La délicate question de la succession de Mario Draghi à la tête de la BCE

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(Crédits : Reuters)
IDEE. Le prochain président de la Banque centrale européenne se retrouvera à la tête d’une institution qui a considérablement évolué depuis 2011. Par Nathalie Janson, Neoma Business School

Dans la foulée des élections européennes, les négociations vont bon train concernant les nominations aux postes clefs des instances européennes : présidences de la Commission, du Parlement, du Conseil, ministère européen des Affaires étrangères et, enfin, présidence de la Banque centrale européenne (BCE).

Pour ce dernier poste, cinq prétendants sont actuellement sur les rangs : en tête de liste, l'actuel président de la Bundesbank, l'Allemand Jens Weidmann, suivi par le Finlandais Erkki Liikanen et le Hollandais Klaas Knot. Un Français est également cité parmi les possibles successeurs : François Villeroy de Galhau, actuel gouverneur de la Banque de France.

Le choix final, qui sera effectué par les ministres européens des Finances réunis en Conseil, va étroitement dépendre de la nomination à la tête de la Commission européenne. En effet, l'Allemagne est en forte attente d'un poste clef au sein des instances européennes. Le résultat des élections européennes du 26 mai dernier laissait présager que Manfred Weber, représentant du Parti populaire européen (PPE), majoritaire dans la nouvelle assemblée du parlement européen, serait le choix légitime, conformément au principe du Spitzenkandidat(tête de liste) qui a prévalu en 2014.

Cependant, Manfred Weber ne fait pas l'unanimité en raison de son inexpérience dans l'action politique. Le président français Emmanuel Macron a notamment exprimé son opposition à sa nomination. Si le président de la Commission n'est pas allemand, il faudra alors sans doute que la présidence de la BCE le soit comme lot de consolation, même si le candidat en lice, Jens Wiedmann, est loin également de faire l'unanimité lui aussi. Ce dernier s'est en particulier toujours opposé à la décision emblématique du « whatever it takes » (« tout ce qui était nécessaire ») pour sauver la zone euro de Mario Draghi en juillet 2012, point de départ des politiques monétaires qui auront marqué son mandat et qui laissent aujourd'hui son successeur dans une situation totalement inédite.

Un héritage lourd à porter...

Lorsque le banquier italien Mario Draghi, par ailleurs ancien vice-président pour l'Europe de Goldman Sachs, arrive à la tête de la BCE en 2011, la taille du bilan est de plus de 2.000 milliards d'euros (une taille comparable à celui de la Réserve fédérale américaine, la Fed). Huit ans plus tard, ce bilan a plus que doublé, atteignant plus de 4 700 milliards d'euros. Entre-temps, la BCE s'est dotée d'un véritable arsenal qui a transformé ses modalités d'action.

Lors de la prise de fonction de Mario Draghi, la stabilité des prix via le contrôle de l'inflation était l'objectif suprême de la BCE. Or, compte tenu de l'absence d'inflation, voire de signes de déflation à l'époque de la crise de la dette souveraine de 2011, cet objectif n'était en aucun cas menacé. Face à l'aggravation de la crise grecque et la crainte d'une contagion de cette crise à d'autres pays de la zone euro, la BCE a donc choisi (contre l'avis de l'Allemagne) d'ouvrir le robinet des liquidités. Elle a notamment instauré un programme OMT - opérations monétaires sur titres - lui permettant d'acheter de façon illimitée les titres souverains d'un pays en difficulté acceptant un plan de sauvetage et leur éviter ainsi la faillite. La BCE a également adjoint à la facilité permanente de prêt aux banques commerciales un dispositif d'urgence, l'ELA (emergency liquidity assistance).

Cet accès à la BCE est uniquement réservé aux banques à court de liquidités mais solvables au sens de la réglementation de Bâle III. Pour réduire l'aléa moral, les banques qui recourent à l'ELA paient une pénalité. Cet arrangement est similaire au discount window de la Fed. Par ailleurs, la BCE dispose depuis sa création d'opérations de refinancement temporaire à long terme - trois mois -, appelées LTRO, qui viennent satisfaire le besoin de liquidité des banques commerciales à un horizon plus long par rapport aux opérations de financement temporaire standard d'une durée d'une semaine.

Cependant, l'utilisation de ces LTROs s'est adaptée aux circonstances et aux besoins. Avec la crise de la dette souveraine, cet instrument a servi tout d'abord à injecter des liquidités sur une durée de 36 mois pour les opérations de décembre 2011 et février 2012 pour un montant non négligeable de 1.000 milliards d'euros. C'était un avant-goût de la politique monétaire non conventionnelle lancée finalement en mars 2015, également appelée quantitative easing (assouplissement quantitatif) qui a inondé une nouvelle fois les marchés de liquidité.

Sans boussole

Aujourd'hui, la BCE a mis officiellement fin à cette politique monétaire non conventionnelle mais elle continue les opérations de LTRO, dernière version en date les TLTROs (targeted longer term refinancing operations) lancées en 2016 et 2017 qui permettent aux banques d'emprunter à des taux bas à condition de prêter à l'économie réelle. Une nouvelle tranche est d'ailleurs attendue en septembre 2019. Ce dispositif s'avère aujourd'hui être une arme puissante et totalement à la discrétion de la BCE en fonction des conditions économiques. De quoi faire pâlir la Fed, qui ne dispose pas de telles armes !

