Peut-on être pro-euro et critiquer l'Europe ?

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, peut-on être pro-euro et critiquer l'Europe ?

Critiquer l'Europe est devenu un exercice inconfortable. C'est d'abord tomber dans la facilité de reporter la faute de nos problèmes sur nos voisins ; et de tenter ainsi de se dédouaner des efforts d'ajustements nécessaires ; C'est ensuite flirter avec le populisme.

Je ne dirais pas aujourd'hui que le débat européen est interdit. Il existe. Il traverse toutes les couches de l'opinion. Mais il se polarise aujourd'hui de façon malsaine au plan politique, entre d'une part les pro-européens, incarnés par les partis traditionnels de gouvernement de droite ou de gauche, et les anti-européens appartenant aux extrêmes de l'échiquier.

Être pro-européens, cela veut-dire être pro-euro, et donc accepter tous les corolaires  de ce choix, et notamment toutes les règles de stabilité qui l'entourent. Cela veut dire de se conformer au seul discours critique admis et dont témoigne une fois de plus le dernier rapport Juncker, dit des 5 présidents européens.

Obscurantisme et démagogie

Approfondir l'intégration, c'est-à-dire la mobilité des produits, des hommes et des capitaux, pour que l'économie réelle se conforme aux conditions théoriques qui fondent le succès d'une zone monétaire intégrée... autrement dit se rapprocher toujours plus d'une zone monétaire optimale.

Critiquer ce schéma, c'est courtiser les populismes de toute espèce, Le Front National, Le Front de gauche, L'aube Dorée (parti nazi grec), Syriza, Podemos étant rangés dans le même sac. Celui de l'obscurantisme et de la démagogie.

L'ennui, c'est que cette polarisation ne rend pas compte de la richesse du débat et des positions critiques sur l'Europe :

  • On peut notamment être pour l'euro, mais être conscient qu'en l'état, et avec une intégration toujours plus poussée, il favorise l'agglomération des industries et des compétences sur les régions qui ont déjà un avantage constitué.
  • On peut être pour l'euro, mais être conscient que  les règles de stabilités actuellement à l'œuvre sont déstabilisantes, parce que pro-cycliques.
  • On peut être pour l'euro et considérer qu'il est sous-optimal  d'imposer les mêmes règles d'endettement et de fiscalité à des territoires qui n'ont pas les mêmes besoins de développement et de rattrapage.
  • On peut être pro euro  et considérer que la principale urgence pour la zone est de se doter d'un vrai budget européen. Pour investir et opérer des transferts entre régions, plutôt que de laisser les régions du centre vampiriser les compétences de la périphérie.

Cette liste n'est pas limitative. On peut même être anti-euro, sans pour autant que cela remette en cause l'attachement au projet européen.

Le consensus officiel est un "gloubi-boulga" de mots creux

Il ne correspond en rien à une vue partagée par les populations, mais seulement à un bréviaire inodore et sans saveur pour politiques en panne d'idées.

Un bréviaire qui désamorce le moindre projet consistant. Et qui cimente une petite élite européenne de gouvernement cooptée, qui au grès des alternances se distribue les strapontins dorés de l'administration bruxelloise. Mais derrière ces mots qui endorment, il y a un projet non-dit, taille unique, qui s'impose à tous les champs de la décision publique.

Même ceux qui ne font pas partie de la compétence européenne. Qui n'a que faire du choix des électeurs. Une dictature de la pensée unique qui fédère contre elle et qui sème une crise extrêmement dangereuse pour la démocratie.

En laissant le monopole de la critique aux extrêmes, les partis de gouvernement commettent une faute grave. Ils élargissent tellement la base des partis de contestation, que ces derniers ne sont plus que des relais du mécontentement avant d'être les vecteurs d'une idéologie.

C'est leur virginité gouvernementale, leur monopole de la critique européenne et l'unique espoir qu'ils représentent de faire bouger les lignes qui fédère. Un processus qui mêle le bon grain à l'Ivrée et expose les exécutifs européens à des risques inédits.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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