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Glyphosate : le triomphe de la démagogie

Gérard Kafadaroff

Publié le 11 décembre 2017 à 13:34 - Mis à jour le 13 décembre 2017 à 15:18

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La polémique médiatique créée par la supposée dangerosité pour la santé humaine d'un désherbant, le glyphosate, illustre la politisation croissante des débats scientifiques en France. Un phénomène qui conduit le pays à s'isoler des autres nations et qui pourrait devenir préjudiciable à son développement en entretenant le mépris des enseignements de la science. Par Gérard Kafadaroff (*), ingénieur agronome, ancien cadre de l'agro-industrie, fondateur de l'AFBV (Association française des biotechnologies...

Le glyphosate a été adopté par les agriculteurs depuis 43 ans, sur tous les continents. Il est doté de performances herbicides exceptionnelles, d'un bon profil toxicologique et écotoxicologique et d'un prix attractif (depuis la perte du brevet en 1991) sans créer de problèmes sanitaires, notamment cancérigènes, pour les utilisateurs et les consommateurs.

Non ! Le glyphosate n'est pas cancérigène

Alors, pourquoi ce déchaînement soudain contre ce désherbant, véritable référence parmi les produits phytosanitaires ?
Une première raison : Monsanto, société américaine innovante en agriculture, est l'inventeur du glyphosate vendu sous la marque Roundup® et le leader mondial des OGM dont les plantes génétiquement modifiées tolérantes à cet herbicide développées depuis 2007 hors l'Europe. Pour beaucoup d'écologistes, Monsanto est le bouc-émissaire désigné et le symbole de l'agriculture moderne, productiviste. En attaquant le glyphosate (pour l'essentiel de fabrication chinoise aujourd'hui), les groupes activistes espèrent sa disparition ainsi que celle des OGM et de Monsanto (en cours d'achat par Bayer pour 62 milliards de dollars).

Plusieurs griefs sont régulièrement avancés contre le Roundup®:
Des résidus de glyphosate (ou de son métabolite Ampa) ont été décelés dans les eaux de certaines rivières et dans certains aliments : cela peut inquiéter la population s'il n'est pas précisé que les niveaux de résidus détectés sont très inférieurs au seuil de dangerosité, que le glyphosate ne s'accumule pas dans l'environnement, que l'Ampa provient surtout des détergents ménagers ou que la toxicité aigüe par voie orale du glyphosate est plus faible que celle du sel de cuisine et cinq fois plus faible que celle de l'aspirine.
Des « mauvaises herbes » devenues résistantes au glyphosate : un phénomène de chimio-résistance lié à l'utilisation répétée d'une même molécule, connu des agriculteurs avec de nombreux insecticides, fongicides et herbicides qui n'ont jamais suscité la moindre critique des écologistes. Seul le glyphosate est ciblé, même si, à cause de son mode d'action, cette résistance s'est développée lentement sur de faibles surfaces, insignifiantes en France.

Le véritable déclic qui a conduit à l'emballement médiatique actuel contre le glyphosate et donné des armes inespérées aux militants anti-glyphosate, anti-pesticides, anti-OGM, anti-Monsanto, anti-technologie, est un avis du CIRC (Centre international de recherche sur les cancers) du 20 mars 2015 classant le glyphosate «cancérogène probable » (groupe 2A).
Dès lors, dopée par cette annonce anxiogène, la mouvance écologiste a mené une campagne de stigmatisation du glyphosate pour en demander l'interdiction. Avec un certain succès puisque cette exigence a été aussitôt reprise par Ségolène Royal puis Nicolas Hulot avec l'aval des gouvernements et des chefs d'Etat, sans examen risques/bénéfices préalable.
Dans la foulée, on a vu surgir, et s'improviser, d'éminents toxicologues, chimistes, agronomes donnant des avis péremptoires basés essentiellement sur leurs propres convictions considérées par eux-mêmes pour des savoirs.  
Ainsi, après plusieurs décennies de bons et loyaux services, un produit phytosanitaire des plus bénins se transforme soudainement en redoutable poison « faisant des victimes », si force de preuve est accordée à la télévision ou Internet. 

Rappelons que la viande rouge est également classée « cancérogène probable » par le CIRC, et le tabac (responsable de 216 décès par jour en France) « cancérogène avéré » (groupe 1). Pourquoi échappent-ils à la demande d'interdiction qui vise le seul glyphosate ? L'avis du CIRC, il faut le préciser, porte sur la dangerosité du glyphosate et non sur le risque lié à son exposition pour la population. Mais ses opposants n'en ont cure et font l'amalgame.
Le « biais de confirmation » privilégiant les informations alimentant les croyances et ignorant celles qui les contredisent envahit l'espace médiatique. On a même vu un ministre, Nicolas Hulot, déclarer que le glyphosate est un perturbateur endocrinien contre l'avis de l'ANSES.

