Extraterritorialité du droit américain : le grand « Hold-Up »
Ludovic Lassauce

Photo d'illustration
Reuters
Ludovic Lassauce

Photo d'illustration
Reuters
définitivement condamnée le 1er mai 2015
par un tribunal de New York à verser à la justice américaine la somme record de 8,9 milliards de dollars. Le tort de la banque française : avoir contourné les blocus unilatéralement décrétés par les Etats-Unis à l'encontre de pays comme le Soudan, l'Iran ou Cuba. Une illustration aussi criante que désolante dela toute puissance américaine en matière de règlement des conflits économiques
, même et surtout lorsque ces derniers impliquent des acteurs non-étasuniens.rapport parlementaire
remis au Premier ministre Edouard Philippe en juin dernier.On assiste ainsi, toujours selon ce document, à une « prolifération de lois à portée extraterritoriale (...) permettant aux autorités de la première puissance mondiale d'enquêter, de poursuivre et de condamner (...) les pratiques commerciales d'entreprises et d'individus du monde entier ». Autant de procédures qui « violent la souveraineté des pays dont ces (acteurs) sont ressortissants », conduisant à des sanctions « disproportionnées » ne poursuivant pour seul but que de les « fragiliser dans la compétition internationale ».
De fait, le tableau de chasse de l'Oncle Sam est « édifiant » et a de quoi donner le tournis. D'innombrables banques - BNP Paribas, Commerzbank, HSBC, Crédit agricole, ING, Bank of Tokyo, etc. -, mais aussi de grands fleurons industriels européens - Siemens, Alstom, Total, Volkswagen, etc. - ont ainsi eu affaire à la justice américaine.
Royal Bank of Scotland s'est ainsi vue infliger une amende de 4,9 milliards de dollars
pour ses mauvaises pratiques lors de la dernière crise financière - un comble, cette dernière s'étant principalement déclenchée en raison de l'incurie des banques... américaines. Même le célèbre secret bancaire helvète ne résiste pas à ce racket généralisé, le Crédit Suisse ayant écopé, quatre ans plus tôt, d'uneamende de 2,6 milliards de dollars
pour avoir aidé plusieurs milliers de ses clients à frauder le fisc américain.L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

toute transaction potentiellement frauduleuse réalisée en dollars
. Et les multinationales ne sont pas les seules concernées, loin s'en faut : le glaive américain s'abat aussi, périodiquement, sur des individus que Washington considère comme des adversaires politiques. A l'image de l'homme d'affaires ukrainien Dimitry Firtash, accusé de corruption en dollars et assigné, depuis plusieurs années, à résidence à Vienne, la capitale autrichienne, où il a été arrêté sous mandat américain.Andrew Weissmann aurait proposé
à Dimitry Firtash un deal : livrer des informations au sujet du Russiagate en échange de l'abandon des poursuites le concernant. Le refus de l'homme d'affaires ukrainien expliquerait l'acharnement judiciaire dont il fait l'objet - et les réticences de Vienne, pas dupe des intentions politiques de Washington, à accéder à sa demande d'extradition.légiférant
sous prétexte de droits de l'Homme. C'est un peu l'hôpital qui se moque de la charité, quand on voit comment cette même opposition a usé de tant de subterfuges pour déstabiliser l'élection du président Trump. Respect de principes à géométrie variable... Comment peut-on avoir encore confiance en un pays censé représenter la liberté, la justice et porter les valeurs de nos démocraties occidentales avec de telles pratiques ?Cette guerre juridique est d'autant plus illégitime d'un point de vue du droit international qu'elle est unilatérale. En effet, la réciprocité semble ne pas s'appliquer lorsqu'il s'agit de ressortissants américains soupçonnés de mêmes pratiques de corruption.
blog
de Charles Gave présente ainsi les dessous plutôt inquiétants de l'affaire ukrainienne où l'ancienne administration américaine n'a pas hésité à fermer les yeux dans l'implication de ses ressortissants. Mais, de la même manière, dans le cadre de l'échange des données fiscales entre banques et pays afin, soi-disant, d'aider à la lutte contre la fraude fiscale et le blanchiment, les États-Unis sont le seul pays n'ayant pasratifié
le traité permettant à d'autres nations de récupérer auprès de banques américaines les informations sur les comptes off-shore de leurs citoyens.À lire également
Pour répondre à cette offensive tous azimuts, le député Raphaël Gauvin propose, dans son rapport, de mieux protéger la confidentialité des avis juridiques en entreprise, en créant un statut d'avocat en entreprise, chargé, en quelque sorte, d'utiliser et retourner le droit américain contre lui-même ; de moderniser la loi de 1968, dite « de blocage » ; et d'étendre le RGPD européen aux données des personnes morales, ce qui permettrait de sanctionner les hébergeurs transmettant les données d'entreprises françaises à des autorités étrangères « en dehors des canaux de l'entraide administrative ou judiciaire ». Autant de mesures de bon sens, qu'il convient d'adopter urgemment pour nous prémunir du scandale de l'extraterritorialité du droit américain.
_____
(*) Ludovic Lassauce est un entrepreneur expatrié en Asie et vétéran de l'Internet des objets connectés. Il est engagé en politique. Il a étudié à l'université de Chicago où il a reçu son MBA.
Ludovic Lassauce