Donald Trump grand favori pour 2020

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Les Midterms 2018 révèlent une Amérique paradoxale entre une démocratie locale sereine et exemplaire et un champ de bataille fédéral totalement hystérisé. Il ne s'agit plus seulement de 2 Amériques qui s'affronteraient sur fond de bipartisme. Par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne, président de j c g a.

Les divisions sont démultipliées. Géographiques, sexuelles, ethniques, académiques, économiques ... seule une démocratie mature parvient à les calmer. C'est dans ce contexte électoral complexe que les Midterms furent ce que Donald Trump voulait qu'elles deviennent : un référendum pour ou contre Trump.

Un referendum pour ou contre Trump

Donald Trump, déjà en campagne pour 2020, a totalement vampirisé l'espace politique républicain. Multipliant les meetings, il s'est posé comme l'enjeu central du scrutin national. Il a noyé la ligne de campagne officielle du Parti qui s'appuyait sur l'essor de l'économie, du pouvoir d'achat et de l'emploi, par un matraquage émotionnel nativiste sur l'identité et les menaces sociétales. Se positionnant en figure centrale, comme une sorte de super héro rempart ultime de l'Amérique. Si défaite il y a eu à la Chambre des Représentants, il faut souligner l'arrivée, à Washington ou dans les capitales d'états, de républicains que l'on pourrait qualifier de « Trumpiens » remplaçant ceux de la vieille élite républicaine.

Trump a vampirisé le Parti républicain

Finalement il y a comme une Trumpisation en cours du Parti Républicain. Rappelons-nous, au moment de sa nomination comme candidat du parti, Trump était loin d'être considéré comme un membre de la famille par l'establishment républicain. Président, il fut accepté par un parti certain de pouvoir le façonner. Regardons les choses en face, aujourd'hui c'est lui qui a détourné le vieux Parti républicain en Parti de Trump, le sien propre. Leurs destins sont liés. 2020 est en ligne de mire. Les militants et les élus vont se ranger derrière un leader omniprésent, un Président sortant qui va incarner le Parti républicain dans un programme simple et clair, un contexte économique prometteur et des adversaires devenus majoritaires à la Chambre des Représentants que Trump pourra même accuser d'avoir saboté ses réformes voire même se victimiser.

Les démocrates ont sauté sur l'occasion

De leur côté, les démocrates de la vieille garde centriste à la nouvelle génération plus à gauche ont ouvert grand les bras à la proposition faite par Trump du réferendum. Ils ont plongé tête baissée dans ce qui est devenu un épisode de la série Trump. Au nativisme trumpien, ils opposèrent une Amérique multiculturelle incarnée par leur offre politique : candidats et discours. Le message électoral était devenu très simple : Donald Trump n'est pas l'Amérique et le « trumpisme », cet alliage qu'ils définissent comme autoritaire, populiste et nativiste, ne définit pas l'Amérique.

Un Parti démocrate renouvelé, mais divisé

Au-delà d'une victoire modeste, ils ont gagné la Chambre des Représentants, mais demeurent loin derrière la majorité républicaine au Sénat, c'est un Parti démocrate renouvelé qui fait son entrée à Washington et dans les parlements des états. La candidature de Bernie Sanders à l'investiture présidentielle démocrate a fait des petits. Si la majorité centriste vieillissante se sauve et conserve le contrôle de l'appareil démocrate, une nouvelle génération, encore minoritaire, venue de la gauche du parti va peser plus fortement, convaincue qu'elles représentent l'avenir du parti. Et si les stars de cette tendance ont été pour la plupart battues, celles et ceux qui entrent au Congrès reflètent de plus en plus la diversité des électeurs du parti.

Barack Obama revenu de sa retraite de chez Netflix a dû mouiller la chemise

Dans l'optique de 2020, voici donc la force et la faiblesse du Parti démocrate. Une base électorale, un marché politique prometteur qui s'élargit, mais une diversité telle qu'il peut être délicat de créer une plateforme claire et rassembleuse. Et à 2 ans du rendez-vous, aucun leadership ne s'est affirmé et donc potentiellement les démocrates se dirigent vers une nouvelle primaire conflictuelle. Revenu de sa retraite de chez Netflix, l'icône Barack Obama a du mouiller la chemise dans la bataille anti Trump. Tout en renforçant encore l'audience de la série Trump.

Donald Trump, favori pour 2020 ? Les Européens que nous sommes et nos responsables politiques, Emmanuel Macron en tête, devraient l'anticiper !

