La croissance française subit la menace terroriste

En dépit du discours ambiant qui se veut rassurant sur les perspectives de l'économie française, les attentats qui frappent l'Hexagone risquent d'entacher durablement le moral des ménages et avec lui leur niveau de consommation. La croissance du deuxième trimestre en a déjà fait les frais. Il en sera de même pour celle du troisième trimestre habituellement tirée par les bons résultats du secteur du tourisme. Par Stéphanie Villers, économiste, Humanis
(Crédits : DR)

La France va mieux. Économistes et hommes politiques s'accordent pour nous dépeindre le verre à moitié plein depuis le début de l'année. La reprise est là, l'activité progresse, encore un peu de patience et l'amélioration sera perceptible par tous. Mais voilà, la croissance du deuxième trimestre est tombée à 0% après une hausse de 0,7% du PIB au premier trimestre. Il n'y a donc eu aucune progression d'un trimestre sur l'autre en 2016.

Michel Sapin, Ministre des finances, évoque « un chiffre décevant » laissant entendre qu'il ne s'agit vraisemblablement qu'un léger passage à vide. La croissance devrait donc automatiquement se rattraper dans les prochains mois. Pour autant, pourquoi ce trou d'air alors que l'Euro 2016 de football aurait dû doper les dépenses des ménages et surtout, alors que l'Allemagne, son principal partenaire, a enregistré sur la même période une hausse du PIB de 0,4% - soit une progression de 3,5% sur un an, son rythme le plus élevé depuis cinq ans ?

La consommation pénalisée

Une analyse en détail du PIB nous montre que la consommation des français a calé par rapport au trimestre précédent (0%) après avoir enregistré une hausse de 1 ,2% sur les trois premiers mois de l'année. Par ailleurs, si on regarde l'historique de ces données, on s'aperçoit que les dépenses privées sont restées atones sur les deux derniers trimestres 2015.

En d'autres termes, ce n'est peut-être pas tant le chiffre de consommation du second trimestre 2016 qui détonne avec les performances précédentes, que celui du premier trimestre qui fait belle figure dans un contexte global plutôt morose. Or, rappelons que la consommation des ménages est le principal moteur de la croissance française. Alors comment expliquer cette composante en panne ? Le taux de chômage élevé demeure le frein majeur à l'envie de dépenser.

Mais depuis deux ans consécutifs est venu se greffer un nouveau paramètre qui pénalise durablement la croissance économique française. En effet, les risques d'attentats ne peuvent être sans conséquences sur le moral des ménages à long terme et, de facto, sur leur niveau de dépenses. Les chiffres de consommation le prouvent. Les dépenses des ménages auraient dû être stimulées par les effets positifs attendus de l'Euro2016. Mais, l'état d'urgence décrété a, semble-t-il, freiné leurs projets d'achats. L'INSEE explique que, « le repli de la consommation des ménages en services provient d'un contrecoup après l'achat des billets de l'Euro 2016 de football au premier trimestre, et d'un infléchissement des dépenses en hébergement-restauration ». Il y a donc bien eu un effet positif de l'événement sportif mais il s'est cantonné aux trois premiers mois de l'année, piètre réconfort compte tenu des dépenses qui lui ont été consacrées.

Les derniers évènements tragiques de Nice et de Rouen sont venus rappeler que la menace ne concernait pas uniquement les capitales européennes mais que l'Hexagone dans son ensemble était menacé. Les attentats qui ont frappé la France risquent de nouveau de déprimer les consommateurs français et de décourager les touristes étrangers. On peut d'ores et déjà anticiper de piètres performances pour le troisième trimestre. La croissance va pâtir de ces attaques impactant directement le secteur du tourisme. Ce dernier représentait 7,4% du PIB en 2014. La France demeurait jusqu'à présent la première destination mondiale avec 83,6 millions d'arrivées de touristes internationaux par an.

La menace de répliques change la donne

Néanmoins, selon une étude menée par la World Travel and Tourism Council, le temps nécessaire moyen à une destination pour retrouver son niveau d'activité touristique est évalué à 13 mois après une attaque terroriste, contre 24 mois après un désastre environnemental et à 27 mois suite à des troubles politiques. Mais, les études empiriques menées d'un pays à un autre donnent des résultats hétérogènes. Ainsi, d'après l'office de Tourisme et des Congrès de Paris, aucun impact significatif n'a été constaté sur les nuitées hôtelières à Madrid suite aux attentats de mars 2004. Même constat pour ceux de Londres en juillet 2005. Par contre, l'impact a été brutal aux Etats-Unis après le 11 septembre avec une chute de 52% des visiteurs étrangers à New York et 22% des visiteurs nationaux durant le trimestre qui a suivi. Mais, la reprise a été rapide, constatée dès mars 2002, grâce aux touristes nationaux qui constituent la majeure partie des touristes (83%).

En ce qui concerne l'hexagone, deux questions se posent. Les français vont-ils prendre le relais des touristes étrangers qui auront tendance à bouder la destination France ? Par ailleurs, le risque de nouvelles répliques d'attentats, déjà annoncées par les autorités publiques, ne sont-elles pas de nature à changer structurellement le comportement des agents économiques? Les touristes résidents représentent les deux tiers du tourisme en France. Enfin, reste à anticiper la résilience des français face à des attaques terroristes qui affectent l'ensemble du territoire et qui risquent de se reproduire. On note que l'impact à court terme des attentats du 13 novembre 2015 a été plus marqué que celui des attentats de janvier 2015. En d'autres termes, les séquelles risquent d'être de plus en plus marquées si les attentats deviennent récurrents.

Ainsi, la très forte probabilité de répliques terroristes change la donne. Les effets négatifs d'attaques ponctuelles qui sont effacés en un peu plus d'une année risquent de se prolonger sur le long terme tant que la menace perdure. Le budget 2017 prévoit, semble-t-il, d'accroître les dépenses de sécurité, avec la création d'emplois dans la police, la gendarmerie, les douanes. Mais, les marges de manœuvre sont extrêmement étroites pour le Président Hollande qui s'est engagé à ramener le déficit public à 2,7% en 2017. Augmenter les dépenses de la défense et de la sécurité requiert de réduire les dépenses d'autres postes. Un choix politique très compliqué en période électorale. Pourtant, étant donné que rien n'est à attendre du côté de la croissance française cette année à cause de la menace terroriste, il serait judicieux de miser sur la sécurité aux dépens des autres dépenses.

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