Encourageons le slow travel pour en finir avec le tourisme de masse !

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Le tourisme durable, une solution à la fois pérenne et respectueuse face à l'urgence climatique.
Le tourisme durable, une solution à la fois pérenne et respectueuse face à l'urgence climatique. (Crédits : Unsplash)
OPINION. Les effets dévastateurs de l'hypertourisme sur l'environnement et les populations locales doivent obliger les acteurs du secteur à créer des offres de voyages plus vertueuses et les vacanciers à adopter des pratiques moins délétères. * Par Benoit Panel, cofondateur de Yescapa (place de marché des voyages nomades en Europe)

Premier touché par la crise du coronavirus, le secteur du tourisme vit des heures difficiles. Et si cette période inédite était l'occasion de repenser l'activité touristique déraisonnée et des pratiques pas toujours très respectueuses de la planète et de ses habitants ?

Rappelons-nous cet exemple effarant : en février dernier, une station de ski s'était fait livrer de la neige par hélicoptère pour satisfaire ses clients. Ce type de situation ubuesque engendrée par le tourisme de masse n'a plus sa place dans le monde d'après.

Émissions de CO2 inconsidérées, dégradation des paysages et cohabitation houleuse entre voyageurs et résidents, le surtourisme semble à bout de course. Aujourd'hui, nous avons besoin de tout remettre à plat et de revenir aux vraies valeurs du voyage : prendre son temps, aller à la rencontre de l'autre, découvrir des cultures différentes de la sienne... Des alternatives durables, comme le slow travel - ou "voyage humble et doux" -, doivent être encouragées et développées par les acteurs du secteur.

Lire aussi : PODCAST. "L'hyper-tourisme est mort, vive le voyage", avec Eric La Bonnardière, Evaneos

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Depuis les premiers congés payés, l'offre touristique s'est concentrée en quelques endroits aujourd'hui victimes du surtourisme. La fin des vacances classiques (trois semaines en juillet-août et deux autres à Noël), favorisée par les RTT et les vols low cost pour les Citybreak, pollue énormément. Le tourisme de "consommation" d'une destination a pris le pas sur celui de sa découverte. Ces excès provoquent la saturation de nombreuses villes et la dénonciation de cet hypertourisme par une grande partie de leurs habitants qui en dénoncent les effets pervers (Venise, Barcelone, Amsterdam pour ne citer qu'elles). Avec l'avènement des réseaux sociaux, et en particulier d'Instagram, la course au cliché parfait ruine de nombreuses destinations. Chacun vit désormais une expérience uniformisée loin de la singularité d'une région, riche de son histoire et de sa culture, où l'on est venu s'immerger.

Comment agir ?

Comme c'est déjà le cas à Cinque Terre (Italie), à Santorin (Grèce) ou au Machu Picchu (Pérou), limiter le nombre de visiteurs quotidiennement autorisés à fréquenter les sites est une solution radicale, mais nécessaire tant la situation est urgente.

À plus long terme, le salut du secteur du tourisme passera par la création de nouvelles offres (95 % des voyageurs vont dans 5 % de la planète selon l'OMT *). Les voyageurs peuvent désormais se tourner vers les territoires oubliés comme ces nombreux villages de France qui se meurent et qui n'attendent que les touristes pour dynamiser leur économie locale. Pourquoi ne pas jouer la carte de la proximité ? C'est en allant (re)découvrir notre patrimoine local et nos 334 (!) réserves naturelles nationales ou régionales, en faisant revivre les petits commerces et restaurants de nos régions que nos voyages retrouveront raison, pérennité et authenticité.

L'hypertourisme rime aussi avec constructions rapidement pensées qui entraînent une pollution visuelle, pourtant facilement évitable en privilégiant les bâtiments existants ou des solutions ne nécessitant aucune infrastructure lourde, comme les véhicules de loisirs ou le camping en tente.

Lire aussi : Une « Banque Publique du Tourisme » pour traverser la crise et se réinventer

Repenser l'offre touristique

Rendre le tourisme durable est devenu une priorité pour 72 % des voyageurs*, les voyagistes doivent sans tarder coopérer avec les collectivités locales afin de créer de nouvelles offres touristiques réparties sur le territoire et sur l'année, moins concentrées sur de rares périodes et régions.

Il est désormais temps de prendre conscience des enjeux et d'opérer un changement des mentalités comme des pratiques. Chaque acteur de la filière doit se poser les bonnes questions : œuvrons-nous suffisamment pour limiter les déchets et les émissions de CO2 ? Avons-nous un impact environnemental et social positif ? Avons-nous identifié et utilisons-nous au maximum de leurs capacités toutes les solutions respectueuses de la planète ?

Preuve que l'idée a fait son chemin : à défaut de pouvoir offrir un service "propre", de nombreux acteurs de l'aérien proposent désormais la compensation carbone. Ce type d'initiative est à encourager pour sensibiliser les touristes et leur permettre de réduire leur impact environnemental. Autre exemple : une célèbre compagnie aérienne nationale réduira prochainement ses vols domestiques quand il existe une alternative ferroviaire à moins de deux heures et demie.

Réapprenons à voyager

Contrairement à l'injonction du tourisme de masse de tout voir et de tout faire, le slow travel incite à prendre son temps. En voyage, nous avons souvent tendance à reproduire le même schéma que celui de notre vie quotidienne (entre vie professionnelle et familiale) : aller au pas de course !

