En direct de la COP29 avec Bertrand Piccard : « Quand 'moins' égal 'plus', l'incroyable potentiel de l'efficience »
Bertrand Piccard
Bertrand Piccard, Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI, Elina Roina, vice-présidente de la DG Opérations de la BEI, et Ditte Juul-Jorgensen, de la DG Énergie de la Commission européenne.
LES TOPS ET LES FLOPS DE LA COP. Bertrand Piccard, président de la Fondation Solar Impulse, psychiatre et explorateur, auteur du premier tour du monde en ballon (1999) puis en avion solaire (2015-2016), tient, en direct de la COP29 à Bakou en Azerbaïdjan, une chronique de ce nouveau rendez-vous crucial pour l'avenir de notre planète.
La deuxième semaine de la COP29 s'ouvre à Bakou, avec la finance climatique toujours au centre de l'attention. Mais aujourd'hui encore, on en parle surtout comme d'une compensation, une réparation des pays du Nord aux pays du Sud, principales victimes du changement climatique auquel leurs émissions frugales de CO2 n'ont presque pas contribué.
Pourtant, la multitude de solutions propres et rentables, tout comme le coût de l'inaction, nous autorisent aussi à voir la finance climatique comme un investissement profitable, au Nord comme au Sud. C'est en particulier le cas pour la transition énergétique, au cœur de ce nouveau mode de fonctionnement que nos sociétés doivent trouver pour assurer leur durabilité.
Transition vers quoi ?
Bien sûr, vers un modèle où les énergies fossiles sont remplacées (et aussi vite que possible) par les énergies renouvelables. Mais regardons les tendances, en termes tant de population mondiale que de développement socio-économique. Il serait illusoire de penser que le monde d'aujourd'hui et a fortiori de demain pourra tourner avec du renouvelable uniquement, si l'on continue à gaspiller les deux tiers de l'énergie produite comme on le fait actuellement.
C'est ici que l'efficience entre en jeu.
Le gaspillage honteux de nos modes de production et de consommation explique pour bonne partie le marasme environnemental dans lequel nous nous trouvons. Mais en plus du CO2 émis, cette situation occasionne aussi des pertes financières considérables : 4,6 trillions de dollars annuellement !
La dernière COP de Dubaï a commencé à mettre l'efficience énergétique davantage à l'agenda des débats sur le climat, mais il reste beaucoup à faire pour qu'elle se matérialise, secteur par secteur, PME par PME, immeuble par immeuble. Car pour arriver à l'efficience énergétique, le problème n'est pas l'offre de solutions efficientes - car il en existe des centaines dans tous les domaines - mais la demande. Bien souvent, ces dispositifs sont plus chers à l'achat que leurs équivalents polluants, même s'ils s'avèrent beaucoup plus rentables sur le long-terme.
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Dès lors, comment rendre cette offre plus attractive ?
En changeant la manière dont les solutions sont commercialisées. Les entreprises peuvent passer de la vente de produits à la vente de résultats (des kilomètres parcourus en autobus électrique au lieu des autobus eux-mêmes, de la lumière au lieu des ampoules, du rendement à l'hectare au lieu des tonnes d'engrais).
L'utilisateur final paie pour le service sans acheter la propriété, tandis que le fournisseur conserve l'actif. Ce modèle de « servitisation » présente un fort potentiel pour accélérer le déploiement de solutions efficientes, qui, malgré un coût initial élevé, offrent un coût total de possession plus faible grâce à des dépenses de fonctionnement réduites.
Quelles retombées dans ce changement de paradigme ?
Pour l'adoptant, c'est une incitation majeure, car l'investissement initial disparaît. Pour le fournisseur de solutions, l'intérêt n'est plus de vendre la plus grande quantité de produits, mais la meilleure qualité possible. Plus un produit est fiable, plus la marge bénéficiaire augmente. C'est la fin de l'obsolescence programmée !
Ce modèle représente une nouvelle forme d'économie, que j'appelle « économie qualitative ». Pour se développer, elle nécessite l'arrivée d'un troisième acteur capable de prendre en charge l'investissement initial.
C'est le sens de l'Initiative pour l'Efficience Énergétique lancée à Bakou entre la Fondation Solar Impulse, la Banque européenne d'investissement et la Commission européenne. En mêlant investissements publics, garanties et capitaux privés, elle renforcera le déploiement de solutions efficientes au profit des PMEs, notamment par le biais de la « servitisation ».
L'innovation n'est pas que technologique, elle doit aussi être financière. Cela permettra à l'action climatique de fédérer tous les acteurs en prouvant sa rentabilité économique.