Grand Débat National : Réinventer les territoires, le réveil nécessaire de la ruralité !

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(Crédits : iStock)
Alors que s'est clos la consultation des citoyens dans le cadre du Grand Débat national le 18 mars dernier, qu'en est-il de la question de la « fracture territoriale » ? Par Olivier Damaisin, Député de Lot-et-Garonne, Délégué Général de l'Alliance Centriste et Référent Grand Débat national pour la région Nouvelle Aquitaine

Le débat semblait tranché, or le Baromètre des Territoires 2019, publié tout récemment par Elabe pour l'Institut Montaigne, montre que, plus qu'une fracture territoriale, les Français éprouvent un morcellement social. Les trois quarts d'entre eux s'estiment heureux, mais 60% sont également révoltés face à l'injustice et aux inégalités socio-économiques. Actuellement, la France apparaît ainsi divisée en quatre grandes catégories sociales qui se côtoient sur tous les territoires, avec une notion de déterminisme social que les dernières enquêtes du même genre n'avaient pas mis en lumière.

Toutefois, même si le clivage métropoles-campagnes se révèle moins fort qu'il n'y paraissait, les problématiques territoriales spécifiques ne sont pas gommées pour autant, en particulier si elles sont subies plutôt que choisies par leurs habitants. Depuis des années, maires et élus locaux tentent, par voies démocratiques, d'alerter les plus hautes instances, sans grand succès. Aujourd'hui, grâce au réveil des consciences citoyennes, et par l'intermédiaire du Grand Débat National, la ruralité tient la chance de se réveiller et de faire entendre son sentiment d'abandon, de laissée pour compte, ignorée des politiques nationales successives.

Alors que le processus de décentralisation promettait aux communes et aux collectivités locales davantage de pouvoirs pour mettre en place de réelles stratégies de services publics, d'investissement et d'attractivité, son arrêt et le retour à un État très vertical ont tué dans l'œuf une multitude de projets qui auraient pu redorer le blason des campagnes, après plus de 70 ans d'exode rural et de désertification. Cette interruption a également eu pour effet d'empêcher le transfert de fonctionnaires nationaux à l'échelon local, et a ainsi accru l'effet de mille-feuille administratif devenu bien incompréhensible.

Car en plus des conséquences économiques et de l'accroissement vertigineux de la dette française, elle génère l'imbroglio des prérogatives et compétences de chaque collectivité, entre celles qui leur appartiennent réellement, celles qui reviennent à l'étage du dessus ou du dessous, et celles que l'État a finalement récupérées. Les circonstances actuelles nous ont prouvé qu'il était temps de reprendre ce processus et d'opérer, à l'instar de l'Espagne ou d'autres pays européens, un réel transfert des compétences, humaines et politiques, de l'État vers les collectivités locales, afin que les politiques nationales puissent être véritablement adaptées aux réalités du quotidien.

Le passage d'une économie de l'industrie et de la terre à une économie de services, bien que nécessaire au maintien de la compétitivité française, s'est fait au détriment des territoires ruraux, et bien souvent au détriment de l'humain. Autrefois, le « bon sens paysan » avait toutes ses lettres de noblesse, il était écouté comme une forme de sagesse, fruit de l'expérience et du travail. Aujourd'hui, à l'heure de l'urgence écologique, bien mise à mal par l'omniscience technocratique si dédaigneuse de toute l'expérience acquise, qui écoute encore ce « bon sens » ?

Il est pourtant si simple de comprendre qu'un village où ferment tour à tour l'école, le cabinet médical, la gare et les petits commerces, n'a plus les moyens de survivre en tant que collectivité humaine. En ce moment même, près de 26 000 communes doivent subsister sans ces lieux de vie indispensables que sont les cafés, les hôtels, les restaurants, les épiceries, cœur de tout l'écosystème de nos villages. Plus que des lieux de rencontre pour leurs habitants, ils sont aussi créateurs d'emplois et d'animations, ils favorisent le déploiement d'une offre culturelle et participent à l'attractivité économique et touristique de nos territoires.

Quelle entreprise, quel citoyen prendrait aujourd'hui le risque de s'installer à la campagne ou en périphérie, sachant que les commerces de première nécessité eux-mêmes n'y restent pas, que les premières structures d'éducation et de santé se trouvent dans une ville voisine, que l'usage de plusieurs voitures au sein d'un même foyer est donc rendu obligatoire, et que les politiques de transports sont insuffisantes pour la désenclaver ? Plus les services publics reculent dans un village, plus le phénomène de désertification s'accélère.

Alors qu'Internet permet désormais à de nombreux services d'être rendus à distance, comment aider l'ensemble de nos territoires à redevenir des lieux où qualité de vie rime avec exigences économiques des entreprises et des ménages ? À mon sens, l'écologie peut apporter des réponses à ces problématiques : désengorger les villes et repeupler l'ensemble des campagnes - pas seulement les campagnes périurbaines - peut avoir des effets bénéfiques sur la qualité de l'air et le prix de l'immobilier en ville, mais aussi sur le vivre ensemble en répartissant mieux les acteurs économiques et donc en réduisant la concurrence dans les métropoles, tout en favorisant l'émergence de nouveaux modèles sociaux et solidaires. Les Français sont en forte demande de ce changement de paradigme.

