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Automatisation : 375 millions de personnes forcées de changer d'emploi d'ici 2030 ?

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 30 novembre 2017 à 15:53 - Mis à jour le 01 décembre 2017 à 08:51

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Dans une étude, le cabinet McKinsey estime que l'automatisation pourrait avoir des conséquences sur 60% des emplois dans le monde. Face à ces mutations, les experts recommandent aux Etats d'investir dans la formation des travailleurs pour qu'ils acquièrent de nouvelles compétences rapidement.

Selon la dernière étude du cabinet McKinsey, l'automatisation du travail pourrait avoir des conséquences sur une large part de la population active mondiale d'ici 2030. D'après des estimations évoquées dans le rapport intitulé "Emplois perdus, emplois gagnés : l'évolution des forces de travail au moment de l'automatisation", entre 400 et 800 millions d'actifs pourraient être touchés par cette transformation alors que la population active mondiale est estimée à 2,6 milliards selon des chiffres cités dans le document.

automatisation mckinsey
Photo d'illustration (Crédits : statista)

Un graphique de notre partenaire Statista.

| Lire aussi Automatisation : peu de disparitions d'emplois, mais beaucoup d'évolutions

Des transformations majeures

Le monde du travail pourrait être confronté à des transformations majeures. Les auteurs du rapport rappellent dans un premier temps que "la moitié des activités exercées actuellement par les personnes dans le cadre de leur travail pourraient théoriquement être automatisées en utilisant les technologies actuelles". Au niveau des emplois, 60% des postes occupés devraient connaître des mutations entraînant des transformations sur les lieux de travail et des changements pour l'ensemble des travailleurs.

Toutes ces mutations dépendent également d'autres facteurs rappellent le cabinet d'expertise. "Le coût de développement et de déploiement des solutions d'automatisation pour des usages spécifiques sur les lieux de travail, les dynamiques sur le marché du travail (incluant la qualité et la quantité de travail et les revenus associés), les bénéfices réels de l'automatisation et l'acceptation sociale" sont autant de paramètres à prendre en compte.

Compte tenu de l'ensemble de ces facteurs, les experts arrivent à la conclusion suivante : "entre 0 et 30% des heures travaillées globalement pourraient être automatisées d'ici 2030, cela dépendra de la vitesse de mise en place de ces procédés".

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Des conséquences différenciées

L'impact potentiel de l'automatisation sur l'emploi varie beaucoup en fonction de l'emploi et du secteur étudié. Les métiers relatifs à l'utilisation de machine ou la préparation de repas dans les chaînes de restauration rapide par exemple pourraient être rapidement menacés.

"La collecte et le traitement des données sont deux autres catégories d'activité qui pourraient être mieux faites et de manière plus rapide avec des machines."

A l'inverse, l'automatisation pourrait avoir moins de conséquences sur les tâches impliquant du management, nécessitant de l'expertise ou des interaction sociales, "où les machines sont incapables d'égaler les performances humaines". Pour d'autres métiers, McKinsey a exprimé plus d'incertitudes. Les emplois comme "les jardiniers, les plombiers ou la garde d'enfants verront moins d'automatisation d'ici 2030, parce qu'elle sont techniquement difficiles à automatiser et représentent des salaires relativement bas".

Des multiples facteurs

Pour parvenir à de telles estimations sur le nombre d'emplois touchés, les experts du cabinet d'étude ont pris en compte plusieurs paramètres et tendances pour élaborer des scénarios. Voici les principaux facteurs mis en exergue :

  • L'augmentation des revenus et de la consommation dans les économies émergentes pourraient générer la création de plusieurs dizaines de millions d'emplois (entre 250 et 280 millions), notamment dans les pays qui exportent vers ce type d'Etat.
  • Le vieillissement de la population d'ici 2030 pourrait accroître la demande pour des emplois liés à la santé et aux soins. "D'ici 2030, il devrait y avoir au moins 300 millions de personnes âgées de 65 ans ou plus supplémentaires sur la planète par rapport à 2014. [...] Globalement, nous estimons que les emplois liés au secteur de la santé pourraient croître entre 50 et 85 millions d'ici 2030".
  • Le développement et le déploiement des technologies devraient permettre la création de nombreux emplois. "Les dépenses dans les technologies devraient augmenter de 50% entre 2015 et 2030". La moitié de ces dépenses devrait être orientée dans les services d'informatique. Le nombre de personnes employées dans ces domaines est bien inférieur à celui de la santé ou celui de la construction mais d'ici 2030, "nous estimons que cette tendance pourrait créer entre 20 et 50 millions d'emplois globalement".
  • Les investissements dans les infrastructures et le bâtiment devraient permettre de créer entre 80 et 200 millions nouveaux emplois selon les scénarios retenus. Ces postes concernent les architectes, les ingénieurs, les électriciens, les charpentiers et autres travailleurs dans le secteur de la construction.
  • Les investissements dans les énergies renouvelables, comme l'éolien ou le solaire, dans les technologies d'efficacité énergétique, ou dans l'adaptation au changement climatique pourraient créer des besoins en main d'œuvre dans l'industrie, la construction ou l'installation, de l'ordre de "10 millions d'emplois selon un scénario médian et plus de 10 millions dans un scénario élevé".

L'enjeu des nouvelles compétences

Selon des estimations du cabinet de conseil, plusieurs centaines de millions d'individus pourraient avoir besoin de trouver des nouveaux emplois à travers le monde en raison de l'automatisation. Entre 75 millions et 375 millions devraient avoir besoin de changer de catégorie de métier et apprendre de nouvelles compétences. Cela devrait principalement concerner les économies avancées (Un tiers de la population active aux Etats-Unis ou en Allemagne et près de la moitié au Japon).

Face à ces enjeux, McKinsey recommande aux Etats d'investir dans la formation des travailleurs pour que ces derniers puissent s'adapter le plus rapidement possible aux mutations du monde du travail.

" De manière générale, les exigences actuelles en matière d'éducation devraient être plus élevées que celles pour les emplois supprimés par l'automatisation. Dans les économies avancées, les emplois qui requièrent seulement un diplôme du secondaire ou moins vont décliner avec l'automatisation alors que ceux nécessitant un diplôme du supérieur vont augmenter. [...] Les individus, aussi, vont aussi avoir besoin de se préparer à des évolutions futures de leur travail [...] Il y aura une demande pour le travail humain, mais les travailleurs vont devoir repenser des notions traditionnelles liées à leur lieu de travail, leur manière de travailler leur talent et leur compétences qu'ils peuvent apporter dans leur travail".

Outre ces investissements dans la formation, les auteurs du rapport recommandent aux Etats de recourir ou de tester des dispositifs spécifiques comme le revenu universel ou élargir les politiques de salaire minimum.

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>> Lire aussi la tribune de Robert Shiller, prix Nobel d'économie, et professeur à Yale Taxer les robots, ce n'est pas idiot

Grégoire Normand

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