L'attachement au logement freine la mobilité et favorise le chômage

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'attachement au logement freine la mobilité et favorise le chômage.

L'attachement à leur logement empêche-t-il une partie des chômeurs à retrouver un emploi ? En France, la part des propriétaires occupants s'accroît : 58% des ménages environ aujourd'hui sont propriétaires de leur résidence principale, c'est 5 points de plus qu'en 1985. Or c'est un fait bien établi, les propriétaires occupants sont beaucoup moins mobiles que les locataires. Mesuré à travers la notion du taux de rotation, c'est-à-dire le rapport entre le nombre de logements ayant changé de main entre deux dates et le parc existant, la mobilité s'établit en France actuellement à 7,3%. Mais c'est le grand écart entre les locataires où il atteint près de 18% dans le parc locatif privé, 9% dans le parc locatif social, et 3% seulement pour les propriétaires.

Un taux de chômage corrélé à celui de propriétaires

Bien entendu, la relation de cause à effet demande à être relativisée : le taux de mobilité tend à décroitre avec l'âge, or les propriétaires sont en moyenne plus âgés que les locataires ce qui explique une partie de l'écart. De même, la décision de devenir propriétaire, tout comme les moyens de financement accordés par les banques pour le devenir, dépendent notamment de la stabilité professionnelle et familiale anticipée. Malgré tout, les travaux d'Andrew Oswald de 1996, puis d'autres économistes ensuite, tendent à montrer que ce lien est significatif : une hausse de 10 points du taux de propriétaires accroitrait d'environ 2 points le taux de chômage. Se pose donc le problème de l'adéquation entre les lieux où se trouvent les emplois et ceux où les chômeurs résident.
Au 2ème trimestre 2015, l'INSEE estimait le taux de chômage à 10% en France métropolitaine avec de très fortes disparités géographiques. Le taux de chômage approche ou dépasse les 15% dans le Nord où sur le pourtour méditerranéen. A l'opposé, en Ile de France, autour de Lyon, sur son flanc Est et sur une partie du Centre, il voisine plutôt les 8%. On y décèle même des difficultés de recrutements. Alors, y-a-t-il un lien avec la carte de France des propriétaires ? Cela n'a rien d'évident. La fracture est ici plutôt Est-Ouest.

Au premier abord, l'influence du statut d'occupation du logement sur la mobilité et ses conséquences sur le marché de l'emploi ne sautent pas aux yeux. Mais il faut aller plus loin. Il faut aussi intégrer l'importance du secteur social. Parce que les loyers y sont très encadrés et très avantageux, le coût d'opportunité de quitter un logement social pour un logement du secteur libre est élevé. Hors, historiquement le parc social est dense dans le Nord Est du pays comme le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie ou la Champagne-Ardenne. Quitter son HLM pour répondre à une offre d'emploi située dans une zone qui en est dépourvue ou dans laquelle la file d'attente est trop longue limite le gain à accepter un nouvel emploi. Mais il faut encore ajouter un élément, les prix de l'immobilier.

La carte de France des prix est éclairante

C'est dans le Nord-est, le Centre et dans le Sud (hors départements côtiers) que les prix au m² sont les plus bas, ce qui rend cette carte finalement assez proche de celle du taux de chômage. Il faudrait certes affiner encore l'analyse car la présence d'une grande capitale régionale comme Lille dans le Nord ou Strasbourg dans le Bas-Rhin biaisent en partie les données. Partir d'une zone où les prix sont bas et le marché grippé pour répondre à une opportunité professionnelle dans une région où les prix sont élevés, demande d'accepter une dégradation parfois trop importante de ses conditions de vie (habitat plus petit, temps de transports plus long, etc.)
La mobilité résidentielle dépend de 3 facteurs clés : du taux de propriétaires, de l'échelle des écarts de prix de l'immobilier entre régions, et de l'importance du parc social. Force est de constater alors que lorsque l'on prend en compte ces trois éléments, il existe bien un France piégée dans le sous-emploi.

