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Iran: pourquoi les autorités manipulent la monnaie

Hamid Enayat

Publié le 06 avril 2023 à 11:14 - Mis à jour le 06 avril 2023 à 11:51

rial iranien

Photo d'illustration

Reuters

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OPINION. Les fortes fluctuations du cours du rail (ou toman) iranien face au dollar s'expliquent par une manipulation des changes du pouvoir pour couvrir le déficit budgétaire de l'État. C'est un signe supplémentaire du risque d'effondrement économique du pays et d'un régime aux abois. Par Hamid Enayat, analyste et écrivain iranien basé à Paris.

Au cours de la première semaine de l'année 1402[1], la valeur du rial a de nouveau chuté et le dollar a flirté avec les 52.000 tomans[2]. Selon les experts du régime, les mouvements observés sur le cours du toman sont étranges et rien ne saurait justifier une si extrême fluctuation. Rappelons que lors des seuls trois derniers mois de l'année 1401[3], le rial a allègrement varié du simple au double, entre 60.000 et 30.000 tomans pour un dollar.

Flambée des prix

Pourtant, le site d'Etat Rouydad 24 a clairement expliqué ces fluctuations, précisant qu'elles étaient le résultat des manipulations boursières d'Ebrahim Raïssi, le président : « l'opinion publique croit que le gouvernement, en tant que propriétaire de la plupart des ressources en devises étrangères, chaque fois qu'il fait face à un déficit budgétaire, commence à augmenter le prix de la monnaie et de cette façon recueille la liquidité du marché et comble son déficit budgétaire. C'est ce qu'ils font[4]. » Par conséquent, la flambée des prix, l'inflation alimentaire de 70 %, les loyers exorbitants, les médicaments les plus élémentaires devenant des produits de luxe et le glissement de la majorité de la population sous le seuil de pauvreté sont principalement dus à la manipulation délibérée des prix de la monnaie par le régime des Mollahs.

Cette manipulation n'a qu'un seul objectif ; couvrir le déficit budgétaire inhérent au coût élevé de la répression et au financement du terrorisme dans la région. Ce faisant, l'État en profite pour paupériser sa propre population, pensant que cette augmentation drastique de la pauvreté saura le dissuader d'un soulèvement, ce dernier devant gérer en priorité sa propre subsistance. Le fait est qu'il s'agit d'un raisonnement étrange. Car chacun sait que ce qui pousse avant tout le peuple à la révolte, c'est la faim !

Le guide suprême et ses affidés ayant déjà montré à de multiples reprises que, s'ils étaient fous, ils n'étaient pas idiots, on peut alors estimer que ces manipulations du cours du rial sont effectuées en toute connaissance de cause. Le régime s'attend d'ailleurs à des vagues de révolte encore plus violentes que celles s'abattant sur le pays depuis septembre dernier. Mais malgré le risque encouru, le guide suprême et le gouvernement poursuivent leurs œuvres spéculatrices sur la monnaie du pays. On en conclut logiquement qu'ils n'ont pas le choix. Il faut dégager des liquidités et le biais utilisé pour le faire est le seul disponible. En d'autres termes, le régime est aux abois.

La peur du renversement comme seul guide

Nasser Karami est le commandant des forces de police spéciales, celles-là même qui ont joué un rôle très efficace dans la répression des manifestants. Pour la première fois, il a cessé de nier l'évidence et a reconnu que le pays se trouvait dans une situation explosive. Pire, par le biais d'une déclaration devant servir à motiver les troupes, il a chiffré la valeur de la peur des mollahs : 400 ! 400 villes et régions prêtent à s'embraser à travers tout le pays : « Notre objectif est de couvrir au moins 400 villes et régions du pays pour faire face aux troubles et aux éventuels mouvements de l'ennemi. En 1402, nous devons multiplier notre capacité par deux par rapport à la situation actuelle[5]. »

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En dévoilant ce chiffre, Nasser Karami a souhaité montrer aux rebelles qu'ils seraient attendus de pied ferme partout sur le territoire. Il a surtout avoué que le régime prenait la menace de son renversement très au sérieux et qu'il était désormais prêt à tout pour tenter de rester en place, y compris financer la répression en risquant de provoquer la pire révolte que l'Iran ait connu. Ce qui est assez ironique dans cette déclaration, c'est que les résistants eux-mêmes ne font état que de 242 villes et régions concernées. La peur a définitivement changé de camp. Elle se lit dans la suite de la déclaration du commandant des forces spéciales. En effet, ce dernier précisait aux journalistes du « Saheb Khabar » que pour mener sa mission à bien, il pourrait disposer d'un équipement « du double du niveau actuel, » démontrant une fois de plus que le régime touchait là ses limites et que ses actes n'étaient plus commandés que par la peur panique de se voir jeter dans les limbes de l'histoire du pays.

Le 16 février dernier, l'économiste du gouvernement, Mohsen Renani, avait publié une lettre ouverte à Ali Khamenei, le guide suprême. Dans ce courrier public, il alertait les édiles que la République Islamique atteignait le stade final de « son effondrement » et qu'elle était sur le point de connaître une « révolution par le bas ». Quoiqu'il soit disposé à faire pour conserver le pouvoir et asservir son peuple, selon Mohsen Renani, le régime a déjà perdu : « Le gouvernement devrait savoir qu'il ne doit pas se plaindre et se lamenter sur la stabilité actuelle de la situation, que ses chances sont moindres qu'il ne le pense et que même s'il déçoit psychologiquement cette génération par des méthodes de répression violentes, elle a atteint le stade de « l'espoir existentiel » et peut, par conséquent, se créer de nouveaux horizons prometteurs à tout moment[6]. »

Dont acte !

______

[1] Le Nouvel An iranien a débuté le 21 mars 2023

[2] Les Iraniens utilisent plus souvent le terme de toman plutôt que de rial.

[3] Ndlr : janvier, février et mars 2023

[4] Le 27 mars 2023

[5] https://sahebkhabar.ir/news/59369328/

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[6] https://www.radiofarda.com/a/mohsen-renani/32277007.html

Hamid Enayat

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