L'absurdité des mesures contre les immigrés face au chômage

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi
C'est une mesure phare du programme frontiste : taxer l'embauche des salariés étrangers, pour privilégier les Français et réduire le chômage. Economiquement, c'est une absurdité totale.
Je sais, cela a pourtant l'apparence du bon sens. Dans un pays où le nombre de chômeurs au sens large, c'est-à-dire y compris les personnes ayant une activité réduite et en recherche d'emploi, reste englué à quasiment 6 millions depuis 2 ans, pourquoi faire venir des travailleurs étrangers quand tant d'habitants sont déjà sur le carreau ? La logique se veut implacable : un immigré de moins, c'est un chômeur de moins. Mais c'est totalement faux. Trois arguments peuvent le démontrer.
Le premier : contrairement à une idée reçue, la priorité nationale à l'emploi, ça existe déjà. A l'exception des 30 métiers sous tension répertoriés sur des listes régionales, tout employeur désireux d'engager un étranger (non européen), doit :
Employer en France un étranger est donc déjà difficile et s'apparente à un parcours du combattant.
Deuxième argument : malgré presque 6 millions de chômeurs, il y a toujours beaucoup d'emplois non pourvus, pour être plus précis d'emplois pour lesquels le recrutement s'est soldé par un échec. 190.000 selon Pôle Emploi (300.000 selon le Medef) en 2015, et plus encore en 2016. Alors pourquoi ? Car les entreprises ont toujours autant de mal à recruter : près d'un tiers d'entre elles et la grande majorité des recruteurs ayant des difficultés sont confrontés à des candidats au profil inadéquat (faute d'expérience, de diplôme ou de motivation) ou carrément à une pénurie de postulants.
En réalité, deux catégories de métiers se distinguent clairement. Des métiers sous tension parce que très recherchés par les employeurs, comme les ingénieurs et les cadres étude R&D en informatique, par exemple. Et des métiers sous tension parce qu'ils font figure de repoussoir. C'est le cas de certaines professions du bâtiment et des travaux publics, des métiers de l'hôtellerie et de la restauration, des employés de maisons et du personnel de ménage. Or, si ces postes ne trouvent pas preneurs, c'est bien parce que les natifs ou les résidents n'en veulent tout simplement pas. Et si les étrangers les acceptent, c'est parce que c'est le seul moyen pour eux d'échapper à leurs conditions d'origine.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Enfin, arrêtons de fantasmer sur le nombre d'immigrés qui viennent en France pour y travailler. Un peu moins de 20.000 titres de séjours sont délivrés chaque année en France à des ressortissants de pays tiers à l'Union européenne pour travailler, dont la moitié sont déjà dans le pays parce qu'étudiants. Ils demandent alors un changement de statut après leurs études.
Quant au stock de titres de séjour pour motif économique, il s'élevait fin 2016 à 135.115, soit un chiffre inférieur aux emplois non pourvus.
Si l'objectif d'une taxe sur les travailleurs étrangers est de réduire le chômage, alors une chose est sûre, cette mesure va rater sa cible.
De même, pointer la directive sur les travailleurs détachés sous prétexte que 300.000 personnes détachées sont présentes en France - soit 42.000 emplois en équivalent temps plein selon le ministère du Travail -, sans rapprocher ce chiffre des 26 millions d'emplois existants, est fallacieux. Comment prétendre corriger les maux de notre marché du travail en se concentrant uniquement sur 0,2% de la masse et en omettant par la même occasion de mentionner les Français détachés à l'étranger ! Cela participe de la même logique, celle du bouc émissaire et des raccourcis trop faciles.
>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique
Alexandre Mirlicourtois, Xerfi