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Contenir le populisme

Photo de Ivan Best

Harold James

Publié le 29 novembre 2016 à 10:22

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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C'est en réformant les institutions démocratiques et la gouvernance mondiale que l'on pourra essayer de contenir la montée actuelle du populisme. Par Harold James, professeur, Princeton

Alors que le populisme semble se répandre comme une traînée de poudre dans les économies avancées, l'establishment politique est en recul. Les outsiders remportent d'importantes victoires politiques en faisant des promesses spectaculaires en vue de secouer ou de renverser le système. Les ennemis des populistes sont des membres de « l'élite mondiale », qui ont trahi les valeurs nationales. Et pourtant, leur révolte contre ce que le président américain élu Donald Trump appelle « mondialisme » aspire également à être un phénomène mondial et repose en fait sur sa propre conception de la notion d'internationalisme.

La contagion est un processus que les financiers comprennent très bien. Un choc à un endroit produit des tremblements ailleurs, même quand il n'y a aucun lien financier direct, parce que les participants du marché, à la recherche d'un modèle, y perçoivent des forces fondamentales à l'œuvre.

Un parallèle avec l'entre-deux-guerres

La révolte populiste actuelle présente une dynamique similaire. Trump avait promis à l'avance que sa victoire serait un Brexit cent fois plus fort. En effet, lorsqu'il a remporté la victoire, les forces politiques d'extrême-droite néerlandaise et française ont immédiatement considéré son élection comme un présage de ce qui est à venir. Il en va de même pour la campagne du « non » en Italie pour le référendum constitutionnel à venir (où le Premier ministre italien Matteo Renzi joue son avenir politique.

Un parallèle historique évident de la période que nous traversons peut être fait avec l'entre-deux-guerres du XXe siècle, lorsque Lénine a présenté le communisme soviétique comme une marque mondiale et a fondé l'Internationale communiste. Le fascisme italien de Benito Mussolini, une réponse au mouvement de Lénine, a également adopté une position internationaliste : des mouvements aux chemises de couleur, imitant les mouvements des chemises noires de Mussolini, sont apparus en Europe, en Amérique latine et en Asie, pour élever l'autoritarisme au rang d'un modèle alternatif au libéralisme.

Quel pare-feu?

Bien que des mouvements intensément nationalistes, tels que les fascistes de Mussolini et les Nazis d'Adolf Hitler aient d'abord été en concurrence mutuelle pour savoir lequel était le plus authentiquement fasciste, ils ont fini par s'unir pour s'opposer à l'ordre libéral. De même, la révolte politique actuelle suit peut-être une logique imparable, en vertu de laquelle chaque pays doit se couper du commerce, des migrations et des flux de capitaux, ou risque de perdre dans un jeu à somme nulle.

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Cela soulève une question fondamentale : peut-on construire un pare-feu pour prévenir une contagion politique de cette sorte ? On utilise en général deux mesures pour empêcher les crises financières et pour endiguer la contagion financière internationale : des plans de sauvetage et des réformes financières. De même, nous pouvons envisager un pendant politique à de telles interventions, peut-être des réformes de la gouvernance mondiale et des institutions démocratiques existantes. Après tout, de nombreux problèmes qui touchent actuellement certains pays sont en fait la criminalité transnationale et ne peuvent pas être résolus par un seul pays. L'exemple le plus frappant est le changement climatique, qui produit des sécheresses et de mauvaises récoltes chroniques et donc des flux migratoires.

Un refus des populistes de s'engager au niveau international

Mais les populistes actuels se sont fait un point d'honneur de refuser de penser collectivement, ou de s'engager à l'échelle internationale. Tout ce qui ressemble à un problème transnational est immédiatement considéré comme non pertinent par rapport aux préoccupations nationales et toute action internationale coordonnée est ridiculisée et considérée comme un échec.

