Air France-KLM ouvre son capital à Delta et China Eastern

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(Crédits : © Gonzalo Fuentes / Reuters)
Le groupe français a annoncé une augmentation de capital réservée à Delta et China Eastern qui prendront chacune 10% d'Air France-KLM pour un montant de 751 millions de dollars. Dans le même temps, Air France-KLM fera l'acquisition de 31% du capital de Virgin Atlantic, dont 49% du capital appartiennent à Delta. Ces deux opérations capitalistiques accompagneront un renforcement des partenariats commerciaux sur l'Amérique du nord et la Chine.

Fragilisé au cours des huit dernières années par les difficultés d'Air France et les tensions entre Air France et KLM, le groupe Air France-KLM vient de nouer un schéma d'alliances capitalistiques et commerciales colossal, qui va renforcer à la fois sa situation financière et ses positions sur les axes stratégiques reliant l'Europe à l'Amérique du Nord et la Chine.

La part de l'Etat français diminue

Une semaine après le lancement de Joon, une filiale à coûts réduits d'Air France, tel est le sens de l'annonce ce jeudi par Air France-KLM d'une prise de participation dans Virgin Atlantic à hauteur de 31% pour un montant de 221 millions de livres (246,5 millions d'euros environ), et de l'entrée dans son capital de la compagnie américaine Delta (également actionnaire de Virgin Atlantic à hauteur de 49%) et de la chinoise China Eastern à hauteur de 10% chacune dans le cadre de deux augmentations de capital réservées. D'un montant total de 751 millions d'euros celles-ci sont souscrites au prix de 10 euros par action, en deçà du cours de clôture de 12,095 euros ce jeudi pour le groupe français. Delta et China Eastern, qui seront représentées au conseil d'administration, se sont chacune engagées à ne pas dépasser le seuil de 10% du capital pendant cinq ans et à ne pas céder leur participation à une autre compagnie aérienne sans l'accord du conseil d'Air France-KLM. Le gouvernement a assuré Air France-KLM du plein soutien de l'Etat dans cette opération qu'il juge créatrice de valeur.

"Le gouvernement se réjouit du retour du groupe Air France-KLM dans une dynamique de conquête et de nouvelles ambitions internationales dans le secteur aérien", précise le ministère de l'Economie et des Finances dans un communiqué.

La part de l'Etat, actionnaire de référence, sera mécaniquement réduite de 17,6% à 14% mais il détiendra 23% des droits de vote, a précisé le groupe lors d'une conférence téléphonique.

"Ces opérations s'inscrivent dans la logique de Trust Together. Elles visent à accélérer la croissance d'Air France et de KLM sur le long-courrier en s'appuyant sur des partenariats commerciaux renforcés", ont déclaré dans un courrier commun adressé aux salariés Jean-Marc Janaillac, le PDG d'Air France-KLM, Franck Terner, directeur général d'Air France et Pieter Elbers, le PDG de KLM.

Un projet dans les tuyaux depuis longtemps

Jugée nécessaire pour rééquilibrer le bilan du groupe et lui redonner des marges de manœuvre, une augmentation de capital était dans les tuyaux depuis plus de trois ans. Mais avec la faiblesse du cours de Bourse en raison des tensions sociales à Air France qui ont plongé le groupe dans l'immobilisme, les conditions n'ont jamais été réunies. Néanmoins, en 2014, la direction de l'époque imaginait plutôt une augmentation de capital de 1 milliard d'euros environ sans une part de capital réservée à des industriels. Depuis, le schéma d'une augmentation de capital classique combinée à une entrée dans le capital d'industriels a fait son chemin. Les noms de Delta, d'Etihad ou du groupe chinois HNA ont plusieurs fois été évoqués. Ces derniers temps, les experts maintenaient ce scénario, mais ne le prévoyaient pas aussi tôt dans le calendrier.

Environnement porteur

En ne lançant qu'une augmentation de capital réservée à des partenaires stratégiques pour un montant net de 500 millions d'euros environ (une fois retirée la prise de participation dans Virgin), la direction d'Air France-KLM montre ainsi qu'elle n'a pas besoin de plus. L'environnement est en effet porteur. Le trafic est dynamique avec une recette unitaire de qualité et le prix du baril et la remontée de l'euro par rapport au dollar tirent les résultats du groupe vers le haut. Le groupe a publié ce vendredi un résultat d'exploitation de 353 millions d'euros au premier semestre, en hausse de 135 millions par rapport à la même période de l'an dernier.

