"L'Europe : ni un État ni un empire" Plus qu'un État, plus qu'un empire ?

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Cyrille Schott.
Cyrille Schott. (Crédits : DR)
OPINION. Jean-Dominique Giuliani, le président de la fondation Robert-Schuman, a publié dans la presse nationale, il y a peu, un article intitulé "L'Europe : ni un État ni un empire". C'est très juste. Poursuivons la réflexion. Par Cyrille Schott, préfet (h.) de région, ancien directeur de l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), membre du bureau d'EuroDéfense France.

L'Europe n'est pas un empire. Le dirigeant d'un pays enfermé naguère derrière le rideau de fer a osé la comparer à l'empire soviétique. C'est faux ! L'Union européenne n'enferme pas les peuples. Ceux qui veulent la quitter le peuvent. Si le Royaume Uni peine tant à le faire, ce n'est point parce que l'Europe le lui interdit, c'est parce que ce retrait a un terrible coût, celui de la perte des fruits abondants que porte la solidarité des nations au sein de l'Union.

L'Europe a la taille d'un empire, mais n'est pas un empire. C'est la première fois dans l'histoire qu'un tel ensemble est constitué pacifiquement, dans la liberté et avec l'assentiment des peuples, même si leurs dirigeants ont dû parfois ruser pour poursuivre le cheminement. Les empires étaient jadis forgés par le glaive d'un conquérant. Ce pouvait être un homme, un Alexandre, un César, un Charlemagne, un Napoléon, ou plus récemment un Staline ou un Hitler. Ce pouvait également être l'un de nos pays d'Europe, qui à partir du 16ème siècle ont créé par la guerre les empires coloniaux. Des empires ont, il est vrai, été bâtis plus pacifiquement, par le mariage des princes, ainsi par les Habsbourg, dont l'une des devises était : Bella gerant alii, tu felix Austria nube - Les autres font la guerre, toi, heureuse Autriche, tu te maries !

Notre Europe repose sur la libre volonté des peuples

Ces empires étaient maintenus par un mélange, plus ou moins équilibré, de contrainte et de sagesse des dirigeants, mais ils n'étaient pas fondés sur l'accord des peuples. Ceux-ci faisaient au mieux preuve de résignation, tant qu'ils ne pensaient pas pouvoir échapper à leur prison.

Notre Europe repose sur la libre volonté des peuples, ce qui est un miracle de la paix, d'autant plus remarquable que ceux-ci habitent de vieux pays, enracinés dans l'histoire et qui se sont tant combattus. Il y a certes une fragilité dans cet assentiment des peuples, qui doit perdurer pour que se prolonge le miracle. Songeons toutefois que les empires fondés sur la violence d'un conquérant ou le mariage des souverains se sont effondrés. Cette fragilité, que constitue l'assentiment des peuples, représente paradoxalement la force de l'Union européenne.

L'Europe n'est pas un État. Pas un État unitaire, comme l'est la France, mais pas plus un État fédéral, comme l'est l'Allemagne. Elle est formée d'État indépendants, qui ont mis en commun une part de leur souveraineté, pour être plus forts.

Elle possède des caractères fédéraux, par exemple pour la conduite de son commerce extérieur, où elle est ainsi en mesure de discuter en tant que première économie mondiale avec les États-Unis ou la Chine. Les pays de la zone euro ont créé avec la monnaie unique et la banque centrale européenne un instrument et une institution de nature fédérale et disposent, ce qu'aucune de nos nations n'aurait pu envisager isolément, de la deuxième monnaie de réserve mondiale. Élu directement par les citoyens de l'Union, le Parlement, dont le rôle ne cesse de s'affirmer, met aussi en relief le côté fédéral.

