je le reste. Mais, au fond, en quoi la nationalisation d'un transporteur national viendrait-elle à l'encontre d'une saine compétition ? On me rétorquera que, jusqu'à présent, les compagnies étatisées n'ont pas fait preuve d'une grande capacité de gestion et que c'est uniquement par l'injection de fonds publics qu'elles arrivent à survivre. Et ce n'est pas faux. Mais, pour l'essentiel, ce constat est dû au fait que les dirigeants sont choisis non pas pour leur capacité de management, mais pour leur proximité avec les pouvoirs en place. C'est bien là que réside le défaut majeur. Pour pallier cette difficulté, il faudrait confier la nomination des principaux responsables à une autorité indépendante du pouvoir politique, comme d'ailleurs cela se passe en France pour l'audiovisuel.

Après tout, ce n'est pas parce qu'une compagnie est nationalisée qu'elle est fatalement mal gérée. Ce n'est pas non plus pour cela qu'elle doit s'affranchir des règles d'une concurrence équitable. Il existe des lois pour sanctionner la vente à perte si d'aventure un transporteur nationalisé voudrait faire du dumping au détriment de ses concurrents. Et nationalisation ne signifie pas monopole.

Le cas Alitalia

En fait, nous payons l'ultra libéralisme imposé par les pays anglo-saxons, et d'abord la Grande-Bretagne, dans les règles européennes. C'est ainsi que la Hongrie, Chypre, la Belgique, l'Irlande, l'Espagne, la Grèce, et même la Suisse, n'ont plus de transporteur national. Celui-ci a soit disparu, sans que les pays aient eu le droit de le sauver, soit il est passé dans des mains étrangères. Le prochain sur la liste est Alitalia, mais est-il certain que la liste ne pourra pas s'étendre ? Est-ce que les pays y ont gagné ? Certes, les capitaux des compagnies européennes doivent être tenus par des européens, mais que va-t-il se passer pour Iberia et Vueling, détenus par des capitaux britanniques alors que la Grande-Bretagne va sortir de l'Europe ?

Profiter du Brexit pour repenser le cadre réglementaire

Il est grand temps de repenser les règles européennes qui régissent le transport aérien de notre continent. Car, ou bien les pays européens évoluent vers une fédération européenne et abandonnent de ce fait leur pouvoir régalien à une autorité communautaire comme c'est le cas dans certains pays (tels que les Etats-Unis ou le Brésil par exemple), ou bien les états veulent garder leur souveraineté et restent dans une confédération et dans ce cas ils doivent avoir la maîtrise de leur transport aérien. En tout cas, ils doivent être capables de le sauver soit de la disparition, soit du passage dans des mains étrangères, fussent-elles européennes. Après tout, on peut profiter du Brexit pour repenser les dispositions qui interdisent aux gouvernements de soutenir leurs compagnies aériennes au prétexte de maintenir une sacro-sainte concurrence équitable. Il y a d'autres moyens pour cela.

Emirates, les compagnies américaines... les exemples abondent

Et que l'on ne nous rétorque pas que la modernité consiste à laisser disparaître des transporteurs nationaux. Ceux-ci peuvent être parfaitement bien gérés, comme Emirates, et l'Emirat de Dubaï en apporte l'éclatante démonstration. Que l'on ne dise pas non plus que les compagnies américaines, grandes supportrices de la liberté économique, ne sont pas soutenues par leur gouvernement.

Comment alors faut-il qualifier la si favorable réglementation du Chapitre 11 de la loi sur les faillites, indispensable aux restructurations et dont les trois grands groupes aériens américains ont largement profité ?

Il n'est pas normal qu'un pays ne puisse pas disposer des outils de son indépendance. Le transport aérien en est un.