Ces opérations permettront de lever 750 millions d'euros de fonds propres, de renforcer nos marges de manœuvre et de poursuivre notre désendettement. Elles contribueront par ailleurs à stabiliser notre actionnariat. Il est primordial, nous en sommes convaincus, de bénéficier de la présence d'actionnaires stratégiques dont l'intention est de rester durablement à notre capital, plutôt que d'être exposés aux conséquences des stratégies d'acteurs opportunistes", expliquent les dirigeants du groupe.

Fusion des co-entreprises transatlantiques

Une fois l'entrée dans le capital de Virgin Atlantic finalisée, en 2018 (Delta poussait Air France-KLM à le faire depuis près de deux ans au moins), Air France-KLM, Delta et Virgin Atlantic regrouperont les co-entreprises transatlantiques existantes entre Air France-KLM, Delta et Alitalia d'une part, et Delta et Virgin Atlantic d'autre part. Cette co-entreprise unique détiendra une part de marché d'environ 25% sur l'axe transatlantique.  Appelées "joint-ventures" dans le secteur, ces co-entreprises constituent dans le transport aérien le degré le plus avancé d'une coopération commerciale. Elles permettent notamment aux acteurs qui la composent de partager les coûts et les recettes, d'harmoniser les horaires des vols, et les forces commerciales sur un plan de vols commun.

Ces deux co-entreprises coexistaient depuis l'entrée de Delta dans le capital de Virgin Atlantic en 2013 et la création d'une co-entreprise avec Virgin entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni en parallèle de celle en vigueur sur l'axe transatlantique entre Air France-KLM, Delta et Alitalia. Il avait été prévu à l'époque de faire un point ultérieurement pour voir s'il avait lieu d'intégrer la co-entreprise Delta/Virgin dans celle d'Air France-KLM/Delta/Alitalia. Ce sera donc chose faite, sous réserve de l'approbation des "autorités règlementaires compétentes".

Quant à Alitalia, placée sous administration judiciaire le 2 mai dernier, il a été "proposé dans le cadre du partenariat avec Delta et Virgin (...) un statut de membre associé qui ne serait pas aussi impliqué dans la coentreprise que les autres", a indiqué le directeur financier d'Air France-KLM, Frédéric Gagey, précisant toutefois que cette hypothèse "dépendra de la décision prise par les administrateurs" de la compagnie.

Le renforcement de l'alliance avec China Eastern, basée à Shanghai (et dont Delta détient encore 3,2%) permettra par ailleurs à Air France-KLM de se renforcer à Shanghai, la base principale destination pour le trafic affaires en Chine, sans pour autant remettre en cause son alliance avec China Southern, avec qui Air France-KLM avait longtemps espéré renforcer sa coopération débutée en 2004.

Dans un communiqué, la CFDT d'Air France a salué cette "bonne nouvelle" pour l'avenir du groupe, se déclarant néanmoins vigilante sur l'impact en matière d'emplois et sur la préservation des intérêts des salariés d'AF-KLM, actionnaires à hauteur de 6,4% du groupe.

Les Assises du transport aérien

Avec ce coup de billard à plusieurs bandes (auquel il faut ajouter celui signé récemment avec Delta et l'indienne Jet Airways), Air France-KLM restera au cours des prochaines années parmi les grands du secteur. Certes, il n'aura pas dans cet ensemble le rôle du leader dans cet ensemble, dévolu de manière incontestée à la puissante Delta, mais ses puissantes positions en Europe et en Afrique, lui confère un rôle stratégique de choix aux yeux des Américains et des Chinois. Pour autant, ces excellentes opérations ne remettent pas en cause la nécessité du groupe d'améliorer sa compétitivité, au-delà des accords de création de Joon.

"En soumettant ces décisions à notre Conseil d'administration, nous avons conscience qu'elles exigent beaucoup de nous. Engagés durablement aux côtés de partenaires, il nous revient de poursuivre le redressement que chacune de nos compagnies a amorcé. Face à la métamorphose du monde et de ses équilibres économiques, nous sommes mobilisés pour qu'Air France-KLM se transforme profondément pour reconquérir sa place parmi les leaders", font valoir les dirigeants du groupe.