Cette dérive s'amplifie dans la société en l'absence de discours rationnel, factuel et scientifique. Les enseignements de la science ne sont plus audibles. Face à la banalisation de la désinformation, le silence des organisations  scientifiques et techniques compétentes devient connivence et semble adouber une pseudo-science d'Etat.

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Pourtant personne ne devrait ignorer que l'avis du CIRC est contesté par toutes les agences sanitaires, de l'ANSES en France, de l'EFSA et l'ECHA en Europe ou des agences internationales, y compris la FAO et l'OMS, maison-mère du CIRC !
Une vaste étude de cohorte américaine (Agricultural Health Study) publiée le 9 novembre 2017 portant sur 54.000 agriculteurs suivis pendant plus de 20 ans, conclue à l'absence de lien entre exposition au glyphosate et cancer.

Le CIRC, à l'origine de la cabale contre le glyphosate, a été discrédité par de graves révélations (1) concernant l'évaluation de ce désherbant. Les médias peuvent-ils l'ignorer ? Le glyphosate est l'un des produits phytopharmaceutiques les plus étudiés dans le monde depuis des décennies et demeure un outil indispensable pour le développement d'une réelle agriculture durable. Selon la FAO, les « mauvaises herbes » sont le principal fléau des cultures vivrières et causent chaque année 95 milliards de dollars de perte dans le monde.

Pour quelles raisons la France, sous prétexte de transition écologique, prend-t-elle le risque de s'afficher leader mondial de l'opposition au glyphosate qui a prouvé son innocuité et son intérêt pour les services rendus aux agriculteurs ?

Non ! Il n'y aura pas d'alternative équivalente dans 3 ans ni 5 ans !

Le 27 novembre 2017, les Etats européens ont approuvé la proposition de la Commission européenne pour le renouvellement de l'autorisation du glyphosate pour 5 ans après une proposition initiale de 10 ans.

Toujours en pointe en matière de précaution, la France, s'écartant à nouveau des choix européens, a adopté ce même jour une position irréaliste, juridiquement risquée et résumée sur le compte Twitter du président Emmanuel Macron : « J'ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l'utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans » ! 
C'est illusoire ! Dans 3 ou 5 ans, il n'y aura pas d'alternative au glyphosate, offrant les mêmes bénéfices économiques, écologiques et agronomiques. Les promesses d'aides financières ne serviront qu'à calmer la colère des agriculteurs, donner des budgets supplémentaires à l'INRA.
Quelle autre solution pour détruire durablement les mauvaises herbes vivaces comme chiendents, liserons, chardons, rumex, ronces ou les plantes invasives comme l'ambroisie au pollen allergisant ou fougères et molinies avant plantation de pins maritimes en forêt landaise ?
Quelle alternative pour désherber ou détruire un couvert implanté en interculture avant un semis direct qui accompagne les techniques de conservation des sols ? Les pourfendeurs du glyphosate ignorent-ils que ces techniques agricoles participent  à la transition écologique en améliorant la fertilité des sols, les protégeant de l'érosion, réduisant les coûts de production et les émissions de CO2 en séquestrant le carbone dans le sol ?
L'agriculture française pourra se passer du glyphosate mais ce sera au prix de techniques agronomiques et surtout mécaniques plus onéreuses, moins performantes et bien plus polluantes. Elle perdra en compétitivité.
Peur de la génétique avec les OGM, peur de la chimie avec le glyphosate, la France s'affiche en pays craintif, dogmatique où les multiples forces de l'irrationnel l'emportent sur l'acceptation de la réalité et de la science.

(*) Gérard Kafadaroff est l'auteur de plusieurs livres dont le dernier OGM: la peur française de l'innovation préface Pr. M.Tubiana, ancien président de l'Académie de médecine ; Éditions Baudelaire (version numérique et actualisée fin 2015)

(1) Lire:  https://www.lopinion.fr/edition/autres/glyphosate-etranges-zones-d-ombre-centre-international-recherche-137417

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  • Bayer demande plus de temps pour finaliser le rachat de Monsanto
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  • Glyphosate : l'Union européenne re-signe pour cinq ans, Macron veut l'interdire dans trois
  • Glyphosate ou nucléaire : que faire au-delà de la peur ?
  • Impacts du glyphosate sur la santé et l’environnement, ce que dit la science

et https://www.contrepoints.org/2017/11/10/302819-glyphosate-lindignite-nationale-europeenne

Gérard Kafadaroff

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