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L’industrie française a un besoin urgent de compétences en robotique

Jocelyn Peynet (*)

Publié le 09 octobre 2020 à 13:49 - Mis à jour le 09 octobre 2020 à 13:50

Jocelyn Peynet

Jocelyn Peynet est, depuis 2019, le Directeur France de la société Universal Robots, spécialisée dans la technologie robotique.

La Tribune

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OPINION. Avec une concurrence internationale et une demande des consommateurs plus fortes que jamais, le tout dans un contexte de réindustrialisation de nos territoires, l’automatisation est devenue la clé pour de nombreuses entreprises souhaitant être plus performantes et productives. Mais si l’automatisation fait encore face à des défis économiques, le plus grand obstacle en France demeure celui de la formation et du manque de compétences en robotique, pourtant nécessaires à l’amélioration de nos moyens de production. (*) Par Jocelyn Peynet, directeur France d’Universal Robots.

La France, qui a pendant longtemps eu des réticences à s'intéresser à la robotique, est depuis peu en train de rattraper son retard. Aussi bien du côté du gouvernement, que des industriels ou même des salariés, la prise de conscience est nette : les robots ont beaucoup à apporter. Une plus grande facilité à accomplir des tâches, la possibilité de limiter les activités pénibles et dangereuses, mais aussi une meilleure résilience et un gain de productivité pour les entreprises. En plus de ces bénéfices, il faut rappeler la facilitation de la distanciation sociale liée à la situation sanitaire. Les avantages sont multiples et peuvent contribuer de manière efficace et rapide à la relocalisation de l'industrie en France.

Bien entendu, on ne peut que saluer cette prise de conscience. Les robots sont de plus en plus nombreux dans les entreprises françaises : 42.000 robots installés en France, dont 6.700 nouveaux en 2019, en hausse de +15% par rapport à 2018, troisième pays avec la plus forte hausse dans l'UE ainsi qu'en nombre de robots utilisés ! Les pouvoirs publics, qu'il s'agisse du gouvernement ou des régions, ont lancé de nombreux dispositifs et aides afin de soutenir et d'accélérer l'automatisation et la modernisation des entreprises. Parmi ces dispositifs, on parlera par exemple du dispositif de suramortissement, qui permet à toute PME industrielle achetant un robot de bénéficier d'une défiscalisation équivalente à 40% de la valeur de l'investissement. Mais aussi du Prêt Robotique de Bpifrance, qui permet aux entreprises d'obtenir une avance pour l'investissement dans un robot. Ou encore le Prêt French'Fab Croissance, qui s'adressait spécifiquement aux PME. Mais aider les entreprises à acquérir des robots n'est pas suffisant.

Robot et humain, une relation symbiotique

Car même si les robots se démocratisent lentement mais sûrement, leur utilité dépend en grande partie de la capacité des opérateurs à les utiliser. Les robots sont extrêmement efficaces, mais inutiles sans humain pour les guider. Ce sont les opérateurs qui maîtrisent les process, qui sont au cœur de la production et donc les plus à même de définir les stratégies les plus adaptées pour gagner en productivité. Si les robots sont capables de (presque) tout faire, c'est parce qu'il existe un personnel capable de comprendre leur fonctionnement afin de les programmer, les manipuler, et interagir avec eux, efficacement et en toute sécurité.

La formation, la clé du succès

Comme le souligne la Fédération Internationale de Robotique (IFR), la formation en robotique doit commencer au plus tôt. Les programmes scolaires et de formation doivent être adaptés à la demande de l'industrie en matière de main-d'œuvre pour l'avenir. Il s'agit de compétences liées à la technique et au numérique, mais aussi des compétences cognitives et de pensée critique. Les pays leaders en robotisation (Allemagne et Corée du Sud notamment) sont des exemples à suivre en matière de formation professionnelle. Au-delà de la responsabilité que porte le gouvernement, ce devoir de formation incombe aussi aux fabricants et fournisseurs de solutions d'automatisation. Ces derniers doivent s'engager à former un maximum de jeunes (en formation initiale) et des professionnels (en formation continue). Sans cela, le potentiel de ces technologies ne sera jamais entièrement exploité.

De même, avoir des salariés formés à l'utilisation et la maintenance des robots décroît massivement le niveau de risque. Si l'automatisation sera dans le futur un ingrédient indispensable à la réussite d'une entreprise, il reste nécessaire de l'encadrer par une équipe formée et compétente en robotique collaborative.

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Des initiatives telles que l'aide exceptionnelle aux employeurs qui recrutent en apprentissage, le financement de formations dans les secteurs stratégiques d'avenir pour les jeunes sans emploi et les pactes régionaux d'investissement dans les compétences sont déjà un premier pas.

La pratique au cœur de l'enseignement de la robotique

Mais, afin d'être pleinement efficaces, ces formations ne doivent pas être seulement théoriques, elles doivent aussi être pratiques et concrètes. C'est pourquoi le contact entre la nouvelle génération de travailleurs et les robots doit se généraliser.

La meilleure manière d'y parvenir est de faire en sorte que les spécialistes de la robotique collaborative (cobotique) nouent des partenariats avec les écoles et centres de formation d'une part, et les entreprises industrielles locales d'autre part. Une triangulaire qui profiterait à tous ces acteurs, et plus globalement à l'économie française.

Les entreprises de robotique - fabricants de robots ou de solutions, ainsi que leurs partenaires - peuvent alors faire appel à leurs experts pour former les professeurs, à distance ou en présentiel. Elles peuvent aussi fournir le matériel robotique aux centres de formation et écoles pour permettre aux élèves de travailler de manière concrète avec un robot.

Initier un cercle vertueux

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Les élèves, gagnant en expérience, deviennent ainsi très vite opérationnels et développent leur employabilité auprès d'entreprises industrielles de leurs bassins d'emplois. Cette main-d'œuvre augmentera l'efficacité des initiatives d'automatisation de ces entreprises en exploitant tout le potentiel de leurs machines, leur permettant d'être plus prospères. Elles seront alors plus enclines à nouer des partenariats avec l'établissement ou le centre de formation local (stage et apprentissage facilités, fourniture d'équipement, etc.) qui gagnera inévitablement en réputation, puisque fournissant des cursus et des formations en phase avec la réalité du terrain. Tout ceci créé un cercle vertueux au sein duquel fabricants, écoles et entreprises se soutiennent les uns les autres pour faire grandir ensemble le potentiel robotique de la France nécessaire au défis posés par une économie automatisée.

Jocelyn Peynet (*)

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