Peut-être que la contagion populiste actuelle va créer les conditions de sa propre destruction. L'incertitude considérable qu'elle implique risque de décourager les investissements et d'étouffer la croissance dans certaines économies déjà fragiles. Mais la pensée populiste autocratique peut également faire grandir cette peur, c'est pourquoi les « démocrates anti-libéraux » promettent la certitude et la continuité et font souvent un pacte avec une certaine partie de la classe d'affaires pour la garantir.

Les incertitudes liées au Brexit

À l'heure actuelle, le Royaume-Uni fournit un exemple frappant de l'économie populiste en fonction. Les résultats du référendum du Brexit du mois de juin n'ont pas causé la catastrophe économique prédite par une grande partie du camp du « Remain ». Mais les conséquences du Brexit ont néanmoins été marquées par une grande incertitude et par des propositions fondamentalement incompatibles pour l'avenir du pays, ce qui a provoqué des conflits politiques internes au Parlement et au sein du gouvernement du Premier ministre britannique Theresa May.

Avec son cortège d'angoisse économique et de tensions politiques, le Brexit n'est guère un modèle séduisant ni à imiter pour d'autres pays européens. En effet, les sondages d'opinion ont montré un soutien accru pour l'Union européenne dans la plupart des pays (mais pas tous), depuis le référendum.

Les États-Unis, refuge en période d'incertitude

La présidence à venir de Trump risque de provoquer des problèmes similaires et la promesse du président élu de rester « imprévisible » pourrait bien continuer à ternir le modèle populiste, en particulier si les risques d'une guerre commerciale, ou d'une brusque augmentation du dollar suite à une politique budgétaire plus souple et à un resserrement de la politique monétaire, causait davantage d'incertitude économique.

Mais les États-Unis vont peut-être se montrer exceptionnellement résistants : parce qu'ils ont toujours été le refuge mondial en période d'incertitude économique, ils risquent d'être moins touchés que d'autres pays par l'imprévisibilité politique. Après la crise financière de 2008 (une crise qui a débuté sans ambiguïté aux États-Unis), l'effet de refuge a eu pour conséquence de renforcer le dollar suite à l'augmentation des afflux de capitaux. Cela a également été le cas dans les semaines qui ont suivi la victoire de Trump.

Ainsi l'économie du populisme américain ne va pas nécessairement échouer (du moins pas immédiatement) et risque d'amplifier son pouvoir d'attraction aux yeux des dirigeants nationalistes et autocratiques qui considèrent Trump comme un collègue et un modèle. Le Premier ministre japonais Shinzo Abe n'a pas perdu de temps pour se rallier à l'ordre du jour de Trump.

Un grand pays comme les États-Unis peut imposer généralement les coûts de son imprévisibilité à d'autres pays, en particulier aux marchés émergents. Mais les pays plus petits comme le Royaume-Uni ont tendance à être confrontés à davantage de coûts immédiats, en plus d'être plus vulnérables aux politiques populistes des grands pays.

À lire également

  • Trump, Brexit, montée des populismes : le peuple rejette-t-il les élites ?
  • Quels "populismes" en Europe ?

Pendant que les pays méditent sur ces leçons, ils peuvent commencer à former des blocs régionaux de défense pour se protéger contre la contagion populiste. Par exemple, la Chine pourrait commencer à parler pour l'ensemble de l'Asie et l'UE pourrait enfin trouver des moyens de s'unir contre ceux qui veulent la mettre en pièces. Au pire, ce nouveau régionalisme risque d'alimenter des animosités géopolitiques et de ranimer les tensions des années 1930. Dans le meilleur des cas, l'intégration régionale peut ouvrir la voie à des réformes de gouvernance qui se font cruellement sentir, ce qui est un moyen évident de sortir du piège populiste.

Harold James, professeur d'histoire et de relations internationales à l'Université de Princeton, membre du Center for International Governance Innovation.

© Project Syndicate 1995-2016

Harold James

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