La folle opposition aux brevets sur un vaccin contre le Covid-19

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(Crédits : Regis Duvignau)
OPINION. Contrairement à une idée reçue, les entreprises pharmaceutiques investissent dans la recherche de médicaments bénéfiques à tous. Et la propriété intellectuelle liée aux brevets est un puissant incitatif au développement de cette recherche. Par Bill Wirtz, analyste de politiques publiques pour l'Agence pour le choix du consommateur (Consumer Choice Center).

Dans cette période de crise sanitaire, il est important de souligner le travail incroyable de Médecins Sans Frontières (MSF) dans l'intérêt des patients du monde entier. L'organisation a un bilan exemplaire en matière d'assistance dans les zones de combat, de famines et de pandémies, pour aider les patients souffrant d'un manque d'assistance médicale.

Lors de l'épidémie d'Ebola de 2014-2015 en Afrique de l'Ouest, MSF a été la principale organisation à se battre pour les patients. Son bilan pourrait d'ailleurs être comparé avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui souffre d'une lenteur importante du fait de son origine politique.

Cependant, son opposition actuelle aux brevets sur les médicaments traitant le Covid-19 méconnaît l'importance des droits de propriété intellectuelle pour l'innovation médicale.

MSF mène une campagne sur l'accès aux médicaments qui déforme les réalités du marché des médicaments, tout en appelant à des solutions qui nuiraient à l'innovation scientifique. La "campagne pour l'accès aux médicaments essentiels" cherche à accroître la disponibilité des médicaments dans les pays en développement en s'attaquant à la question du prix et des droits de propriété intellectuelle. Aux yeux de MSF, les producteurs et les chercheurs s'enrichissent sur le dos de ceux qui peuvent le moins se le permettre.

MSF se trompe en affirmant que les droits de propriété intellectuelle et les brevets n'entravent pas l'innovation, mais permettent en fait le progrès médical. Des dizaines de sociétés pharmaceutiques ont non seulement commencé à chercher un vaccin contre Covid-19, mais ont également consacré beaucoup de ressources à la production de millions de tests, à l'examen des médicaments existants susceptibles de traiter la maladie et ont fourni du matériel et des moyens pour renforcer les systèmes de santé du monde entier.

Efforts philanthropiques sous-estimés

En fait, les efforts philanthropiques des sociétés pharmaceutiques sont remarquablement sous-estimés. Quel que soit le critère retenu, ces entreprises offrent un soutien caritatif, y compris aux organisations travaillant avec les patients sur le terrain. Médecins sans Frontières a déclaré qu'elle n'accepterait pas de dons en nature de médicaments de la part des sociétés pharmaceutiques, mais qu'elle les achèterait elle-même au prix du marché. Les donateurs de MSF seraient probablement stupéfaits à l'idée que leurs dons soient dépensés pour des médicaments que MSF aurait pu obtenir gratuitement.

Nous devons comprendre que les actes de charité ne sont possibles que si les profits sont également possibles. Les entreprises pharmaceutiques développent des médicaments, protègent leurs inventions et font des profits. Si vous supprimez les droits de brevet de l'équation, l'incitation à innover disparaît et les médicaments dont le développement coûte des milliards de dollars resteront hors du marché.

Médecins sans Frontières demande que l'on empêche le profit des médicaments contre le nouveau Coronavirus, tout en ignorant les dons importants qui sont faits pour aider à arrêter ce virus. En fait, la plupart des efforts déployés pour lutter contre la maladie sont des partenariats public-privé, comme l'a été la lutte contre le virus Ebola.

Le risque d'un retard pour trouver un vaccin contre le Covid-19

Il ne faut pas oublier qu'en empêchant les entreprises de faire des bénéfices sur les médicaments, on élimine les incitations économiques et on ignore à la fois les risques et les coûts liés au travail sur un nouveau médicament. Qui sommes-nous pour dire aux laborantins de venir travailler tous les jours gratuitement, alors qu'il y a des risques à aller travailler et à interagir avec leurs collègues ?

L'idée des licences dites obligatoires, qui enlève de facto un brevet à un fabricant, pourrait même retarder encore plus l'introduction d'un vaccin contre le Covid-19. Il faut du savoir-faire et des chaînes d'approvisionnement pour fabriquer et fournir un vaccin efficace. Il est peu probable qu'un vaccin produit sous licence obligatoire soit réellement moins cher que le vaccin original.

On peut dire beaucoup de choses sur la fabrication des médicaments et l'accès aux soins essentiels. Mais un débat approprié doit être mené sur la base de certains faits fondamentaux. Parmi ceux-ci, il y a le fait que les sociétés pharmaceutiques investissent des sommes considérables pour fournir des médicaments qui sauvent des vies, et que ces mêmes sociétés ont également pris des mesures pour aider ceux qui en ont le plus besoin. Avec Covid-19, nous sommes confrontés à l'une des plus grandes crises de santé publique de ce siècle. L'innovation et les percées médicales sont plus que jamais nécessaires. Saper la propriété des innovations ne mènera certainement pas aux percées scientifiques qui nous sortiront finalement de ce cauchemar.

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Commentaires
a écrit le 17/05/2020 à 11:53 :
Avant dans les laboratoires de recherches :
il y avait des gorilles , chimpanzés, lapins , chiens , chats , rats ...( des animaux)
Maintenant avec la bio génétique : il y a les pangolins , chauves souris , des malades du sida ( humains et animaux )

Ce sont « les nouveaux laboratoires »
de recherches avant la robotisation du monde

Et si cette crise était
une crise d’organisation et d’éthique ?
a écrit le 15/05/2020 à 18:05 :
C'est évident que "les entreprises pharmaceutiques investissent dans la recherche de médicaments bénéfiques à tous"... si tu as du pognon bien sûr, ou un système de santé suffisamment lucratif en dépit de quelques contraintes.
Dur de faire passer les pharma pour des philanthropes quand même.
a écrit le 15/05/2020 à 16:56 :
La vache, toutes les enquêtes les mieux documentées conspuent la cupidité dramatique des laboratoires pharmaceutiques, mais de loin, vous en êtes à non seulement dire l'inverse mais également censurer la vérité.

Plus de 15000 morts chaque année du fait des effets secondaires des médicaments tellement ils bossent là dedans, trois fois plus de budget pour la publicité que pour la recherche.

Mais bon vous allez encore censurer cette autre vérité, franchement de la part de la tribune c'est d'une malhonnêteté sans limite, quand vous avez un publi-reportage de la sorte ayez au moins la décence d’interdire les commentaires plutôt que de n'autoriser que ceux de la kommandatur.
a écrit le 15/05/2020 à 15:57 :
Il me semble que MSF outrepasse ses compétences en refusant des dons. Par ailleurs, pourquoi serait-ce aux laboratoires de prendre en charge les coûts liés aux médicaments? Et le reste de la société? Il en va de même quand certains demandent une baisse des loyers, à la charge, bien sûr, des bailleurs. Il est facile de s'acheter une bonne conscience avec l'argent des autres.
a écrit le 15/05/2020 à 14:41 :
he ben s'il n'y a pas de brevet, medecins du monde n'aura qu'a s'inventer son vaccin tout seul..........
le non brevetage, ca va quand c'est des gens qui travaillent pour un etat, et la bizarrement, l'etat veut revoir la couleur de son fric ( deja que c'est rare...)
a écrit le 15/05/2020 à 14:15 :
Le régime de licence obligatoire "n'enlève pas le brevet" à son propriétaire mais impose une licence... qui n'est pas gratuite et dont le prix - à défaut d'accord - est fixé par le juge au prix du marché

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