L'Europe, des divergences à la désintégration ?

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'Europe, des divergences à la désintégration ?

Sur le plan européen, le mandat d'Emmanuel Macron ressemble à celui de son prédécesseur. Le discours est ambitieux, et souvent brillant, à l'instar de celui prononcé à la Sorbonne en septembre 2017. Emmanuel Macron appelait alors de ses vœux, un budget zone euro renforcé, contrôlé par le parlement, Une taxation européenne sur le carbone, les GAFA et les flux financiers, une convergence fiscale et sociale, l'édification à petit pas d'une Europe de la défense... Plus divers autres projets concernant la gouvernance ou l'extension d'Erasmus. Mais au-delà des grandes déclarations, on ne voit presque rien en matière de réalisation. Sur le plan politique, l'heure reste à l'enlisement.

Plutôt que de parler avec ambition de défense commune, l'Europe est sur la défensive. Elle se divise sur la question migratoire. Comme au plan national, le sécuritaire prend le pas sur la question autrement porteuse, du point de vue de la souveraineté, de la production et de l'innovation, d'une mutualisation des moyens militaires et des projets industriels attenants.

Sur la défensive au plan commercial

Elle joue encore sur la défensive au plan commercial, face à l'offensive de l'Amérique de Trump. Là encore, plutôt que de se refonder, la zone euro gère dans la dysharmonie et subit sans capacité de réplique un conflit commercial dont elle porte largement la responsabilité. Sa quête sans fin et non coordonnée de compétitivité produit des excédents dont l'ampleur devient un problème pour les autres. La concurrence sociale et fiscale en interne, s'est convertie en concurrence planétaire.

Et elle ne s'est pas encore dotée des instruments qui lui permettraient de circonscrire les efforts sur les régions qui en ont réellement besoin. Cet excédent d'épargne, est mal recyclé. C'est d'abord un excédent allemand, on le sait tous, que vient renforcer maintenant le rééquilibrage du Sud. Avec sa demande intérieure corsetée, l'Europe est structurellement en excès de production. Plus personne, ne joue le rôle de consommateur en dernier ressort au sein de la zone. Pas même la France.


L'Europe, ne s'est toujours pas dotée des outils qui permettraient à cette épargne d'être recyclée en interne. Ni budget, ni instruments de transferts, ni produits financiers unifiés. En dépit des quelques effets d'annonce, les montants évoqués pour initier des programmes d'investissement dans les régions qui en auraient le plus besoin en Europe, demeurent dérisoires. Avec pour dernier Avatar, le sommet de Meseberg entre Macron et Merkel.

L'Europe du sud décroche

Le résultat le plus tangible de cette inertie, c'est la divergence de productivité persistance entre le Nord et le Sud. Comment pourrait-il en être autrement ? L'investissement humain et productif est sacrifié depuis de nombreuses années dans le sud. Les cerveaux s'expatrient. Ces pays en dépit du mieux conjoncturel n'ont pas de vrais moteurs endogènes de croissance. Et, in fine, si l'on en juge au PIB par habitant, le sud, loin de converger, décroche. Et en dépit d'une purge que certains considèrent comme salvatrice, on ne voit rien qui laisse augurer un rattrapage à venir.

Et dans ce contexte, les inégalités de revenu, intra-zone euro, ne cessent de se creuser. Cela est manifeste lorsque l'on rapporte le revenu des 20% les plus riches à celui des 20% les plus pauvres.

Tout cela crée un cocktail d'impuissance politique et de fragilisation démocratique, dont l'Europe commence tout juste à payer la note.

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Commentaires
a écrit le 17/09/2018 à 9:20 :
Autrement dit, ça sent le sapin ! Mais on s'en doute bien... En fait ça sent surtout le cadavre en décomposition depuis... 2007, l'année où l'europe a tué la démocratie en France via les politiciens français et européens.

Vite un frexit.
a écrit le 15/09/2018 à 23:12 :
Paradoxalement, le populisme et le Brexit pourraient bien faire du bien à l'UE.
Ces dix dernières années nous n'avons pas eu l'intelligence de nous unir alors que nous en avions l'occasion. L'UE a été fainéante car elle se croyait immortelle, maintenant elle commence, grâce au populisme, à comprendre qu'elle ne l'est pas.
Alors l'UE est-elle sur le point de se désintégrer? Quand on voit le revirement du FN et des populistes italiens sur l'euro, rien n'est moins sûr.
Quand le bateau prend l'eau, il y a deux possibilités, soit quitter le navire dans un canot de sauvetage, soit peut-être commencer à se serrer les coudes pour réparer, nettoyer et entretenir le bateau.
Et avant de choisir une de ses deux options, le plus intelligent serait de regarder comment s'en sortent les anglais avec la première option. En observant que eux ne sont même pas dans l'euro. Et qu'en plus, ils mettent beaucoup de temps à monter dans le canot.
a écrit le 15/09/2018 à 15:58 :
Déjà l’heure des bilans ? Oui, du point de vue politique, on ressent les relents d’égoïsmes et de prétentions nationalistes de toutes sortes. A croire que le dérèglement climatique à décongelé les politiques les plus réactionnaires, ceux qui sont restés accrochés aux fondements des siècles passés, « je commande donc je suis », en lieu et place du « je participe à l’édifice commun, donc nous sommes ».
Quand à l’économie, elle ne change pas, par nature expansive et conquérante.
Il reste en effet l’aspect social, ou sociétal, dépendant autant du politique que de l’économique et qui par la faute de manque de convergence des deux, a du mal à émerger. Un chemin long et difficile, mais faisable.