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Par Jean-Christophe Gallien
Politologue et communicant

Président de j c g a
Enseignant à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 09/11/2018 à 15:42 :
Très bonne analyse qui rejoint les constatations de mes copains américains (républicains et démocrates) mais, j'en conviens, ils n'émettent pas un jugement de valeur car l'échantillon est trop petit. Il semble que l'émergence d'une aile gauche va poser un problème de leadership au sein du parti démocrate.
Cordialement
a écrit le 08/11/2018 à 21:08 :
Ce qui nous intéresse c'est ce qui va être fait d'ici là! Va t on pouvoir être libéré des chaînes de cet organisation mafieuse qu'est l'UE de Bruxelles!
a écrit le 08/11/2018 à 21:08 :
Belle analyse Jean-Chistophe, comme d'habitude.
Je rajouterais toutefois un élément que peu d'observateurs Français comprennent (cf commentaire de GFX ), non pas qu'ils ne le puissent, mais de par l'éloignement de nos systèmes électoraux.
Au cours de ces midterms, Donald Trump a systématiquement ciblé les états clefs de l'élection présidentielle, ceux qui, par le nombre de leurs grands électeurs font basculer le vote d'un camp à l'autre.
En les gagnant, notamment au congrès, mais en augmentant également le nombre de Gouverneurs Républicains, il s'assure d'une confortable marge de sécurité, 1: financière (il a déjà collecté la somme collossale de plus de 100 MUSD, 2: Politique, au travers de l'impact du clientélisme local typique des USA.
Trump a joué en Homme d'affaires, il a laissé à la concurrence ce qui l'intéressait le moins et a pris ce qu'il estimait de première importance.
Le salut des Démocrates aux prochaines Présidentielles ne peut s'imaginer qu'au travers d'un "Miracle" façon Macron en France en 2017 ou... un " Hold-up" façon Trump en 2016.... mais pour l'une, comme pour l'autre des Hypothèses, encore faudrait-il que les progressistes se trouvent un Cheval ( ou une Jument....) digne de ce nom !
Rien n'est moins sûr !
a écrit le 08/11/2018 à 18:28 :
Une victoire de Trump aux prochaines présidentielles permettrait de maintenir un climat défavorable aux relations USA/Europe. Et c'est ce que je souhaite! Tout ça sera toujours mieux que la fausse amitié transatlantique qui n'a bénéficié qu'aux USA.
a écrit le 08/11/2018 à 17:05 :
les démocrates ont eu 12 millions de voix d'avance aux sénatoriales, mais ont perdu 2 sièges et les républicains conservent la majorité :
https://www.theguardian.com/us-news/2018/nov/08/democrats-republicans-senate-majority-minority-rule
va comprendre, Charles !
c'est ce qui s'est passé en 2016. 3 millions de votes d'avance pour Clinton, mais c'est l'autre qui est élu. :-)
Réponse de le 08/11/2018 à 17:38 :
Autre raison pour laquelle Trump est favori comme d’autres avant lui. Le poids électoral de certaines circonscriptions fabrique en partie ces différences comme partout dans le Monde. Cantons ou circo législatives en France par exemple.
Réponse de le 08/11/2018 à 20:20 :
Pour un français pour qui la démocratie c'est; un homme, une voix, c'est choquant.

Le système d'élection présidentielle américain a sa logique propre qui est plus proche de celle de nos sénatoriales que de celle de notre élection présidentielle. Elle est dictée par un souci d’empêcher un phénomène de dictature de la majorité des villes sur les minorités rurales.

Et de facto notre sénat français est plus rural, plus conservateur, plus bourgeois et plus à droite que la population moyenne française.

Ce qui pose problème c'est l étendue énorme des pouvoirs du sénat US comparée à ceux du congrès.

Néanmoins avec un différentiel de voix qui atteint maintenant 12 millions, on peut espérer que les démocrates finiront par l'emporter aux prochaines élections.
Réponse de le 09/11/2018 à 0:04 :
Il y aurait quatre recomptages en cours du fait des scores très très serrés.

Pour des postes de gouverneurs: Georgie et Floride.
Pour des postes de sénateurs: Floride et Arizona.

Dans chacun des cas c'est un nouvel élu républicain qui est sur la sellette.

Sauf erreur de ma part, si les deux sénateurs sont battus Tump perd aussi le sénat ?
a écrit le 08/11/2018 à 16:54 :
Vous pourriez aussi insister sur le retour dans l'arène de Barack Obama. Quel combattant ! Quel punch ! Il a comme vous le dites tb "mouillé" le maillot. Il peut encore être une base de solution pour tenter de pacifier ce pays.
Réponse de le 08/11/2018 à 17:31 :
Obama est finalement le premier opposant à Trump. Il ne le lâchera pas. Quel sera son candidat ?
a écrit le 08/11/2018 à 16:50 :
"Barack Obama revenu de sa retraite de chez Netflix a dû mouiller la chemise"

