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Iran: la grande énigme des élections

Photo de Nabil Bourassi

Mohammad Amin

Publié le 18 mai 2017 à 15:30 - Mis à jour le 18 mai 2017 à 18:39

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Mohammad Amin (*) est chercheur à la Fondation d'Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO), basée à Paris. Il estime que les élections législatives qui se tiennent ce vendredi 19 mai en Iran verront s'affronter deux blocs qui ont tous deux prêté allégeance au guide suprême Ali Khamene. En réalité, ce dernier décide seul de l'issue du scrutin. Reste à savoir comment réagira le peuple iranien...

Les lundi et mardi de cette semaine, d'abord le maire de Téhéran, Bagher Ghalibaf, et ensuite l'actuel n°2 du gouvernement, Eshagh Jahanguiri, se sont retirés des Présidentielles. Le premier a appelé à voter Ebrahim Raïssi, le second s'est désisté en faveur de Hassan Rohani. Deux autres candidats, Moustafa Hachemitaba et Moustafa Mirsalim, sont restés en lice, bien que leur présence n'aura aucun impact sérieux sur l'issue des scrutins.

L'incontestable leadership d'Ali Khamenei

Les six candidats avaient été désignés par le Conseil des Gardiens (qui compte six grands mollahs nommés par un Guide suprême au sommet du pouvoir) qui avait fait le tri parmi les 1.600 postulants. Ils répondaient donc aux deux critères de taille : une fidélité infaillible à la théocratie et au leadership d'Ali Khamenei (le Guide suprême). L'indice ne trompe pas. Même Mahmoud Ahmadinejad, l'ancien Président qui voulait se représenter, n'a pu échapper à la vigilance de ce conseil.

Quoi qu'il en soit, après les derniers désistements, il ne reste plus que deux principaux candidats, deux membres du clergé : Hassan Rohani, le président sortant qui pendant plus d'un quart de siècle a occupé les plus hautes fonctions de la sécurité du pouvoir en place, et Ebrahim Raïssi, le chef de l'un des plus grands cartels du monde et l'un des principaux protagonistes du massacre de 30.000 prisonniers politiques en 1988.

Le premier présente l'un des deux clans du pouvoir, qui prône sans mettre en cause les fondements du régime, un changement de comportement ou du moins, une apparence de changement dans les relations avec l'Occident comme ultime issue des graves crises qui secouent actuellement le régime. Alors que le Guide suprême affirme qu'un changement de comportement risque d'entraîner inévitablement un changement de régime.

Khamenei cherche en fait à avoir un bloc monolithique autour de lui, pour pouvoir contenir la crise. Ce bloc uni jouera également en sa faveur dans la politique expansionniste de l'Iran dans la région. N'oublions pas que le régime de Khamenei est actuellement directement impliqué dans trois guerres dans le Moyen-Orient : celles de l'Irak, de la Syrie et du Yémen.

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4% de la population soutiendrait le pouvoir en place

Les trois débats télévisés qui se sont déroulés lors des deux dernières semaines de la campagne électorale ont prouvé que la crise actuelle est bien dangereuse. Les candidats démasquaient, l'un plus spectaculairement que l'autre, les grandes faiblesses des institutions et l'impasse politique dans lequel s'est enlisée la théocratie. Le maire de Téhéran, Ghalibaf, est même allé jusqu'à reconnaître que seuls 4% de la population soutenait le pouvoir en place ! Les confrontations qui ont eu lieu lors de ces campagnes ont énormément fragilisé ces élections, même si on sait déjà que quel que soit le Président sortant, cela ne changera pas grande chose aux grands traits de la politique de Téhéran, car les affaires de la Défense, de la Sécurité et des Affaires étrangères s'inscrivent toutes dans le monopole du Guide suprême.

Depuis le début de cette semaine, la plupart des observateurs sont persuadés qu'il n'y aura pas de second tour aux élections qui auront lieu vendredi. Le bazar des paris sur celui qui dirigera le gouvernement de 2017 à 2021 est de plus en plus houleux.

Si on se réfère à la nature de la théocratie en place et à ses 38 ans de règne, la réponse à cette énigme se faufile dans les quatre points qui suivent :

  • Cette élection est une confrontation à la tête du régime pour une nouvelle répartition des pouvoirs. L'article 57 de la Constitution de la théocratie iranienne offre un pouvoir « absolu » au Guide suprême ; une autorité qui ne peut être remise en cause par les suffrages. Concernant la présidence de la République, ce ne sont pas non plus les suffrages qui tranchent l'issue des urnes, mais l'équilibre de forces à l'intérieur du sérail.

Par exemple, en 2005, Saddam Hussein, le principal adversaire de l'Iran dans la région, est tombé. En même temps, l'opposition armée au pouvoir en place a été bombardée et désarmée dans le cadre d'une politique erronée des États-Unis. Tout ceci a contribué à une montée de Khamenei dans l'équilibre des forces internes de son régime. C'est grâce à ces circonstances qu'il a réussi à imposer son homme de main, Mahmoud Ahmadinejad, à la présidence de la République.

La tentation d'une fraude aux urnes

En 2013, Khamenei était affaibli par les révoltes de 2009 et 2010 et accablé par les points de discorde répétés du même Ahmadinejad. Il a donc été contraint d'admettre le candidat du clan adverse, Rohani, à la tête de l'État.

  • Dans cette confrontation pour la Présidence de la République, le principal levier du Guide suprême est le Corps des Gardiens de la Révolution (CGRI) qui détient plus de 50% du PNB du pays. C'est grâce à cet organe qu'il peut effectuer de vastes fraudes pour défigurer à son gré le résultat des urnes.
  • Est-ce que Rohani possède également un levier de pouvoir ?

Le Président sortant ne possède pas d'une grande marge de manœuvre. Il est pourtant conscient de la détérioration de l'image du Guide suprême dans la société. Ceci constitue le paramètre le plus important pour tenir tête à Khameneï. Mais il craint un débordement et sait fort bien que si le peuple descend dans la rue, il risque de mettre en danger la totalité du régime.

La question majeure, n'est donc pas de savoir si le CGRI interviendra ou non pour des fraudes dans les élections du 19 mai ? La grande énigme est de savoir si Rohani appellera ou non la population à protester contre cette magouille ? Un tel appel n'est bien sûr pas dénué de risques. S'il échoue, toute sa destinée politique et peut-être même sa propre vie seront remises en question.

De la provocation à l'allégeance du "renard violet"

Rohani a montré une première volonté de faire face dans son discours électoral, quand il a dit : « Pendant les 38 dernières années le pouvoir en place n'a fait que tuer » ! La diatribe souleva la colère du Guide suprême qui l'a menacé d'une « claque dans la figure » !  Deux jours plus tard, celui qui porte le surnom du « renard violet » a fait acte d'allégeance au Guide en affirmant : « Je suis prêt à baiser des dizaines de fois la main du Guide suprême » !

Ce geste opportuniste n'a cependant pas dissipé entièrement la grande énigme qui persiste pour les élections du 19 mai : Rohani, tiendra-t-il tête aux fraudes électorales de Khamenei et du CGRI ou non ?

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Mohammad Amin est chercheur à la Fondation d'Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO), basée à Paris. Il a écrit plusieurs ouvrages et essais sur la théocratie iranienne, les mutations de l'économie politique de l'Iran sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad et l'essor de l'intégrisme islamique au Moyen-Orient. Co-auteur de « Où va l'Iran », éditions Autrement, 2017.

Mohammad Amin

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