La confiance des Français dans nos institutions économiques dépendra de notre capacité à dialoguer avec eux

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(Crédits : Benoit Tessier)
OPINION. Les crises sont propices au doute. Et la période actuelle ne déroge pas à la règle. Globalement, les Français doutent de notre capacité collective à lutter contre la pandémie, de l'efficience des stratégies sanitaires - françaises, européennes et même mondiales - mises en œuvre pour en sortir, voire des atouts de notre pays à surmonter les dégâts économiques que la Covid génère. (*) Par Olivier Garnier, directeur général en charge des statistiques et des études économiques internationales ; et Fabrice Hermel, directeur de la communication - Banque de France.

Le doute qui s'installe à tous les étages de la société fait le lit d'un autre fléau, celui de la défiance. Mortifère pour la démocratie, cette défiance étend son ombre à de nombreux acteurs, organismes et institutions de la République qui, reconnaissons-le, ont trop tardivement perçu la transparence et la pédagogie comme des nécessités. Or, ces nécessités se sont aujourd'hui muées en impératifs. Les banques centrales n'y échappent pas.

 Elles ont pu, elles aussi, être critiquées dans le passé pour leur manque de communication à l'égard des citoyens. La Banque de France en prend sa part, même si elle s'efforce depuis plusieurs années de conjuguer ouverture, dialogue, transparence, pédagogie et transmission. De cela seul peut résulter la confiance. Confiance dans notre monnaie, dans notre économie, dans notre système économique et financier. Confiance en nos experts, en leurs analyses et leurs projections. La confiance ne se décrète ni ne s'impose : elle se gagne, elle se mérite, elle s'entretient.

 Il y a peu encore, l'image des banques centrales se résumait à des coffres forts. On ne voyait pas de bonne raison pour informer le public. C'était oublier que l'une de nos missions, c'est la stabilité de notre monnaie commune, donc la solidité de notre système économique. Dans un monde de plus en plus complexe, où désinformation, sur-communication et raccourcis sont légion, il est plus que jamais essentiel d'écouter les Français, d'expliquer notre action au service de nos concitoyens, leur donner les clés de compréhension lorsqu'ils ne savent plus où trouver l'information fiable.

Comprendre, c'est déjà partiellement adhérer...
Et adhérer, c'est déjà décider

Pour cette raison, communiquer n'est plus une option. A la Banque de France, nous bénéficions de ce capital confiance, l'institution se situant parmi celles auxquelles se fient le plus les Français : d'après un sondage GMV réalisé en 2018, 58% des Français connaissent nos missions et nous font confiance, contre 36% en 2016. Nous avons conscience qu'il ne s'agit pas d'un crédit illimité, encore moins inépuisable. Notre crédibilité doit aussi beaucoup à notre indépendance Pourtant s'il y a bien eu une (r)évolution récente dans la conduite de la politique monétaire, dans la compréhension du rôle des Banques centrales, c'est précisément celui du rôle de la communication, de l'ouverture.

Ouvert, parce que le maitre mot de demain doit être la conversation : d'une part expliquer, dialoguer avec le public, les médias, les marchés et les autres parties prenantes, intéressées et influentes. Et, d'autre part, entamer cette démarche modeste mais néanmoins cruciale qui vise à écouter, partager plutôt qu'asséner, imposer, dicter. En cohérence avec les actions de la Banque centrale européenne (BCE), la Banque de France va pour la première fois rencontrer les Français dès le début de l'année prochaine et sur tout le territoire. Nous avons la responsabilité de nous adresser plus directement à toutes et tous. De leur délivrer les clés de compréhension d'un monde qui se complique, en langage clair, exempt de jargon.  Ce qu'ils en feront, ou ce qu'ils en jugeront relève de leur liberté individuelle. Mais face à l'interrogation économique et sociale croissante, il nous appartient de leur permettre de décrypter et par là même de mieux comprendre la situation de notre pays.

En République il n'y a que des citoyens à égalité. Dans cette période troublée, nous serons - naturellement - aux côtés de chacun d'entre eux, pour éclairer le chemin et avancer, ensemble, grâce à une influence réciproque, notre plus important rempart contre la défiance. »

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Commentaires
a écrit le 21/12/2020 à 15:13 :
Seul les doutes provoquent les crises et durant ces moments là, chacun compte sur ces propres moyens! Le collectif éclate jusqu'au retour de la confiance!
a écrit le 21/12/2020 à 12:14 :
"Les crises sont propices au doute" et l'inverse est aussi vrai! C'est là, que l'on s'aperçoit qu'il ne faut compter que sur soi même pour revenir sur des bases saines et réelles!
a écrit le 21/12/2020 à 11:50 :
Le problème est qu'une révolution lente mais puissante s'est mise en place du fait d'internet faisant que nous avons de plus en plus sous les yeux les multiples dysfonctionnemnt de nos dirigeants et les conséquences désatreuses sur notre société.

Moi le réchauffement climatique, j'espérais vraiment comme le disait les climatosceptiques que c'était n'importe quoi, ben finalement des climatosceptiques il n'y en a plus, plus de budget pour ça, visiblement l'effondrement était bel et bien prévu difficile de conclure autrement.

100 entreprises qui produisent plus de 70% des GES, c'est tout et pourtant ils en produisent toujours plus. Du fait de notre "ultra information" nous dépassons de ce fait la méfiance à l'égard de notre système économique pour l'élargir à l'ensemble du système, et tout ceci en 4k et HD.

Et ces idiots continuent de nous dire que c'est pas leur faute à eux mais vraiment pas hein ! ^^

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