Une organisation mêlée de fédéralisme et d'alliance des nations

D'autres caractères de l'Union sont de nature intergouvernementale. Là, l'accord des État est nécessaire et parfois, comme pour la fiscalité, il doit être unanime. Dans les champs de la sécurité ou de la défense, la souveraineté des États reste la norme, ce qui, au demeurant ne les a pas empêchés d'accomplir des progrès pour la sécurité commune ou des avancées, certes encore insuffisantes, pour la défense

La construction européenne correspond à une organisation mêlée de fédéralisme et d'alliance des nations, elle aussi unique dans l'histoire. Sa marche, jalonnée de crises et de compromis, n'est pas achevée. Elle doit continuer vers plus d'unité. Ou alors, elle avortera. Ce qui est possible. Dans le passé, l'Europe a vécu constamment la tension entre un mouvement allant vers l'unité d'un empire et un autre allant vers l'individualité des royaumes. L'adage du roi de France Philippe le Bel (1285-1314) était : Le roi est empereur en son royaume. Au XIXe siècle, l'Europe pouvait se permettre l'éclatement. Elle avait pris tant d'avance, dans les sciences, les techniques, l'organisation des États, le feu des armées, qu'elle savait dominer le monde, malgré sa fragmentation. Désormais, le monde présente face à l'Europe l'énergie de tant d'États-continents, comme les États-Unis, la Chine, l'Inde, la Russie, que la division et le refus de la puissance signifieront pour ses nations la soumission ou, du moins, la perte de la maîtrise de leur destin. C'est pourquoi, la foi est permise dans la poursuite de ce miracle de la paix, si rayonnant et attractif pour tous ceux qui veulent des quatre coins de la terre le rejoindre, et qui s'appelle l'Europe !

En conclusion, il est permis de se demander si l'Europe ne représente pas plus qu'un empire, car elle est fondée sur la volonté des peuples qui la composent, et pas plus qu'un État, car elle unit des État qui ainsi peuvent surmonter leur faiblesse.

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Commentaires
a écrit le 25/11/2019 à 13:19 :
Quand l'Europe ouvre la bouche, c'est pour bailler." François Mitterrand.
a écrit le 25/11/2019 à 11:40 :
Voilà encore qq' un qui mélange sciemment, à dessein, Europe des coopérations et UE mortifère soumise aux states et incapable d' avancer sans actionner la destruction des nations l' une après l' autre.

Le journaliste Allemand Harald Schumann a enquêté dans plusieurs pays sur les effets de la TroÏka: Union Européenne, BCE, FMI. Gréce, Portugal, Chypre: même constat. La Troïka a plombé les économies, appauvri ces pays, ruiné les populations. Les services sociaux ont été démantelés, les habitants laissées à l'abandon, avec le chômage, les dettes..
"Comment la France va subir le même sort que la Grèce: Troïka inside"

On découvre une Troïka au service des banques et grosses entreprises, et ce au total détriment des populations qui ont été spoliées des richesses qui leur revenaient ou appartenaient.

Un terrifiant constat où on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec la France qui prend exactement le même chemin, car sans nul doute, nous sommes sur cette voie.