Pour cela, il nous faut maintenant avoir le courage de miser sur les campagnes, sur leur potentiel au sein d'une économie verte où les services publics de santé et d'éducation, les transports et le développement du petit commerce sont repensés, encouragés et financés à l'échelon local, de manière humaine et humaniste. Ceci pour en finir enfin, avec la spirale infernale dans laquelle les gouvernements successifs nous ont plongés.

Olivier DAMAISIN
Député du Lot-et-Garonne

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Tribune cosignée par :

Danièle HERIN
Députée de l'Aude

Frédérique TUFFNELL
Députée la Charente Maritime

Jean-François CESARINI
Député du Vaucluse

Claire O'PETIT
Députée de l'Eure

Philippe FOLLIOT
Député du Tarn

Mireille ROBERT
Députée de l'Aude

Anne-Laure CATTELOT
Députée du Nord

Sonia KRIMI
Députée de la Manche

Hélène ZANNIER
Députée de la Moselle

Yves DANIEL
Député de Loire Atlantique

François JOLIVET
Député de l'Indre

Stéphane CLAIREAUX
Député de St Pierre et Miquelon

Christophe BLANCHET
Député du Calvados

Patrice ANATO
Député de Seine Saint Denis

Pascale FONTENEL PERSONNE
Députée de la Sarthe

Véronique HAMMERER
Députée de la Gironde

Denis MASSEGLIA
Député du Maine-et-Loire

Jean-Philippe ARDOUIN
Député de la Charente-Maritime

Nicole LE PEIH
Députée du Morbihan

Brigitte BOURGUIGNON
Députée du Pas de Calais

Laurence VANCEUNEBROCK-MIALON
Députée de l'Allier

Perrine GOULET
Députée de la Nièvre

Patrick VIGNAL
Député de l'Hérault

Bruno POMART
Maire de Belfou

Jean-Marie QUEYREL
Maire de Bourlens

Arnaud DEVILLIERS
Maire de Penne-d'Agenais

Jean-Jacques LAMBROT
Maire de La Sauvetat-de-Savères

Eric CONGÉ
Maire de Gavaudun

Pascal LEGENDRE
Maire de Réaup-Lisse

Eric GRASSET
Maire de Condezaygues

Jacques BODIN
Maire de Dourac

Jean-Denis COSTES
Adjoint au maire de Saint-Georges

Manon LAPORTE
Conseillère régionale d'Ile-de-France

Marie José APARICIO
Conseillère Municipale de Limoux

Patrick MEYER
Président de l'association Mouvement Citoyen Limouxin

Marie-France SALLES
Vice-présidente du Conseil Départemental du Lot et Garonne

Jérémy PARIS
Référent Territorial Canada LREM

Margaux REAMS
Référent Territorial Amérique latine LREM

Karim KHOUIDER
Référent Territorial Corée et Taïwan LREM

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Commentaires
a écrit le 26/03/2019 à 14:14 :
Arrêtons les raisonnements jacobins. Ce sont les français eux-mêmes décidant de s'installer loin des zones à foncier prohibitif qui doivent prendre leur destin en main. Le service public s'installe là où on le finance c'est tout. Certes il faut redistribuer des riches vers les pauvres mais tous les riches ne sont pas en ville et tous les pauvres ne sont pas à la campagne (se souvenir de l'effondrement des immeubles du centre de Marseille).
a écrit le 26/03/2019 à 10:57 :
Tout cela consiste a centraliser la décentralisation, en augmentant les responsabilités locales tout en diminuant les moyens! Toujours sur le principe du dogme bruxellois qui veut uniformiser par le bas le territoire qu'elle administre, sans être sous le feu des projecteurs!
a écrit le 26/03/2019 à 9:10 :
Quand on entend Macron placer la Guyane sur une île on ne peut que déplorer que nos dirigeants politiques, pourtant bardés de bons gros diplômes en tout genre, sont nuls en géographie.

EN ces périodes de lutte générale contre la pollution la campagne a un énorme coup à jouer, la ruralité qui l'accompagne également, si on mettait tous les parisiens qui rêvent de partir à la campagne parce que ne supportant plus le rythme exponentiel hystérique de cette ville, moins soutenu dans les autres grandes villes parce que plus humaines, affutés comme ils sont en plus, on pourrait faire repartir les campagnes et associer la vie de multiples individus différents et donc enrichissants.

C'est pareil en ce qui concerne notre énorme domaine maritime totalement sous exploité alors que nous avons des énergies inépuisables à y aller chercher et de le gestion de stock de nourriture, sans parler du nettoyage des océans que nous pourrions facturer au monde. ET là c'est juste trois idées trouvées en quelques secondes donc si on voulait vraiment il y aurait une foultitude de sources de profits.

Mais nos dirigeants politiques sont bien trop paramétrés par les dirigeants économiques pour être capables de développer dans leurs cerveaux habitués à la servilité, des idées.

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