L’ironie du bitcoin

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(Crédits : Benoit Tessier)
En permettant l’échange de valeur par Internet et la suppression des intermédiaires, le bitcoin devait révolutionner les transactions. Mais il y a loin de la théorie à la pratique. Par Christophe Chouard, Université Paris 2 Panthéon-Assas

Ironie : Opposition, contraste entre une réalité cruelle, décevante et ce qui pouvait être attendu. (Larousse)

Initialement, le bitcoin a été conçu comme un moyen d'échanger de la valeur par Internet sans dépendre de quiconque, c'est-à-dire sans avoir besoin de faire confiance à un tiers, intermédiaire, établissement financier ou banque centrale, et ce de manière totalement sécurisée.

« What is needed is an electronic payment system [...] allowing any two willing parties to transact directly with each other without the need for a trusted third party. »
(« Ce dont nous avons besoin, c'est d'un système de paiement électronique qui permette à deux parties de s'engager dans une transaction directement, sans nécessiter de tiers de confiance. »)
(Satoshi Nakamoto, le mystérieux concepteur du bitcoin)

Effectivement, depuis la première transaction du 9 janvier 2009, le bitcoin a démontré sa grande robustesse. Aucun hacker n'a réussi à trouver de faille dans le registre qui contient les enregistrements de toutes les transactions de bitcoins, la fameuse blockchain du bitcoin. Pourtant, malgré cette réussite, au final l'utilisation du bitcoin va à l'encontre de ce pour quoi il a été créé...

Échanger bitcoins contre monnaies fiduciaires n'a pas de sens

À l'origine, le bitcoin a été créé pour permettre aux « citoyens du monde » de s'échanger de la valeur par Internet contre des biens et services. Il devait être un moyen de faire du troc tout en s'en affranchissant totalement des monnaies fiduciaires traditionnelles. L'idée était de créer une monnaie universelle qui se suffise à elle-même, un écosystème autonome.

Or en réalité, on assiste à de nombreux échanges entre le bitcoin et les monnaies fiduciaires comme le dollar ou l'euro. Ces transactions sont le cruel aveu que l'écosystème du bitcoin ne prend pas. Le nombre d'acteurs acceptant d'échanger des biens et des services contre des bitcoins est insignifiant. Et les rares qui les acceptent convertissent immédiatement leurs bitcoins en monnaies fiduciaires. En effet, la valeur des biens en monnaie fiduciaire est stable alors que leur valeur en bitcoins fluctue énormément, répliquant simplement les fluctuations du cours de change. Quelle ironie !

On peut objecter que les monnaies fiduciaires s'échangent quotidiennement entre elles sur le marché des changes, du fait de l'importance des importations et exportations de biens et services entre agents économiques de différents pays. Du coup, on pourrait considérer qu'il est normal que le bitcoin, lui aussi, s'échange contre les monnaies fiduciaires. En fait, il n'en est rien, car ces échanges sont purement spéculatifs : il ne s'agit pas de la contrepartie d'échanges de biens et de services réels.

La volatilité du cours de change bitcoin-dollar (en bleu) est environ 15 fois plus élevée que celle du cours de change euro-dollar (en jaune).buybitcoinworldwide.com

S'appuyer sur des plateformes pour détenir des bitcoins n'a pas de sens

Le bitcoin a été conçu pour que les citoyens, et non leur banque, possèdent leurs bitcoins. Il a été conçu pour qu'ils puissent transférer leurs bitcoins sans dépendre de personne. Si on connaît son numéro de compte bitcoin et si on connaît sa clef privée associée, alors on est capable d'établir un ordre de transfert de bitcoins de son compte vers le compte de son destinataire. Le système a été conçu pour que chacun puisse le faire tout seul, de manière autonome, sans dépendre de quelque intermédiaire que ce soit, sans avoir besoin de faire confiance à quiconque. De nombreuses applications, appelées « wallet », permettent de le faire depuis son ordinateur ou son smartphone, en toute sécurité.

