"La France n°1 du tourisme" : l'escroquerie des chiffres !

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui: "La France n°1 du tourisme", l'escroquerie des chiffres !

Non et encore non, la France n'est pas « championne du monde du tourisme ». Avec 55,4 milliards de dollars de recettes, elle n'est même plus sur le podium, éjectée de sa 3ème place par la Chine, elle-même devancée par l'Espagne et les Etats-Unis qui restent loin devant avec près de 180 milliards de dollars de recettes.

Bien sûr, on peut se rassurer en arguant qu'il faut savoir raison garder, comparer ce qui est comparable c'est-à-dire ramener les recettes touristiques d'un pays à la taille de son économie.

En prenant, le top 10 des recettes touristiques en les rapprochant des PIB de chacun des pays concernés, la Thaïlande arrive très loin devant avec un chiffre d'affaires généré par les touristes qui représente plus de 10% de son PIB, suivi de l'Espagne et... de l'Italie. Encore raté pour la France c'est une fois de plus la 4ème place.

Dernier ratio enfin : rapportons le flux de touristes à la population autochtone. Ce sont cette fois-ci les destinations de l'est méditerranéen qui ouvrent la marche : Malte, Croatie, Monténégro, Chypre et Grèce.

D'où vient ce sentiment que la France caracole en tête

Tout simplement, le chiffre systématiquement présenté par le gouvernement ou les médias est celui de la fréquentation touristique. Alors là oui, cocorico, avec près de 84 millions de visiteurs, la France est la première destination touristique au monde et devance, excusez du peu, les Etats-Unis, l'Espagne et la Chine.

Mais ce chiffre est un leurre et il est très mal compris. La France est un pays de passage. Beaucoup de vacanciers d'Europe du Nord, Anglais, Allemands, Belges, Hollandais ne font que traverser le pays avant de rejoindre leur vraie destination finale en l'occurrence l'Espagne ou le Portugal.

Ils restent une nuit, dépensent peu et leur principal budget est celui du carburant et des péages. On le sait peu mais un passager d'un avion en transit à Paris qui passe juste la douane est aussi comptabilisé parmi les touristes. Il faut en fait rapprocher le chiffre du nombre de touristes à celui des recettes pour se rendre compte de l'ampleur du phénomène.

Un visiteur étranger en France dépense en moyenne un peu moins de 500 euros contre plus de 700 en Italie ou encore 756 en Espagne, c'est plus de 50% de plus, alors même que la France bénéficie du tourisme d'affaires qui n'est pas vraiment pas exploité en Espagne et d'un domaine skiable sans aucune comparaison.

Mais tout ne se résume pas à l'Espagne

L'Allemagne fait également beaucoup mieux que nous avec un chiffre d'affaires moyen généré par touriste qui grimpe à 1.312 euros du simple au double par rapport à nous.

Mettons-nous à rêver. Un visiteur étranger dépense maintenant le même budget en France qu'en Espagne. D'un coup c'est près de 8 milliards d'euros de recettes supplémentaires pour la France.

Ce chiffre est lui-même à rapprocher à notre solde touristique. La ligne « voyage » de la balance des paiements affiche un excédent structurel, même en période de crise comme en 2009 et le tourisme rapporte chaque année à la France 10 milliards d'euros de revenus nets en moyenne.

Le bilan est donc positif mais il serait quasiment multiplié par deux si la France faisait aussi bien que l'Espagne.

La France a bien une carte maîtresse à jouer. Son patrimoine, géographique et culturel, en fait une destination prisée par les étrangers du monde entier. Mais la France vit en bonne partie sur ses acquis, qui maintiennent le marché mais masquent les faiblesses en termes d'accueil et de services.

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Commentaires
a écrit le 06/08/2015 à 10:49 :
Bonjour,
Et oui, encore des chiffres gouvernemental modifié pour dire que tout va bien.

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