La bourse révèle le décrochage de l'Europe face aux Etats-Unis

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la bourse révèle le décrochage de l'Europe face aux Etats-Unis

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On assiste depuis la crise de 2008-2009 à un véritable décrochage des bourses de la zone euro par rapport aux indices américains. Il suffit de comparer l'indice Stoxx de la zone euro à l'indice S&P 500, pour prendre la mesure du mouvement. Et l'ampleur comme la datation du décrochage sont encore plus visibles lorsque l'on rapporte les deux séries. Alors que les marchés européens étaient largement au diapason de la bourse américaine, jusqu'en 2008-2009, avec une érosion lente néanmoins des valeurs européennes par rapport aux valeurs américaines, l'histoire s'est brutalement emballée dans la dernière décennie.

Rachats d'action par les entreprises américaines

On pourrait penser en première analyse, que des fondamentaux simples expliquent cette divergence. Le potentiel de croissance européen a été fortement pénalisé par la rigueur et par une démographie qui marque le pas. La crise a durablement érodé la productivité et la profitabilité des entreprises. Expliquant la médiocre performance des titres européens. Sur ces différentes dimensions, les Etats-Unis surclassent l'Europe. Mais cette explication est insuffisante. Les infléchissements sont de même ampleur de part et d'autre de l'Atlantique. Les écarts que l'on observe aujourd'hui sont ceux que l'on observait déjà au cours des années 90-2000. Un surcroît de rythme de croissance de l'ordre de
1 point à moyen terme, en faveur des États-Unis, après comme avant crise. Sur fond le freinage démographique plus prononcé en Europe et de productivité molle. Difficile sur cette base macro-économique d'expliquer le décrochage européen. D'autant que la profitabilité des entreprises européennes, appréciée sommairement ici à travers les taux de marge, a fait preuve de résilience, comme de l'autre côté de l'Atlantique.

Derrière cette divergence, il y a certes le caractère massif des rachats d'action aux États-Unis, pratique sur laquelle les entreprises américaines ont consacré plus de la moitié de leurs bénéfices depuis 2010. Cette pratique demeure de bien plus faible ampleur en Europe.

Pas de géants du digital en Europe

Mais il y a surtout en arrière-plan de véritables causes structurelles, qui apparaissent au grand jour lorsque l'on observe de plus près les valeurs boursières par grands secteurs. L'écart Europe/États-Unis se crée en fait depuis 2009 sur deux grands secteurs : le secteur médical, lequel intègre les géants de la pharmacie, et surtout le vaste secteur des technologies de l'information, qui contient les géants du digital notamment. A contrario, Europe et États-Unis font quasiment jeu égal sur l'industrie classique.

La divergence des indices boursiers, sanctionne finalement ce que l'on sait déjà. L'Europe a su construire des groupes industriels robustes efficients dans les secteurs matures. Et c'est sur ce créneau aujourd'hui qu'elle bâtit sa puissance commerciale. Elle n'a pas su en revanche se positionner sur les secteurs de rupture, moteurs de la croissance de demain. Elle joue les seconds rôles dans le numérique, dans la périphérie des GAFA. Et l'écart de valorisation dans la santé, là où se joue la course aux bio et nanotechnologies, deuxième enjeu décisif de la compétition technologique, surligne à nouveau la difficulté européenne à engager des investissements massifs et coordonnés, lui permettant d'occuper une position de leadership.

Le décrochage Boursier européen est finalement le juste reflet d'un continent adaptatif, efficace sur les secteurs matures, mais qui ne se met pas en position de rafler la mise sur les nouveaux secteurs stratégiques, pivot de la création de valeur contemporaine et future.

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Commentaires
a écrit le 07/06/2019 à 10:33 :
on a vu en 2000 et 2008 ce que cela donne, la bourse US. rien n'a vraiment changé depuis. on voit notamment qu'ils mettent sur le marché des tas de boîtes (de gadgets) qui ne sont/ne seront pas profitables.
je sais pas si les GAFA et autres créent de la valeur. ce sont de vulgaires intermédiaires ou diffuseurs de pubs/spam. Amazon n'est qu'un grand magasin qui fait de la vente à distance (ça existe depuis le 19e siècle). on a vu ces jours-ci dans la presse anglo-saxonne des articles sur Google et autres dont plus de la moitié des travailleurs sont des précaires/contractants indépendants mal payés et avec peu de protection sociale. il y a aussi les articles sur ces petites mains qui dorment dans des autos/camions à cause du coût exorbitant du logement.
noter, par ailleurs, que le nombre d'entreprises cotées aux US a diminué de moitié sur les 20 dernières années. les secteurs d'activité sont toujours plus concentrés.
a écrit le 07/06/2019 à 9:07 :
LA puissance politique européenne est tellement forte que chinois et américains ont prit notre continent comme champ de bataille.

Vraiment désespérant

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