Plus expéditif, le remède qui consisterait à laisser tomber l'UE, serait bien pire que le mal. Un abandon de causes communes, laissant place à une concurrence intra-européenne autodestructrice. Les écarts de revenus, d'avancées technologiques, de modèles démocratiques et sociaux seraient pires encore, laissant à chaque populiste national, régional ou cantonal, le soin de créer un monde figé et moisi par l’enfermement.

Peut-être, comme une entreprise qui grandit trop vite, avons-nous été trop expansifs et intégré des participants peu adaptatifs, peu collaboratifs, voire immatures, puisque au lieu de travailler ils passent leur temps à dire que tout est de la faute des autres. Il n’existe que deux solutions (trois avec la rupture conventionnelle), soit ils sont en capacité d’évoluer, soit il faut réduire la taille de l’entreprise et se concentrer sur le cœur de métier.
Dans un contexte conflictuel ou par prévention, on peut y inclure le militaire, Mais si jamais nous perdions la cohésion économique et politique, il aurait tôt fait d’être réduit à l’impuissance par manque de ressources. Comme le disait récemment un intervenant dans une émission radio, un pays européen seul représente une poussière à l’échelle des grandes puissances économiques mondiales.

Ce que des groupes privés ont réussi à l’échelle mondiale, à l’aide du collaboratif et de la diversification, serions nous incapables de le réaliser à l’échelle européenne ? Une question qui en appelle une autre. En cas de perte du sens commun, de pertes de repères, de concessions sur les libertés et de soumissions aux moindres faits divers, ne risque t’on pas de précipiter la fin de notre propre civilisation ?
Étonnant qu’avec autant de richesses et diversités culturelles, d’avancées sociales, avec autant d’expertises, d’ingénierie et d’innovation, autant de richesses accumulées, de terres fertiles en partie préservées, … au final nous serions victimes de quelques vulgaires bonimenteurs prêcheurs d’égoïsme ? Cet ostracisme politique risque d’entrainer l’économique dans sa chute. Une contradiction d’autant plus étonnante quant elle vient de pays qui ont pendant des siècles prospéré grâce aux opportunités de négoce qu’offrait l’ensemble du bassin méditerranéen et au delà.
Tout le monde a à y perdre, autant politiques qu’économique, à laisser proliférer ceux qui ne proposent rien et qui ont trouvé comme seule justification quelques boucs émissaires, de malheureux réfugiés fuyant des champs de bataille. En plus de l’Europe, il nous incombe aussi de participer à la stabilisation du continent africain. Non pas en y vendant des armes ou en bombardant au hasard des conflits, mais en y apportant de quoi permettre leur propre développement et en veillant à la stabilité. On sait maintenant que l'on ne pourra y décalquer un quelconque modèle que nous avons-nous-mêmes mis des siècles à bâtir, mais au moins pourrait on, de manière concertée, prévenir les dérèglements géopolitiques et lutter contre les extrémismes de toutes sortes.

Un modèle à inventer ? Non il existe déjà et il suffit de le perfectionner et de le réguler. Que la régulation ne plaise pas à tous c’est logique elle demeure néanmoins indispensable pour maintenir des équilibres. L’équilibre écologique fait aussi partie des impératifs de l’UE. Elle fixe des objectifs et prend des mesures qui vont dans le bon sens, parfois trop lentement, parfois parasitée par les lobbies, mais on sent une conscience commune et une volonté de mieux faire. On peut parier que chaque pays ne ferait pas mieux individuellement. Cela nécessitera de réduire la voilure de l’expansionnisme économique, mais c’est peut être dans cette période que l’on peut concevoir l’organisation d’un avenir plus raisonnable et durable.
a écrit le 15/09/2018 à 11:49 :
L'Europe c'est bâtie , sans les peuples dans des réunions de bureaux à Bruxelles . Tous les pays ne se ressemblent pas et les cultures diffèrent , comment pouvait-il en être autrement .La plupart des décision ont été imposées , car ils avaient peur que les peuples disent non justement sur les points de discordes où l'on arrive maintenant , les contrôles transfrontaliers , l'immigration de masse, l'Euro trop élevé en adéquation avec les plus parts des économies de l'Est et du sud qui se vident tout doucement de toute possibilité de croissance , pour eux n'existe que l'austérité au profit de certains pays du Nord qui amassent des plus values considérables .
a écrit le 15/09/2018 à 2:28 :
L'Europe est comme une cocotte minute sur le gaz. Tant qu'il y a de l'eau a l'interieur ca va.
a écrit le 14/09/2018 à 21:17 :
C’est normal : L’Europe des nations est comme une colocation à 28 où quasiment chacun a un droit de véto.

Comment voulez-vous mener à terme quoi que ce soit ?

La seule solution viable est une sorte d’Etat-nation européen.
Réponse de le 15/09/2018 à 12:17 :
Oui! Construire un nouveau nationalisme sur les décombres des anciennes pour ensuite décentraliser en 28 régions?

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