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Commentaires
a écrit le 04/01/2016 à 15:01 :
L'état devrait déjà rembourser au prorata les frais de muation quand les gens déménagent dans les 15 ou 20 ans pour raisons pro. C'est là qu'est le vrai frein. On est souvent prêt à vendre et racheter mais on perd 10% dans l'opération et là c'est vraiment la faute de l'état. Aux US pour beaucoup moins vous vendez et achetez. Le problème est l'état français et pas les propriétaires.
a écrit le 04/01/2016 à 12:29 :
eh oui, la politique du logement cher est un suicide pour la france. mais comme ca fait marcher le BTP (genereux pour les campagnes electorales et employeurs de bac -5 dont on ne pourrait rien faire sinon) et ca fait plaisir a pepe qui voit la valeur de sa maison grimper tous les ans, c est pas pret de changer ...

Acheter en france aujourd hui, c est de l inconscience : prix surevalue, mobilité bloquee, probleme en cas de divorce ....



PS: une raison pour la quelles les proprietaires sont plus souvent au chomage est aussi lie au fait qu il est pour eux plus interessant d etre au chomage et de vivre dans leur logement qui ne leur coute rien que de demenager pour travailler et de devoir payer un loyer. Si vous etes locataire, evidement la question ne se pose pas car vous devez dans tous les cas payer un loyer
a écrit le 04/01/2016 à 12:17 :
Un autre paramètre à prendre en compte dans cette analyse est le réseau social (familial, amical...) dont le foyer dépend (par ex. pour la garde gratuite des enfants) et qui dépend de soi (par ex. pour le bricolage...). Ce réseau peut être une source d'attachement et de multiples avantages en nature qu'il sera difficile de compenser en s'en éloignant, surtout pour les CSP aux salaires les moins élevés.
a écrit le 04/01/2016 à 12:17 :
Il n'y a pas que l'attachement au logement qui freine la mobilité et favorise le chômage, il y a l'esprit de famille, les enfants et l'environnement social. Mais il est vrai aussi, que si l'on nous enlève tout ça, cela ne vaut pas le coup d'aller bosser!
a écrit le 04/01/2016 à 10:56 :
Il suffirait que l' Etat arrête de ponctionner les achats/ventes pour les changements de résidence principale suite à changement de lieu de travail (+50 Km) alors les salariés, fonctionnaires et autres seraient plus mobiles.
Réponse de le 04/01/2016 à 12:22 :
meme s il serait plus intelligent de faire comme aux USA ou en suisse avec une taxe plus importante sur l immobilier (porperty tax aux US ou loyer fictif en suisse) le probleme n est pas la. Si vous habitez dans une zone ou l immobilier est pas cher et vous retrouvez du travail ou c est hors de prix, vous allez passez d une maison a un studio, ce qui peut poser des problemes si vous avez une famille
a écrit le 04/01/2016 à 9:55 :
D apres ce monsieur, certainement proprietaire de son logement, la solution pour eradiquer
le chomage , serait une population de SDF.......Quel programme , absolument contraire à celui de N Sarkozy naguere !!. Le chomage , de toutes façons, ne peut pas diminuer.
DE plus en plus de robots prenant la place de l'homme, il serait bon de commencer à reflechir à la Question: Comment occuper les citoyens dans 50 ans ?...
Gouverner c 'est prevoir sauf pour ceux qui sont au pouvoir !!!!
Réponse de le 04/01/2016 à 12:19 :
c est sur que le programme de Sarkozy ca a ete une reussite !
donc ne pas faire ce qui a loupé est pas si fou que ca
a écrit le 04/01/2016 à 9:46 :
La France est aussi un des pays où le travail à distance est le moins développé, car il remet en cause le modèle "cour du Roi Soleil" de beaucoup d'entreprises, où le paraître importe plus que le faire. Ce n'est pas nécessairement du travail à domicile, une meilleure solution serait de petits centres de télétravail dans des endroits agréables à vivre où le prix du logement est faible. L'automatisation aussi va se développer et exige une maintenance 24h/24, compensée par une réduction du temps de travail: pourquoi une organisation du type "plateforme pétrolière" avec 1 semaine au travail logé sur place et 1 ou même 2 semaines de repos?

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