Ah, les démocrates américains...
a écrit le 08/11/2018 à 16:43 :
Trumpien, trumpisme, trumpisation ... vous n'en n'avez pas d'autres ! C'est assez avec ce pitre dans ce pays de dingues. Que l'Europe se concentre sur ses prochains rvs. Stop avec l'agenda US. Revenons à nous. Ils ne feront rien pour nous.
a écrit le 08/11/2018 à 16:43 :
Trumpien, trumpisme, trumpisation ... vous n'en n'avez pas d'autres ! C'est assez avec ce pitre dans ce pays de dingues. Que l'Europe se concentre sur ses prochains rvs. Stop avec l'agenda US. Revenons à nous.
Réponse de le 08/11/2018 à 17:17 :
Nous devons regarder outre atlantique. Pas le choix. C’est aussi une part de notre futur. Destins en partie liés et expériences pour mieux comprendre la suite.
a écrit le 08/11/2018 à 16:40 :
Quelle blague : un système serein et exemplaire ! Où avez-vous pu trouver cette fadasserie ! Un pays où les armes font la loi comme l'argent roi. Allez-y et vous verrez ce que sont vraiment les USA.
a écrit le 08/11/2018 à 16:37 :
Et il a même pu s'exonérer d'utiliser le renouveau économique US. Nous en sommes loin ici. L'Europe doit se mobiliser. Il ne va pas être plus tendre avec nous et les autres après cette défaite. Il va même se recentrer sur la dimension présidentielle et donc activer encore davantage sa diplomatie du deal. Quelle réponse Monsieur Macron ?
a écrit le 08/11/2018 à 16:27 :
Et il a même pu s'exonérer d'utiliser le renouveau économique US. Nous en sommes loin ici. L'Europe doit se mobiliser. Il ne va pas être plus tendre avec nous et les autres après cette défaite. Il va même se recentrer sur la dimension présidentielle et donc activer encore davantage sa diplomatie du deal. Quelle réponse Monsieur Macron ?
Réponse de le 08/11/2018 à 17:06 :
MAXIMUM, il sera en campagne. Je ne crois pas qu'il sera plus sur le terrain diplomatique. Pas moins pour autant. Macron devrait tirer profit des événements : chute progressive de Merkel, Brexit, et Trump en point pour 2020. C'est une vraie opportunité de regagner une audience à défaut de leadership.
a écrit le 08/11/2018 à 16:23 :
Que croyez-vous ? Que les américains sont différents des autres peuples ? Ils n'en peuvent plus de se voir dicter qui ils sont ou plutôt qui ils devraient être ! L'Amérique n'est ni latino, ni musulmane, ... elle est est l'Amérique et donc avant tout européenne. Réfléchissons à ce miroir qu'elle nous tend.
Réponse de le 08/11/2018 à 17:03 :
Là où vous marquez un point c'est quand vous posez que ces réactions traversent les géographies. Les sécessions sont partout et multiples. Et l'Europe devrait, c'est le sens de ma conclusion, trop courte, réfléchir aux prochaines élections au Parlement Européen. Il y aura ici aussi une représentation plus grande de ce rejet général.
a écrit le 08/11/2018 à 16:20 :
J'aime la densité de votre analyse mais je ne partage pas du tout la conclusion. Il sera battu par sa propre personnalité, sa propre narration, ... je perçois un retrecissement de sa base et en face, par agrégation, vous avez raison, un élargissement de la base démocrate. A focaliser tout sur lui, il se fera shooter, politiquement évidemment.
Réponse de le 08/11/2018 à 17:01 :
Macron, merci pour le commentaire. Je maintiens qu'il peut largement l'emporter. La dimension composite de la majorité démocrate est un élément de faiblesse trop important. Et les divisions qui naitront de la primaire seront dévastatrices.
a écrit le 08/11/2018 à 16:15 :
Xi, Poutine, Khamenei, Erdogan, Bolsonaro, Salman ... ajoutez donc l'indien Modi à votre liste ... c'est en effet sans fin. Trump n'a rien à voir avec ces dictateurs. Et il sera Président oui Président en 2020.
a écrit le 08/11/2018 à 16:10 :
OKI c'est un fait il est le super favori même ! Mais quelle purge ! Même s'il n'est ni - et de loin - Poutine, ni Xi encore moins Erdogan ou Bolsonaro ou Khamenei, Salman ... la liste est longue et elle est très durable malheureusement, il n'est pas un vrai démocrate au sens de la polis. Pourquoi les médias et vous-même contribuez à le célébrer !!!
a écrit le 08/11/2018 à 16:10 :
OKI c'est un fait il est le super favori même ! Mais quelle purge ! Même s'il n'est ni - et de loin - Poutine, ni Xi encore moins Erdogan ou Bolsonaro ou Khamenei, Salman ... la liste est longue et elle est très durable malheureusement, il n'est pas un vrai démocrate au sens de la polis. Pourquoi les médias et vous-même contribuez à le célébrer !!!
Réponse de le 08/11/2018 à 16:59 :
Il n'y a pas de célébration. Il s'agit juste de s’intéresser à l'actualité et au destin futur d'un pays essentiel à l'équilibre de notre Monde. Trump n'a pour l'instant rien volé dans l'espace démocratique.
a écrit le 08/11/2018 à 16:06 :
VVVVGood analyse ! Je suis aux US tout le temps et je peux vous dire que ce qui est décrit là par @JeanChristopheGallien est la plus stricte vérité. Entre local et fédéral il y a le même pays mais des comportements très différents. Bien vu ! J'ajouterai seulement que le local produit aussi ses conflits.
Réponse de le 08/11/2018 à 16:57 :
Vous avez raison mais ce sont des conflits concrets, clairs, ...liés au quotidien sur lesquels la démocratie locale US est très ouverte. Elle libère largement la décision aux citoyens.

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