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"Contact tracing" : la technologie "éthique by design" comme unique solution

André Loesekrug-Pietri (*)

Publié le 10 avril 2020 à 14:26 - Mis à jour le 10 avril 2020 à 18:24

André Loesekrug-Pietri, Directeur exécutif de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI).

André Loesekrug-Pietri, Directeur exécutif de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI).

DR

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

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OPINION. Tracer les personnes infectées en protégeant complètement leurs données personnelles n'est pas possible aujourd'hui. Si l'on s'en donnait les moyens, cela pourrait l'être demain. (*) Par André Loesekrug-Pietri, Directeur exécutif de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI).

Une application mobile permettant de tracer les personnes infectées par le coronavirus est en cours de développement pour une livraison dans les prochaines semaines. Bien que le contact tracing continue de diviser, le gouvernement s'est prononcé en faveur l'usage d'une telle application.

Pour les promoteurs de cette solution, il est possible d'assurer la sécurité collective tout en respectant le cadre posé par le règlement général de protection des données (RGPD) si l'on offre de solides garanties contre un usage abusif d'une telle application. Ces garanties, en particulier l'anonymisation des données et le caractère temporaire de cette mesure, semblent pourtant fragiles, mettant en danger le respect de nos valeurs fondamentales.

Favoriser l'éthiqueby design

Tout d'abord, la promesse du gouvernement d'anonymiser les données est difficilement tenable. Et ce pour des raisons techniques : il n'existe aujourd'hui aucune méthode d'anonymisation fiable à 100%.

En outre, tout en affirmant qu'une telle application ne saurait être que temporaire, le gouvernement n'a pas fixé de limite de durée à son usage. Et pour cause : entre les difficultés à contrôler l'épidémie et la crainte d'une « deuxième vague », personne ne sait combien de temps le contact tracing pourra être utile. Il est également probable qu'une fois la crise terminée, le gouvernement prenne des mesures pour prévenir la répétition du scénario. La tentation de faire rentrer par la voie législative le contact tracing dans l'arsenal de l'exécutif pourrait alors être grande.

Face à ces faiblesses, la réponse ne peut être politique ou juridique, à moins d'inscrire l'éthique by design dans les textes de loi. Reste que ces garde-fous sont trop fragiles en temps de crise. De plus, personne ne peut garantir qu'un accident, un hacking, voire une utilisation politique pourrait, un jour, en être fait. Notre démocratie est bien fragile en ce moment, et on aurait tort de penser qu'elle est indestructible. Plus que jamais, il est crucial de rester fidèles à nos valeurs, et seule l'incorporation de ces valeurs dans les outils technologiques est une réponse crédible à cette nécessité.

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Agir en amont, directement dans le code

Incorporer nos valeurs dans la technologie : voilà un magnifique défi posé à nos chercheurs et notre écosystème technologique. Plutôt que de chercher à limiter l'usage que l'on peut faire d'une application de contact tracing une fois celle-ci installée, il faut agir en amont, sur ce que l'application elle-même permet de faire ou de ne pas faire, et donc, dans son infrastructure technologique et dans ses lignes de code. La Joint European Disruptive Initiative, l'initiative européenne pour l'innovation de rupture, soutient le concept d'éthique by design : davantage compatible avec l'esprit du RGPD et les valeurs européennes de protection des données personnelles. Cette approche peut faire la différence.

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Mais cela suppose d'innover en matière technologique, de faire preuve d'une très grande agilité et de beaucoup de rapidité, trois capacités que les administrations ont pour l'instant échoué à démontrer. La technologie éthique by design demande une analyse des besoins centrée sur l'utilisateur et de nouveaux processus de tests, pour garantir la fiabilité et l'intégrité des solutions développées. Cela passe par l'implication de la communauté scientifique et technologique au sens large. Les gouvernements européens doivent donner un cap, une vision et des moyens à l'innovation - mais ils doivent renoncer à la contrôler, à être leurs propres gardiens et à faire par eux même. Dans ce monde technologique où les opportunités, comme les menaces, sont exponentielles, la puissance publique a un rôle crucial à jouer. Mais c'est un rôle à redéfinir.

André Loesekrug-Pietri (*)

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