On a assisté à des détournements de bitcoins par des intermédiaires, Mt Gox étant le plus célèbre d'entre eux. Cette plateforme offrait à des utilisateurs peu technophiles des services de conservation de bitcoins. Que ces intermédiaires aient fraudé ou aient été victimes de fraudes n'est pas vraiment le cœur du problème. La véritable ironie est plutôt d'utiliser les services d'un intermédiaire alors que le système du bitcoin a justement été conçu pour s'en passer...

Le mode de rémunération des administrateurs du registre du bitcoin n'a pas de sens

Le bitcoin repose sur sa blockchain, c'est-à-dire sur sa base de données, son registre dans lequel est enregistré tout l'historique des transactions de compte à compte depuis l'origine. Ce registre a besoin d'être mis à jour en temps réel. Cette mise à jour est effectuée par les fameux « mineurs » qui ne sont autres que des administrateurs de bases de données.

Or, en échange du service de mise à jour du registre qu'ils rendent à la communauté, ces administrateurs sont rémunérés... en bitcoins créés ex-nihilo ! Quelle ironie de constater que cette rémunération ne coûte rien à personne, même pas aux bénéficiaires du service ! Pas étonnant que le bitcoin ait pu être qualifié de « serpent qui se mord la queue », de fraude, ou de pyramide de Ponzi !

Et demain ?

En dehors des pays en développement ou à gouvernance non structurée, vouloir se passer (et espérer pouvoir se passer) des monnaies fiduciaires est une utopie. La monnaie constitue un lien entre les citoyens d'une nation. C'est ce qui les unit, parce que c'est ce qui leur permet d'échanger des biens et des services, de faire du troc. L'état institue la monnaie fiduciaire comme moyen de paiement légal que personne n'a le droit de refuser. L'état utilise la monnaie fiduciaire comme moyen de lever l'impôt et de faire fonctionner les services publics. La monnaie fiduciaire est basée sur la confiance en l'état. Vouloir s'en échapper en lui préférant une monnaie virtuelle hors de tout contrôle, qui échappe à l'impôt, c'est vouloir utiliser les services publics sans y contribuer. Plutôt déloyal...

En revanche, un crypto-euro échangeable contre des euros à parité fixe d'un pour un a de l'avenir, car les services qui y seront associés, à savoir la rapidité et la sécurité des paiements directs entre citoyens, sont attrayants. Partout où il est nécessaire d'accéder facilement un historique de données et de les mettre à jour en temps quasi-réel et en toute sécurité, la technologie blockchain est également prometteuse. Bien entendu, pas besoin de monnaie virtuelle pour rémunérer les administrateurs de telles blockchains : des crypto-euros conviennent parfaitement... Sans ironie aucune !

The Conversation ______

 Par Christophe ChouardPAST en Finance , Université Paris 2 Panthéon-Assas

  La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

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Commentaires
a écrit le 03/05/2018 à 15:08 :
C’est vrai que le Bitcoin a été créé pour favoriser de manière sécurisée, l’échange de la valeur par Internet sans toutefois dépendre de quiconque. Aujourd’hui, pour avoir du bitcoin, il faut passer par un intermédiaire, or le système du bitcoin a justement été conçu pour s'en passer des services de quiconque. C’est une véritable ironie ! Mais bon que faire, car moi, j’aime bien ce nouveau système, car j’achète et vends tranquillement mes bitcoins sur le site Bitcinternational.com et je ne me plains de rien. Mes transactions sont rapides, sécurisées et elles se font dans l’anonymat.
a écrit le 02/05/2018 à 16:46 :
Je pense que depuis lors, le bitcoin a évolué de sa conception originale. Il peut désormais être utilisé selon le bon vouloir de son propriétaire, sans le moindre problème. À force de vouloir toujours prédestiner chaque chose à un ordre particulier, il perd même de sa valeur. C’est pourquoi, en plus d’utiliser le bitcoin pour mes transactions sur Crypto-Logic.com, je compte très bientôt l’utiliser aussi pour l’achat de mes biens mobiliers (navires et actions dans une société).J’attends juste amasser assez de fonds et investir le bon moment.
a écrit le 25/03/2018 à 11:01 :
Je ne fais qu'enfoncer une porte ouverte en écrivant cela, mais effectivement cet article est écrit par quelqu'un qui ne connaît pas le sujet.