Par ailleurs, la tenue l'an prochain d'Assises du transport aérien pour améliorer la compétitivité du pavillon français, pourrait, si elles débouchent sur une réduction de la taxation spécifique qui touche ce secteur, donner un grand bol d'oxygène à Air France.

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Commentaires
a écrit le 30/07/2017 à 18:19 :
Lord King, président de British Airways de l'époque, disait en 1991 qu'à l'horizon des années 2000, il n'y aurait plus qu'une douzaine de compagnies aériennes dans le monde. Il s'est bien entendu trompé sur le chiffre, mais la tendance est bien là :-)
a écrit le 30/07/2017 à 9:36 :
Les resultatas d'exploitation au premier semestre:
KLM 300 millions d'euros, AirFrance 60 millionsd'euros.
a écrit le 29/07/2017 à 17:47 :
On peut donc, faire des affaires avec une dictature communiste, mais pas avec ces affreux Britanniques qui ont fait le Brexit.
a écrit le 29/07/2017 à 10:41 :
Il serait temps que l'état se désengage totalement et laisse le contrôle à des opérateurs privés, ce qui réduirait d'un ton l'arrogance des pilotes de cette compagnie qui se considèrent comme de véritables roitelets au pouvoir quasi divin.
a écrit le 29/07/2017 à 8:58 :
Le groue AirFrance-KLM a plublie hier un resultat d'exploitation de 362 millions d'euros au primier semestre.
Donc 301 millions d'euros par le KLM et seulement 61 millions d'euros par l'AirFrance.
a écrit le 28/07/2017 à 22:15 :
Pauvres DELTA, CHINA EASTERN, et VIRGIN. Ils ne lisent pas les commentaires des " experts" qui s'expriment sur AF à longueur d'années. Ils ne savent donc pas que cette compagnie va faire faillite là tout de suite, la faute aux méchants syndicalistes !
Réponse de le 29/07/2017 à 16:04 :
Quand vous parlez d"'expert", c'est de vous dont vous faites référence j'espère.
a écrit le 28/07/2017 à 22:01 :
Pour moi, la prochaine étape devrait être le rachat par AirFrance-KLM d'Alitalia, une fois la liquidation d4alitalia prononcée, et donc les contrats de travail actuels rendus caduques !!! En compensation de STX, le gouvernement italien pourrait se voir proposé qu'un contrat de travail se verrait proposé à l'ensemble des salariés Alitalia actuel : seule condition: le contrat de travail serait aligné sur la productivité d'Easyjet et autres LowCosts !!! Comme garantie de développement, Transavia se verrait transférée comme filiale d'Alitalia, et Alitalia se développerait sur le court et moyen courrier vers des tarifs LowCosts !!! Delta et China Eastern pourraient être associés à l'opération pour aider au développement d'Alitalia dans le long courrier... Et Alitalia pourrait même (avec des coûts LowCosts!) proposer des départs en France, de province, avec des offres telles que Venis-Lyon-Montreal ou Bologne-Lyon-New York ....
Réponse de le 31/07/2017 à 7:06 :
Cessez de fantasmer sur les capacités d'AFK comme pouvant être en mesure de racheter l'entreprise italienne...

AKK n'en a pas les moyens financiers .
Notre entreprise nationale est très mal sur le moyen et long terme ; elle n'a pas su s'adapter .Aujourd'hui elle est obligé d' augmenter son capital dans une survie à court terme.

Posez vous la question sur le devenir de AFK et qui sera en mesure de la reprendre dans quelques années après avoir fini comme l'entreprise italienne.
a écrit le 28/07/2017 à 10:02 :
N 'y a-t-il pas une contradiction avec la politique concernant STX??
Réponse de le 28/07/2017 à 14:28 :
Non puisque US et Chine ne prennent que 10 % chacun du capital.
Rien à comparer avec STX qui serait passé à plus de 50% italien.
a écrit le 28/07/2017 à 7:37 :
Vraiment une bonne affaire? Les capacités de faire de bonnes affaires par l'Etat ne me paraissent pas évidentes; les déficits budgétaires sont une vaste affaire de corruption à laquelle la complicité de notre Parlement n'est pas étrangère. Quant aux applaudissements d'un syndicat de salariés à l'opération, cela me laisse pantois; à moins qu'il ne soit partie...

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