Il ne s'agit pas de collectionner les destinations et de rentabiliser son temps passé dans un pays en enchaînant un maximum d'activités, mais de privilégier la qualité à la quantité : aller vers ce qui est bon, simple, intéressant et accessible. Le slow travel nous rapproche de l'authenticité et de l'inconnu tout en en respectant l'environnement qui nous entoure (nature, écosystèmes, populations...) : partir à la rencontre des locaux, éveiller sa conscience, sortir de sa zone de confort et de ses habitudes.

Il existe mille et une raisons de voyager. Choisissons celles qui sont bénéfiques à la fois pour la planète et notre équilibre personnel et familial.

Nous avons la chance de vivre en France, un pays d'une richesse inouïe aux paysages variés, qui se trouve au cœur de l'Europe, un vaste terrain de jeu où tout est accessible facilement en transports terrestres et où les coins cachés n'attendent qu'à être découverts. Le vrai dépaysement se situe plus proche que l'on ne croit, alors ne tardons pas à en profiter !

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Commentaires
a écrit le 24/08/2020 à 14:17 :
Intéressant et en phase avec la philosophie en revanche pas daccord sur les pratiques de Yescapa pour mettre en lumière cette philosophie. voyager mieux ? oui ! voyager avec des véhicules dangereux non vérifiés de manière sérieuse? NON être confronté à une assistance déplorable et au final payé le double de la location ? Subir vos vacances, mettre votre vie en danger et perdre 2 fois le prix de la location du véhicule alors que vous vous êtes comporter parfaitement ? NON ! Situation totalement lunaire en 2020. Alors voyager mieux oui mais surtout entouré d'organismes capables d'accompagner correctement ce changement.
a écrit le 13/08/2020 à 18:29 :
Le tourisme de masse a été sciemment organisé pour pouvoir traire le troupeau à toutes les étapes de sa transhumance, dans une logique de maxi profit à court terme, sans payer les dégâts faits à la planète. Un business model intenable à moyen terme, tout le monde le sait.
Les moutons peuvent aussi réfléchir et refuser de monter dans la bétaillère pour aller abîmer les paysages lointains et y attraper la tremblante.
a écrit le 11/08/2020 à 22:46 :
la livraison de neige par hélicoptère a permis à une petite station de survivre, en ne fermant pas. moins de chômeurs et moins de déplacement de touristes vers les usines à ski des Alpes. Le bilan écologique est sans doute plus favorable que vous l indiquez.
a écrit le 10/08/2020 à 19:34 :
"Encourageons le slow travel" ... et j'arrête là ma lecture de l'article.
Cf Boileau : "ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément".
Cet usage de l'anglais montre que l'intervenant est incapable de s'exprimer clairement, sans doute pour cause d'idées peu précises et d'un français superficiel. Il est loin d'être le seul dans ce cas malheureusement.
Réponse de le 16/08/2020 à 22:00 :
Votre remarque acerbe sur cette lamentable anglomanie actuelle est oh combien justifiée ! Mais hélas le mal empire : s'exprimer en français est devenu ringard.
a écrit le 10/08/2020 à 18:54 :
En tout cas pour le slow tourisme c’est raté pour la région paca cette année, habitants et commerces en colère... toute la France a déferlée au Sud...😂
a écrit le 10/08/2020 à 15:04 :
"Il existe mille et une raisons de voyager. " prendre toutes les églises suédoises en photo, par exemple, ça fait du chemin mais permet de découvrir les paysages (forêt, forêt, lac, lac, moustiques, zones nues (que je nomme 'IKEA'), les troncs ayant été coupés systématiquement).
Quand on prend les petites routes de notre beau pays on découvre des villages, des paysages, fait des découvertes au hasard (église fortifiée par ex). Ça n'avance pas mais le but n'est pas d'aller loin, y a quantité de virages mais ça change des voies rapides monotones. Ça prend du temps mais on en a.
Dans l'année, quand on va d'un point A à B éloigné, les villes près desquelles on passe, on ne les visite jamais ? Pas curieux ou pas le temps.
Je ne mange pas au restaurant, ça ne peut trop aider. Ni ne vais à l'hôtel, suis un mauvais sujet (un peu "ermite", un étudiant prêtre suédois disait "pèlerin moderne").
Ceux allant sur la côte d'Azur, ils visitent l'arrière pays aussi (voire surtout) ? C'est pas sur leur "guide touristique", ah, dommage.
a écrit le 10/08/2020 à 14:14 :
tiens, c'est curieux
personne a gauche pour hurler que c'est antiegalitariste quand tout le monde ne peut pas prendre un avion en famille pour aller aux seychelles commes les riches
remarquez, en france il y aura peut etre un impot pour que les riches n'aillent plus aux seychelles, et le produit de cet impot sera reverse aux pauvres pour compenser la perte liee a cet impot, et donc eux pourront continuer d'y aller
vu que c'est ce qui se fait dans le batiment et l'automobile, ca serait coherent
dire qu'on ne veut pas tout le monde, c'est s'exposer a des cris de racisme antiegalitariste a la francaise!
a écrit le 10/08/2020 à 14:07 :
Surtout que le touriste de masse, à savoir 99% par définition, est d'abord et avant tout un consommateur en manque faisant que quand il part un week-end en Croatie il se sent obligé de vous raconter ensuite sa vie, il ne vous parle pas du pays non bien sûr voyons quelle banalité, mais de l’hôtel dans lequel il était, forcément génial, "avec piscine, jacuzzi et salle de massages non mais du te rends compte !?"

Oui de grâce faites tout ce que vous pouvez pour nous délivrer d'eux !!!

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