À noter que l'article d'origine, sur "the conversation", je ne l'ai jamais trouvé. Le lien vers "l'article original" ne fait que pointer vers la page d'accueil du site, et le moteur de recherche ne permet de retrouver l'article.

Ainsi, il est impossible de savoir si c'est l'article original a été écrit par M. Chouard (et s'il était en anglais, était il traduit par la rédaction de la tribune) ou si l'article d'origine a été écrit par une autre personne et s'il était en anglais s'il a été traduit par M. Chouard.

Ça change tout, dans le premier cas, c'est M. Chouard qui se repose uniquement sur ses connaissances en finance pour écrire un article peu voire pas du tout documenté sur le bitcoin.
Dans le second cas, il ne se fait que le porte-parole de l'auteur principal et n'est donc pas censé vérifier les arguments formulés par l'auteur.

La plupart des inexactitudes de l'article ont été soulignées dans les autres commentaires, inutile d'y revenir.

Il y a cependant des vérités dans cet article, ce qui est lié à la finance semble exacte : par exemple, échanger des cryptomonnaies contre des monnaies Fiat est effectivement un contre-sens. C'est la preuve que le système du Bitcoin n'est pas encore assez mûr. Mais dire qu'il n'est utilisé que pour ça n'est pas vrai. Avant de servir pour la spéculation, le bitcoin servait à faire des achats sur internet. Certes des achats pour la plupart illégaux (mais une monnaie non contrôlée sert forcément dans un premier temps à ceux qui fuient le contrôle). C'est d'ailleurs la facilité de cette utilisation qui en a fait le succès, qui a amené plus d'utilisateurs, et donc la spéculation, qui nous amène à la bulle, etc.

Pour la fin de l'article, concernant une monnaie crypto-euro (qui existe déjà, pour info), c'est renier purement et simplement le principe de base du bitcoin, que vous rappeliez pourtant en début d'article. Là c'est vous qui vous mordez la queue.

Bref, si le seul but de ce billet était de faire l'article régulier sur le bitcoin pour remonter dans les résultats de recherche des agrégateurs de fil d'actu, le but est peut-être atteint.
Si par contre le but était de faire avancer la réflexion sur cette technologie, c'est raté, ça ressemble plutôt à un éditorial ou un billet d'humeur, qui dans ce cas n'a pas besoin d'être justifié.

Il ne suffit pas d'être quelqu'un de respecté dans son domaine de prédilection pour que ses écrits soient fiables dans les autres domaines.
a écrit le 21/03/2018 à 13:09 :
Les abonné(e)s de la tribune paye pour ce genre d'analyse ? mazette ....
a écrit le 20/03/2018 à 23:43 :
"S'appuyer sur des plateformes pour détenir des bitcoins n'a pas de sens" : certes...sauf que 2018 est synonyme de l'arrivée massive des échanges DECENTRALISES...Tout comme le Bitcoin repose sur la décentralisation , les échanges le seront également...et oui on n’arrête pas le progrès !...Sans parler du Lightning Network pour des micros échanges...Votre article soulève des questions légitimes mais celles ci ont déjà toutes des réponses...
a écrit le 19/03/2018 à 23:00 :
"ces administrateurs sont rémunérés... en bitcoins créés ex-nihilo ! Quelle ironie de constater que cette rémunération ne coûte rien à personne"
Bah bien sûr, le processus de minage du Bitcoin ne coûte rien du tout, c'est ben connu.
Réponse de le 20/03/2018 à 11:41 :
Le processus de minage coûte extrêmement chère si vous le saviez donc c’est normal que les mineurs soit renumeré sinon il ferait tous à perte encore un article basé sur rien.
a écrit le 19/03/2018 à 10:04 :
"Le bitcoin échappe à l'impôt"

???

Manque de connaissance ou mauvaise foi éhontée !

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