Au regard de la transformation de la BCE pendant le présidence de Mario Draghi, nous sommes en droit de nous demander à quoi pourrait ressembler l'« après Draghi ». Les impératifs politiques laissent penser que le prochain président de la BCE sera sans doute plus représentatif des attentes des pays du nord de la zone euro, réticents quant au recours aux politiques non conventionnelles. Alors peut-on imaginer que l'arsenal mis en place pour résoudre la crise de la dette souveraine européenne soit défait par la prochaine présidence ? Et quelles conséquences peut-on anticiper sur l'économie réelle si les conditions d'accès au crédit se durcissent ?

Douze ans après la crise des subprimes et neuf ans après celle des dettes souveraines européennes, la BCE (comme la Fed d'ailleurs) est dans une position délicate : elle peut se sentir prisonnière de sa politique monétaire non conventionnelle dans un monde où l'inflation semble avoir disparu. Draghi la laisse sans boussole... Une situation aussi délicate qu'inédite. C'est bien pour cette raison qu'il est impératif que le prochain président de la BCE soit le résultat d'un choix éclairé et non d'un marchandage politique !

The Conversation _____

 Par Nathalie JansonÉconomiste & enseignante-chercheure, Neoma Business School

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

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Commentaires
a écrit le 12/06/2019 à 4:41 :
Ce qui manque le plus à l'Union Monétaire c'est l'équivalent du « Internal Revenue Service (IRS) » agence du gouvernement des États-Unis qui collecte l'impôt sur le revenu et des taxes diverses (taxes sur l'emploi, impôt sur les sociétés, successions, etc..) et fait respecter les lois fiscales concernant le budget fédéral des États-Unis. Il fait partie du Département du Trésor. Source: WikipediA.
Et Weidemann n'en veut pas!
a écrit le 11/06/2019 à 6:28 :
Que ce soit pierre paul ou jacques ce sera quelqu'un qui utilisera en vain des théories monétaires dépassées et qui continuera a vendre a la ménagère le rêve d'un objectif de 2% d'inflation, objectif permettant toutes les interventions possibles et imaginables.
Récupérer un ancien de la BoJ nous ferait gagner du temps.
a écrit le 10/06/2019 à 19:18 :
La grande question est comment trouver un homme aussi proche du conseil d'administration de Goldman Sachs ?
a écrit le 10/06/2019 à 10:35 :
A choisir exclusivement parmi les anciens de Goldman-Sachs, Morgan Stanley, Wells-Fargo,...et surtout Lehmann Bros !!!
a écrit le 10/06/2019 à 9:21 :
LA BCE depend trop des hommes politiques ;Faire marcher la planche à billets aussi longtemps n'est pas bon; Nous vivons au dessus de nos moyens ,,,ex de la France un des plus mauvais eleves qui à la pretention de donner des conseils ,,,,,??????
a écrit le 10/06/2019 à 7:34 :
Draghi et tous les brillants économistes qui l'entourent ont commis la même erreur que la FED et la BOJ:
- on ne peut pas sortir des largesses monétaires au bout d'un certain temps et nous y sommes : il n'y a plus d'acheteurs de dettes publiques à part la BCE vu qu'elle a complètement détruit le marché à cause de ses rachats massifs avec de l'argent qu'elle imprime. Quand on achète à n'importe quel prix on fait fuir du marché tous les vrais acteurs privés qui eux ne peuvent pas acheter à n'importe quel prix
- les banques sont désormais dans une situation catastrophique car elles ne margent plus sur le crédit traditionnel, elles sont sous perfusion grâce à la BCE (regardez les cours de Unicredit, Deutche bank, ...)
- cette politique a détruit l'épargne prudente avec des taux ultra bas
- explosion des prix de l'immobilier : augmentation de la dette à ce sujet
- pas de réduction de la dette publique dans les pays qui posaient déjà problème : les taux bas permettent de repousser les ajustements
- les riches deviennent encore plus riches grâce à l'argent facile
- l'euro s'est effondré face au dollar de 1,30 à 1,10: or la monnaie internationale est le dollar

Cette politique a été une catastrophe, mais nous n'avons pas encore vu totalement les effets se matérialiser, cela viendra....
a écrit le 07/06/2019 à 21:47 :
C'est bon, les pays du club Med ont été servis avec les taux 0 de Draghi : un peu de serieux budgétaire maintenant pour réduire les bulles ; vive l'allemagne !
a écrit le 07/06/2019 à 9:49 :
Ca risque de faire débat au moment des Européennes , mais je suis pas sur que les votants comprendront ou est leurs intérêts , et quelle liste leur expliquera ce qui serait bon et quelle politique devra mettre en oeuvre le futur président de la BCE .
a écrit le 07/06/2019 à 8:58 :
Les caisses publiques européennes sont fortement convoitées !

Tu m'étonnes... -_-

Vite un frexit.

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