"Contact tracing" :  la technologie "éthique by design" comme unique solution

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André Loesekrug-Pietri, Directeur exécutif de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI).
André Loesekrug-Pietri, Directeur exécutif de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI). (Crédits : DR)
OPINION. Tracer les personnes infectées en protégeant complètement leurs données personnelles n'est pas possible aujourd'hui. Si l'on s'en donnait les moyens, cela pourrait l'être demain. (*) Par André Loesekrug-Pietri, Directeur exécutif de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI).

Une application mobile permettant de tracer les personnes infectées par le coronavirus est en cours de développement pour une livraison dans les prochaines semaines. Bien que le contact tracing continue de diviser, le gouvernement s'est prononcé en faveur l'usage d'une telle application.

Pour les promoteurs de cette solution, il est possible d'assurer la sécurité collective tout en respectant le cadre posé par le règlement général de protection des données (RGPD) si l'on offre de solides garanties contre un usage abusif d'une telle application. Ces garanties, en particulier l'anonymisation des données et le caractère temporaire de cette mesure, semblent pourtant fragiles, mettant en danger le respect de nos valeurs fondamentales.

Favoriser l'éthique by design

Tout d'abord, la promesse du gouvernement d'anonymiser les données est difficilement tenable. Et ce pour des raisons techniques : il n'existe aujourd'hui aucune méthode d'anonymisation fiable à 100%.

En outre, tout en affirmant qu'une telle application ne saurait être que temporaire, le gouvernement n'a pas fixé de limite de durée à son usage. Et pour cause : entre les difficultés à contrôler l'épidémie et la crainte d'une « deuxième vague », personne ne sait combien de temps le contact tracing pourra être utile. Il est également probable qu'une fois la crise terminée, le gouvernement prenne des mesures pour prévenir la répétition du scénario. La tentation de faire rentrer par la voie législative le contact tracing dans l'arsenal de l'exécutif pourrait alors être grande.

Face à ces faiblesses, la réponse ne peut être politique ou juridique, à moins d'inscrire l'éthique by design dans les textes de loi. Reste que ces garde-fous sont trop fragiles en temps de crise. De plus, personne ne peut garantir qu'un accident, un hacking, voire une utilisation politique pourrait, un jour, en être fait. Notre démocratie est bien fragile en ce moment, et on aurait tort de penser qu'elle est indestructible. Plus que jamais, il est crucial de rester fidèles à nos valeurs, et seule l'incorporation de ces valeurs dans les outils technologiques est une réponse crédible à cette nécessité.

Agir en amont, directement dans le code

Incorporer nos valeurs dans la technologie : voilà un magnifique défi posé à nos chercheurs et notre écosystème technologique. Plutôt que de chercher à limiter l'usage que l'on peut faire d'une application de contact tracing une fois celle-ci installée, il faut agir en amont, sur ce que l'application elle-même permet de faire ou de ne pas faire, et donc, dans son infrastructure technologique et dans ses lignes de code. La Joint European Disruptive Initiative, l'initiative européenne pour l'innovation de rupture, soutient le concept d'éthique by design : davantage compatible avec l'esprit du RGPD et les valeurs européennes de protection des données personnelles. Cette approche peut faire la différence.

Mais cela suppose d'innover en matière technologique, de faire preuve d'une très grande agilité et de beaucoup de rapidité, trois capacités que les administrations ont pour l'instant échoué à démontrer. La technologie éthique by design demande une analyse des besoins centrée sur l'utilisateur et de nouveaux processus de tests, pour garantir la fiabilité et l'intégrité des solutions développées. Cela passe par l'implication de la communauté scientifique et technologique au sens largeLes gouvernements européens doivent donner un cap, une vision et des moyens à l'innovation - mais ils doivent renoncer à la contrôler, à être leurs propres gardiens et à faire par eux même. Dans ce monde technologique où les opportunités, comme les menaces, sont exponentielles, la puissance publique a un rôle crucial à jouer. Mais c'est un rôle à redéfinir.

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Commentaires
a écrit le 18/04/2020 à 1:11 :
Le traçage est une intrusion sur la liberté et vie privée ( anti éthique ), sans consentement ,c’est un délit , le gouvernement a parlé de «  volontariat « 

Le problème est le suivant : si nous acceptons,
ça risque d’être un système qui reste à tout jamais avec ou sans pandémie .

Ce qui est choquant :
Nous n’avons pas de tests, pas de masques, pas de vaccins ,

Eurêka !
nous avons une application de traçage ..

cette situation n’est pas éthique.

a écrit le 12/04/2020 à 9:43 :
Alors qu'il y abesoin de masques, de tests ... certains ne pensent qu'à développer des outils de surveillance qui seront bien utiles, uniquement quand l épidémie sera vaincue, parce qu'avant ils ne serviront à rien, pour une surveillance généralisée des citoyens.... Ils sembleraient qu'enfin certains de nos députés godillots LAREM s'en émeuvent.
a écrit le 11/04/2020 à 19:29 :
Quel intérêt présente pour le quidam d'apprendre qu'il a croisé une personne positive au test pendant la journée, ou la semaine écoulée?
Qu'est ce qu'on attend de lui?

Qu'il aille se terrer, terrorisé, dans son garage pendant 15 jours en attendant de voir s'il développe ou pas les symptômes?

Soyons sérieux, cette application a deux fonctions.
La première c'est de traquer tous les déplacements de tous les inscrits pour vérifier leur "conformité" au dogme. La seconde c'est d'obliger les personnes testée positive à respecter un confinement strict.
Bref, l'anonymat ne tiendra pas face aux pressions des politiques de droite qui sont en train de virer fachos.

Je ne reconnais plus la France où il n'y a plus ni liberté, ni égalité et de moins en moins de fraternité.
a écrit le 10/04/2020 à 18:10 :
Non, non, non et non, ras le bol des idées " à la con".
Nous sommes une société avec ses psychopathes, ses handicapés, ses terroristes, ses "gros boeufs", ses alcooliques, ses bons à riens et ses mauvais à tout, ses voyous... mais aussi avec une très grande majorité de gens formidables. "Traquer", c'est entrouvrir la boîte de Pandore (le Pandore en argot est le surnom du flic), c'est suspecter, surveiller tout le monde, tout le temps. Attention Danger . Quant à faire rentrer le diable dans sa boîte...bon courage.
a écrit le 10/04/2020 à 16:55 :
Le contact humain est passé de vital à menace directe et traçage numérique.

Bravo.

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