Crise du Bitcoin et finance comportementale : Thaler 1 – Nabilla 0

L'envolée de la crypto-monnaie est un excellent cas d'école permettant d'illustrer les grands principes de la finance comportementale, domaine d'expertise du Prix Nobel d'Economie Robert Thaler. Un décryptage signé d'Edouard Camblain, responsable projets stratégiques de Société Générale Private Banking, et de Daniel Haguet, professeur de finance à l'EDHEC Business School.

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Daniel Haguet (à droite) est professeur de finance à l'EDHEC Business School. Edouard Camblain est responsable des projets stratégiques chez Société générale Private Banking.  Ils sont co-présidents de la commission finance comportementale à la Société Française des Analystes Financiers (SFAF).
Daniel Haguet (à droite) est professeur de finance à l'EDHEC Business School. Edouard Camblain est responsable des projets stratégiques chez Société générale Private Banking. Ils sont co-présidents de la commission finance comportementale à la Société Française des Analystes Financiers (SFAF). (Crédits : DR)

Le cours du Bitcoin s'est apprécié de 234% durant les deux mois séparant l'annonce du Prix Nobel d'économie à Richard Thaler, un des principaux chercheurs en finance comportementale, et la remise effective de son diplôme. Le cours le plus élevé ayant été atteint dix jours seulement après le discours de Thaler sur la finance comportementale à Stockholm.

La coïncidence entre ces deux événements est frappante même s'ils ne sont absolument pas connectés. Pourtant, il est aisé de considérer le Bitcoin comme un excellent cas d'école permettant d'illustrer les grands principes de finance comportementale dont on rappelle qu'elle fait la liaison entre certains phénomènes financiers et des concepts provenant de la psychologie cognitive ou de la sociologie.

cours Bitcoin 2011 2018

[Cours quotidien du Bitcoin en euro de 2011 à 2018]

"Aversion au regret"

Longtemps réservé à quelques happy few, le Bitcoin a connu une vague de développement par de nouveaux investisseurs victimes des biais « d'attention sélective ». Devant la rareté du temps et le trop-plein d'informations, on se concentre sur les faits les plus visibles (médiatisation excessive de la hausse des cours).

Le mouvement commence à s'emballer, celui qui n'était pas investi dans cette fabuleuse nouvelle devise souffre de « l'effet de faux consensus », ce qui le conduit à surestimer le nombre d'investisseurs en Bitcoin. Il faudrait même parler de « pensée magique », autre biais bien connu qui amène à prendre de décisions irrationnelles sur des espoirs de gains tout aussi irrationnels ou a minima inexpliqués !

Bien sûr, l'appréciation du prix du Bitcoin provoque l'apparition de « gourous » (et nous ne parlons pas que de Nabilla !) ou d'individus considérés comme tels. Nous sommes ici dans la « cascade informationnelle » (l'on fonde sa décision sur l'observation du comportement des autres participants) qui conduit facilement au « mimétisme » pour certains ou au « suivisme » pour d'autres.

Il faut impérativement participer à cet essor ou l'on risque fort de souffrir de « l'aversion au regret ». Ce phénomène est accentué par un cocktail mêlant raisonnement par analogie et raccourcis erronés (« le Bitcoin, c'est l'avenir », etc.), caractéristique de « l'effet de halo » et de sa perception sélective de l'information.

"Biais de confirmation"

Peu importe le flux régulier d'informations négatives : interdiction par certains pays, avertissements des régulateurs (tel que l'AMF le 10 janvier dernier), réticences de grandes banques (comme JP Morgan), faillite de plate-forme d'échanges (par exemple MtGox en 2014) ou encore fraudes et vols de bitcoins sur ces mêmes plateformes. On est alors en pleine « dissonance cognitive » qui amène à rejeter des faits ou des informations contraires aux convictions ! Passons également sur la « surcharge cognitive » qui conduit à une simplification exagérée (ignorance des informations complexes telles que les modalités de mining). Ce n'est pas grave, en bonne victime du « biais de confirmation », seules comptent les petites phrases positives des uns ou des autres sur le Bitcoin. Elles viendront s'ajouter à l'information à laquelle on se limite, celle aisément disponible et simplifiée à l'extrême par les articles de vulgarisation, c'est « l'heuristique de disponibilité ».

Et la mécanique continue de s'emballer ...Tout est rose - ou or - au pays des cryptomonnaies ! À tel point que fort d'une appréciation remarquable sur quelques semaines, l'on généralise bien vite cette tendance sur la base de « l'heuristique de représentativité » !

Mais le rêve sera de courte durée puisque les cours se retournent très vite à l'image d'autres crises particulièrement bien documentées telles que celle des bulbes de Tulipes en Hollande en 1637.

Et le phénomène se retourne : la frénésie de vente succède à la frénésie d'achat et les investisseurs se retrouvent comme un fêtard après une nuit arrosée : financièrement lessivé et souffrant d'un fort mal de tête.

La finance comportementale apporte un éclairage nouveau sur les raisons psychologiques qui peuvent motiver les mouvements sur les marchés financiers parfois contre les propres intérêts des investisseurs. Pour paraphraser Benjamin Graham, le fondateur de l'analyse financière, « le pire ennemi de l'investisseur est souvent lui-même. »

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Édouard Camblain est responsable des projets stratégiques de Société Générale Private Banking. Daniel Haguet (PhD) est professeur de finance à l'EDHEC Business School. Ils sont co-présidents de la commission finance comportementale à la Société Française des Analystes Financiers (SFAF).

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Commentaires 4
à écrit le 03/05/2018 à 19:23
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Sauf que beaucoup de riches investissent dans des cryptomonnaies, pour une question de productivité et expérience, et non pas pour revendre leurs bitcoin ou cryptomonnaies. Pour que le prix du bitcoin chute il faut déjà qu'on vendent nos part, et c'...

à écrit le 03/05/2018 à 16:29
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Voila un article qui va mal vieillir

à écrit le 02/05/2018 à 13:34
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A cela s'ajoute un autre phénomène, celui qui ose affirmer que le roi est nu est forcémment un réactionnaire qui s'oppose au progrès. Il préféra donc se taire, après tout le roi est nu et on finira bien par lui donner raison.

à écrit le 02/05/2018 à 10:34
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Une bonne analyse mais cette science comportementale appliquée à la finance ressemble bigrement à celle appliquée aux joueurs de casino non ? A la principale différence que les joueurs sont toujours assurés d'avoir des fonds grâce à l'argent du contr...

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