Si vous pensez encore que l'Europe va vous apporter l'emploi et la prospérité comme nous le vantait si bien les hommes politiques et journalistes, et si vous ne devez regardez qu'un seul documentaire pour vous convaincre du contraire, regardez celui là,
après s' être fait la main sur la Grèce et le Portugal, l' UE s' attaque désormais à de plus gros poissons..
Upr, Frexit, vite ..
Réponse de le 25/11/2019 à 13:51 :
"Upr, Frexit,vite..." ????
Marre de ces messages de propagande explicites pour un parti politique qui ne représente que 1% de la population et qui rempli ce forum de logorrhée inepte....
a écrit le 25/11/2019 à 11:15 :
L'Europe est évidement bien plus qu'un Empire conquis par la force, c'est un État en construction bâti sur la volonté des peuples, un état démocratique conçu pour le bien du plus grand nombre, un état pacifique bâti sur des siècles de guerres, le berceau de la démocratie et de la civilisation...
Et que les grincheux aillent voir ailleurs si d'autres font mieux !
a écrit le 25/11/2019 à 4:08 :
"Adieu vieille Europe, que le diable t'emporte".
a écrit le 24/11/2019 à 23:05 :
L’Europe c’est comme Mario Bros niveau 1.( un filtre ... pour passer à l’étape 2)
a écrit le 24/11/2019 à 18:20 :
D'accord avec uncle Scrooge.
Que le propos est séduisant. Mais lors du référendum de 2005, la commission de Bruxelles et nos élites bien françaises ont écrasé la libre volonté du peuple Français.
De plus l'Europe, depuis 20 ans est en voie de divergence économique entre le nord et le sud suite à une guerre économique d'une violence terrible. Et maintenant, cette politique mercantiliste arrive à son terme ; après avoir détruit sa périphérie c'est le cœur économique de l'Europe (Allemagne, Pays Bas...) qui dépérit. Même les taux négatifs n'arrivent pas à relancer la machine...
Cordialement
a écrit le 24/11/2019 à 15:05 :
Monsieur Cyrille Schrott, merci pour votre excellente contribution. Vous exprimez en très peu de mots et dans un français impeccable, les fondements de l'Europe, qui est une merveilleuse aventure.
Cordialement
a écrit le 24/11/2019 à 9:53 :
Quand un article cherche a persuader que l'UE de Bruxelles a de l'avenir c'est que l'on est loin de la confiance! L'union des faiblesses, par l’abandon de la souveraineté des peuples, n'a jamais fait une force... mais une union plus faible encore, qui n'a rien a voir avec la liberté individuelle!
a écrit le 24/11/2019 à 9:43 :
"C'est la première fois dans l'histoire qu'un tel ensemble est constitué pacifiquement, dans la liberté et avec l'assentiment des peuples, même si leurs dirigeants ont dû parfois ruser pour poursuivre le cheminement".
Définition du mot ruse dans le Robert : "Moyen, procédé habile qu'on emploie pour abuser, pour tromper."
Tout est dit de la part de ce monsieur.
L'Union Européenne, un machin construit par une poignée d'individu au passé douteux comme Jean Monet, en trompant les peuples.
On l'a vu en 2005 avec les référendum en France et au Pays Bas, en 2008 avec l'Irlande et le traité de Lisbonne.
Quand le résultat des élections ne sont pas pris en compte et quand c'est l'exact contraire qui est appliqué, on appelle cela une dictature.
Réponse de le 24/11/2019 à 10:09 :
Il faut fuir cette dictature ! Ah non y a une taxe sur les billets d'avion, dommage. :-)
Pour faire prendre un médicament (pour le soigner) à un animal, il faut ruser, est-ce le tromper ? Peut-être, sûrement même !! Lui faire prendre un cachet pour de la pâtée, abomination. :-)
Il faut démonter cette invention, qu'on puisse se refaire la guerre comme avant, plus grand monde ne peut parler des affres de ces activités très humaines, étant trop âgés.
a écrit le 24/11/2019 à 9:08 :
L'U-E est une utopie maçonnique comme le fut l'URSS en son temps.
Celui qui a la capacité de saisir l'avenir (la clairvoyance n'est pas accordée aux consciences moralement déficientes)sait que cette utopie sera effacée car non validée par les mondes supérieurs.En dépit de toutes les manigances pour faire perdurer cette utopie destructrice.Les souverainistes font partie du plan machiavélique : le faire valoir -repoussoir...
Le géniteur de la pan-europe, le comte Coudenhove-Kalergy avait une conception régressive de l'Humanité telle que décrite dans Praktischer Idéalismus.
Les nazis ont discrédité Wagner en kidnappant sa musique, étant donné ce qui vient,Beethoven et son superbe Hymne à la Joie seront un jour à réhabiliter...
Le vice de forme principal condamnant cette Europe américanisée:l 'hostilité à l'égard de l'Est européen.Sur les décombres de cet empire de pacotille il faudra reconstruire une Europe européenne.
a écrit le 24/11/2019 à 9:07 :
Belle lettre d'intention mais làs la réalité n'est pas soluble dans la prose lyrique... Cargill Haubourdin a annoncé la suppression de 183 postes jeudi pour cause de concurrence des pays de l'Est... L'Union Européene c'est essentiellement la mise en concurrence déloyale entre les pays à bas coûts et les marchés de l'Ouest a fort pouvoir d'achat, pour le plus grands bonheurs des grands capitalistes... C'est la destruction de pays (Grèce) pour une doxa néolibérale et aucune solidarité de fait (il n'y avait qu'à lire les grands titres des journaux néerlandais ou allemands sur les Grecs, digne de la pire xénophobie). L'Union Européene c'est la paralysie politique d'un continent pour ne pas qu'il fasse de l'ombre aux USA. Avez-vous apprécié les célébrations des Etats Baltes concernant la Waffen SS ? Et confondre dans votre article Europe et Union Européene sert un discours bien compris...

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