LA CHRONIQUE DE SOPHIE IBORRA - « Les femmes mettent souvent un mouchoir sur leurs maux » (Mélanie Doutey)
Par Sophie Iborra

La chronique de Sophie Iborra, Les Héritières.
LTD/DR ; Sylvia Galmot
Par Sophie Iborra

La chronique de Sophie Iborra, Les Héritières.
LTD/DR ; Sylvia Galmot
Héritière d'une passion familiale pour le théâtre et le cinéma, la fille du couple de comédiens formé par Alain Doutey et Arièle Semenoff incarne, depuis près de vingt-cinq ans, la diversité mais aussi l'adversité de la vie des femmes, avec finesse et brio.
Malgré une sensibilité évidente à la condition des femmes, l'actrice et comédienne ne se définit pas pour autant comme une militante. Pudique, d'un naturel discret, elle se méfie comme de la peste d'une trop grande exposition médiatique. À l'ère des réseaux sociaux, où chaque mot pourrait être « mal interprété ou, pire, détourné », elle se protège.
L'actrice sait aussi que la notoriété peut aider à changer les mentalités et à faire bouger les lignes. Quand elle accepte notre rencontre, c'est avant tout pour parler de son engagement en faveur du cœur des femmes. Il y a près d'un an, elle fait la connaissance de Martine Gilard, professeure en cardiologie et membre du bureau de la fondation Cœur et recherche, dont Mélanie Doutey est aujourd'hui l'ambassadrice. « J'ai découvert qu'en France 200 femmes meurent chaque jour de maladies cardio-vasculaires », s'émeut-elle.
Lors d'une vente aux enchères organisée afin de mobiliser des fonds pour la recherche, la spécialiste du cœur lui apprend que les erreurs de diagnostic sont monnaie courante dans la prévention des accidents cardio-vasculaires chez les femmes. Serait-ce lié à la faible prise en compte des disparités liées au sexe dans le système de santé ? La réponse est positive, comme l'attestent tous les travaux de recherche de la fondation qu'elle représente avec beaucoup d'implication.
À ce constat, elle ajoute celui de la prise en charge tardive des femmes présentant des symptômes d'accidents cardio-vasculaires, qui réduit considérablement leurs chances de s'en sortir. Apprendre à réagir dès les premiers signes est un réflexe qui ne va pas de soi car, selon la comédienne, « les femmes écoutent beaucoup les "bobos" des autres en mettant un mouchoir sur leurs maux » : « Il faut qu'elles s'écoutent. » Mélanie Doutey serait-elle une fervente défenseuse de la cause des femmes qui s'ignore ? Ce qui est sûr, c'est que, quand elle aborde le sujet des violences faites aux femmes et de MeToo cinéma, elle n'hésite pas à déplorer une situation qui dure depuis trop longtemps : « Trop de choses sont encore permises dans notre société comme dans le milieu du cinéma [...], certaines personnes ne devraient pas être autorisées à prendre la lumière. »
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Bien sûr, pour elle, continuer à libérer la parole est indispensable. « J'admire [le] courage [de celles qui s'expriment] et je les encourage à parler pour toutes celles qui n'osent pas ». À propos des comportements toxiques, des disparités de salaires (« scandaleuses ») ou encore des injonctions à la jeunesse, la comédienne précise que cela n'est pas réservé aux actrices mais concerne, peu ou prou, toutes les femmes. « Passé un certain âge, on a toutes du mal à se voir en photo [...] mais c'est vrai que le métier d'actrice nous le renvoie en pleine gueule », ironise-t-elle.
À 45 ans, même si elle n'aime pas beaucoup regarder en arrière, elle admet que ses choix artistiques ont souvent été guidés par l'émotion que lui procurent ces rôles de femmes complexes, profondes ou abîmées par la vie : « Tous ces personnages m'ont toujours touchée en plein cœur. » Des rôles de femmes puissants et bouleversants, mais aussi, et surtout, des rôles de mères. Tantôt rivale dans la série télévisée L'Intruse (prévue pour 2025), tantôt dépressive dans Post partum de Delphine Noels, mère battue dans le téléfilm de son amie Alexandra Lamy Touchées ou encore mère iconique et féministe du petit Marcel Pagnol dans Le Temps des secrets de Christophe Barratier. L'éducation de sa fille, Ava, âgée de 15 ans, fruit de son union avec l'acteur et réalisateur Gilles Lellouche, lui rappelle combien il peut être compliqué d'être une mère. « C'est difficile de trouver la bonne place, la bonne distance, les bons mots ; les mères me touchent. »
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Par Sophie Iborra