La diversité, ce n'est pas la charité... c'est la performance !

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OPINION. La diversité n'est ni une obligation, ni une bonne action. C'est un facteur de performance incontournable des entreprises. (*) Par Caroline Flaissier, Directrice Générale ENGIE Entreprises & Collectivités

8 mars 2021 : les années passent, les générations aussi, et nous n'avons toujours pas réglé le sujet de l'égalité des genres en entreprise. La crise du Covid a d'ailleurs révélé la fragilité des avancées récentes, en reléguant bon nombre de femmes au second plan. Et si de vrais progrès ont été faits dans la vie publique et économique, ce fut grâce à des lois, qui ont créé quotas et indicateurs, certes indispensables, mais terriblement stigmatisantes pour les intéressées.

Comme tant de femmes, je ne peux me résoudre à être une « femme quota ». On peut apprécier ou non mon style de management, l'angle de vue différent que je peux apporter, mon obsession de la performance collective ; mais je refuse que l'on mette en avant mon genre, parmi mes spécificités - à charge ou à décharge. Et je rêve que plus aucune femme n'entende ces mots dévastateurs pour la confiance en soi : « Tu as eu ce poste parce que tu es une femme ».

Comme tous les ans, pendant 24 heures, tous les médias parleront de parité. Mais ce qu'aucun ne dit de manière explicite, c'est que l'enjeu est bien plus vaste que le genre : la lenteur des progrès pour rendre notre société vraiment inclusive dessert la performance de nos entreprises et nos institutions.

Durant cette crise sanitaire qui a obligé chacun à se réinventer, j'ai été bluffée par le dynamisme, l'audace, le courage et la détermination des femmes. Au sein de l'entité que je dirige, elles ont su s'adapter et se transformer, menant de front, et sans se plaindre, plusieurs vies à la fois... Engagées auprès de nos clients et des équipes, sur le pont pour la gestion de crise, elles sont restées créatives, efficaces, et innovantes.

Mais soyons honnêtes : quand il a fallu assurer l'école à la maison, s'occuper des plus petits ou juste être à l'écoute des plus grands, quand il a fallu arbitrer au sein des familles entre deux vies professionnelles pour dégager le temps nécessaire au maintien de la cohésion familiale, qui s'y est collé ?

Bien sûr, les hommes ont également été présents dans ces marathons quotidiens. Mais dans cette crise qui a bousculé nos temps de manière inédite, dans ce stress test extrême, nous avons souvent touché les limites de l'élasticité du partage des tâches domestiques, et les femmes ont pris la plus grande part d'une charge mentale démultipliée.

Et sur le front sanitaire, alors ?

Surreprésentées en première ligne (75 % des professionnels de santé, 90 % des aides-soignants et infirmiers), les femmes sont totalement invisibles dans les médias et sur les plateaux télé, où depuis un an défilent des panels d'experts essentiellement masculins, médecins, sociologues, hommes d'affaires...

Beaucoup de femmes sur le terrain, très peu sur le devant de la scène : n'est-ce pas le même constat qu'en entreprise ? Car si la place des femmes progresse, c'est encore trop peu le cas au plus haut niveau. Combien de femmes ont vraiment brisé les « plafonds de verre » ? Combien de femmes dans les comités de direction ? À ce jour encore, une seule femme dirige une société du CAC 40... C'est non seulement injuste ; c'est surtout inefficace. Comment nos entreprises pourraient-elles être performantes si elles ne représentent pas la société ?

En réalité, notre société n'est pas encore vraiment convaincue de ce que la diversité peut apporter. Collectivement, nous n'avons pas encore intégré que le partage des responsabilités ne répond pas qu'à un impératif de justice, d'équité, mais aussi - et avant tout - de performance.

Les équipes mixtes sont plus efficaces, et plus innovantes. La diversité des genres et des backgrounds culturels fournit un environnement créateur de valeur. Et c'est en considérant l'égalité des genres comme un réel facteur de performance que nous parviendrons à une plus grande maturité collective.

Alors, que faire ?

Travaillons ensemble, hommes et femmes, pour une société équilibrée, bienveillante et respectueuse des compétences et complémentarités de chacun. Arrêtons de pousser les femmes à adopter les codes du leadership d'avant-hier. Intégrons la différence de genre, de background culturel comme une opportunité de performance et non comme une menace à l'establishment.

Travaillons ensemble, décideurs politiques et économiques, à montrer les bénéfices que chacun peut tirer de la diversité, en imposant pour toutes les entreprises par exemple un indicateur de la diversité rapporté à la performance économique. Nous verrions très clairement que la diversité n'est pas la charité ; c'est un facteur de performance, un vrai avantage compétitif, qui de surcroit rend notre société plus juste. Alors, acceptons nos différences et valorisons-les !

Lire aussi : Plan de relance et numérique : où sont les femmes ?

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Commentaires
a écrit le 08/03/2021 à 13:18 :
"les femmes sont totalement invisibles dans les médias et sur les plateaux télé"

Les "experts" mâles étant depuis le début des temps les bons soldats de l'oligarchie, corrompus jusqu'au fond des os, sont en effet toujours ceux mit en avant par celle-ci, car particulièrement repus à nous mentir par les temps qui courrent c'est bien plus pratique que de former de nouvelles personnes aux mensonges maintenant des femmes qui racontent n'importe quoi également à la télévision il y en a pléthore quand même aussi puisque la télévision est là pour raconter n'importe quoi en tant que système de manipulation des masses.

Vous tombez dans le piège médiatique vous-mêmes, c'est le jour des femmes donc on interroge les femmes pour parler des femmes, ça tourne en rond tandis que vous mêmes le soulignez en disant "Arrêtons de pousser les femmes à adopter les codes du leadership d'avant-hier. " C'est particulièrement vrai et il vaudrait mieux plutôt devellopper ce thème là à savoir prendre le phénomène dans sa plus large partie à savoir dites nous comment vous voyez le monde de demain plutôt que de nous parler des femmes comme l'année dernière et l'année prochaine.

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