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Commentaires
a écrit le 18/08/2017 à 3:36 :
Nationaliser Air France : celà les encouragera à encore plus de grèves.
a écrit le 17/08/2017 à 18:29 :
est il normal que RYANAIR bénéficie de subventions indirectes de la part de certaines chambres de commerces régionales?? est il normale que AESYJET fraude l'URSSAF en toute impunité et ne respecte pas la réglementation européenne en refusant d'indemniser les passagers en cas d'annulations ou de retards.
Face acute concurrence déloyale ,les Etats ont tout à fait le droit de protéger leurs compagnies nationales .Cordiement
a écrit le 17/08/2017 à 15:01 :
"disposer des outils de son indépendance" ? Quand on est esclave, les outils appartiennent au maître, pas à l'esclave :-)
a écrit le 17/08/2017 à 14:36 :
Air France est très mal gérée à cause de son passé monopolistique qui n'a pas poussé à se transformer (même si elle va un peu mieux, vu les tarifs astronomiques qu'ils se permettent de fixer grâce à l'absence de concurrence sur certaines lignes comme l'Afrique) mais ce n'est rien comparé à l'audiovisuel français qui est déficitaire alors qu'il est super subventionné avec la taxe obligatoire
a écrit le 17/08/2017 à 13:55 :
Ce garçon est fou, dès que l'état touche une entreprise c'est la catastrophe et l'explosion des grèves et du syndicalisme au dépens du contribuable

Il faut interner ce ringard des années 81
a écrit le 17/08/2017 à 13:49 :
Si j'ai bien compris la stratégie économique :
- On nationaliserait quand des groupes sont en difficulté.
Qu’il y a ait eu des erreurs de gestion ou de choix stratégiques, on recycle les dirigeants responsables ou irresponsables, suivant les cas. Hors préservation logique des secteurs stratégiques et touchant à la défense, vu de loin cela ressemble parfois à une politique de promotion de l’échec et de la médiocrité.
C’est un peu à la tête du client, car à ma connaissance il n'a jamais été question de nationaliser une PME du fin fond des Cévennes, ou une StartUp qui pourtant pourraient tout autant tirer profit de l’argent public. Question de prestige ou de rapports de force ? car si l'on prend l'exemple d'une compagnie aérienne qui ne brille pas par ses capacités d’adaptation ou de dialogue, si l'on veut du prestigieux et du statique, autant investir dans une deuxième Tour Eiffel.

- On privatiserait quand il y des profits,
surtout quand l'Etat (plongé dans une spirale endetto-inflationniste) a un besoin urgent d'argent. Ce qui revient à se priver de ressources pérennes pour la collectivité. Un courtermisme qui hypothèque l’avenir du pays.
a écrit le 17/08/2017 à 13:25 :
Discours ringard, pathétique...Français quoi!
a écrit le 17/08/2017 à 11:03 :
Excellente idée. Enfin quelqu'un qui y voit clair, au delà du Dogme et des intérêts financiers individuels...
a écrit le 17/08/2017 à 10:26 :
Il y a toujours des nostalgiques de l'époque soviétique où tout était propriété de l'Etat !! On a vu le résultat.... Ce que demande le citoyen a un transporteur aérien ou autre c'est d'être transporté d'un point A à un point B au meilleur coût et dans le respect de ce qui est promis dans le contrat de transport !!
a écrit le 17/08/2017 à 9:49 :
"Because for years I thought what was good for our country was good for General Motors..."
a écrit le 17/08/2017 à 9:21 :
n importe quoi cet article. Outre le fait qu une autorite "independante" comme celle de la TV n a d independant que le nom, en quoi nationaliser des gouffres comme air france ets profitable au pays ? c est sur que ce st mieux qu engloutir de l argent dans des JO mais c est le suel argument positif que je puisse trouver
Réponse de le 17/08/2017 à 9:44 :
En attendant on se vend à la concurrence directe...
a écrit le 17/08/2017 à 9:20 :
Le Gouvernement a précisé que la " nationalisation " était provisoire. En France on n'a pas vraiment de bonnes expériences avec les nationalisations si on regarde les problèmes d' Areva, de la SNCF, de l'EDF etc. etc. On a déjà trop de " fonctionnaires ".
Réponse de le 17/08/2017 à 9:45 :
On devrait finir par y arriver...
a écrit le 17/08/2017 à 8:12 :
Bravo JLB ! Une belle page de pub pour pas cher...
Et la prochaine fois, t'enlèves le haut ?
Réponse de le 17/08/2017 à 9:45 :
Le bas ça rapporte plus...

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