La Grèce ne s'en sortira pas sans un nouveau modèle de développement

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Gabriel Colletis, professeur, Université Toulouse 1
Gabriel Colletis, professeur, Université Toulouse 1 (Crédits : DR)
La Grèce ne s'en sortira pas avec les recettes imposées par l'Europe. Un véritable plan de développement est nécessaire. Par Gabriel Colletis, professeur d'économie à Toulouse 1 et Ioannis Margaris, vice président de l'opérateur grec de distribution d'électricité (Hedno)

Le résultat des élections grecques s'annonce particulièrement incertain et il se peut qu'au lendemain des élections qui auront lieu le 20 septembre aucune majorité ne sorte des urnes.
Une chose est sûre cependant, quelle que soit l'issue (gouvernement de coalition autour de la Nouvelle Démocratie ou de Syriza, gouvernement technique de transition dans l'attente de nouvelles élections) : le troisième mémorandum sera mis en œuvre. Tous les grands partis grecs ont, en effet, voté son application en juillet.

Le problème de la dette n'est pas réglé

Or ce mémorandum conduit la Grèce vers l'abîme économique et le chaos social. Le problème de la dette n'est en rien réglé ni même évoqué. Les mesures récessives conduiront le pays vers une dépression aggravée et davantage de chômage.
La gestion des dépenses publiques et la réorganisation du système financier grec sont considérés dans ce mémorandum comme n'entretenant aucun rapport avec les activités productives.
Or ce n'est que par un essor de ses activités productives et la mise en œuvre d'un nouveau modèle de développement que la Grèce est susceptible de sortir de l'ornière...et de rembourser une partie de son énorme dette.
Cinq principes nous semblent devoir guider la définition d'un tel projet :
- Recouvrer la souveraineté politique et économique du pays
- Développer la démocratie dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale,
- Répondre aux besoins fondamentaux du peuple grec, en valorisant le travail et les compétences de tous,
- Protéger la nature et plus généralement tous les biens communs,
- Favoriser le développement des territoires, les économies de proximité.

Développer l'industrie et l'agriculture

Sur la base de ces principes, l'enjeu consiste à développer l'industrie et l'agriculture grecques dans leur ensemble en tirant parti des nouvelles technologies : soutien des activités agricoles et agro-alimentaires (agriculture biologique et « raisonnée », etc.), de l'activité de rénovation de logements (utilisation de nouveaux matériaux, etc.), promotion des économies d'énergie (réseaux intelligents, isolation, etc.) et des énergies renouvelables (éoliennes, photovoltaïque, etc.), des industries liées à la santé (biotechnologie, nanotechnologies, etc.) , de la filière textile-habillement (nouveaux matériaux, textiles techniques, etc.), des matériels de transport (petit véhicule propre électrique ou hybride, transports collectifs économes, etc.), de la construction/réparation navale (nouvelles modalités de propulsion, etc...).

Combiner les initiatives privées et un secteur public rénové

Un modèle de développement pour la Grèce ne peut s'appuyer sur une vision moniste fondée uniquement sur l'initiative privée ou bien seulement sur la propriété publique ou encore exclusivement sur l'économie sociale et solidaire. Le nouveau modèle de développement de la Grèce doit être fondé sur la diversité des formes d'économie combinant les initiatives privées, un secteur public rénové et un tiers-secteur performant.

Trois orientations

Ce modèle doit, enfin, être fondé sur la complémentarité organisée de trois orientations :
- La première orientation concerne des actions à mettre en œuvre valorisant de nouvelles formes d'entrepreneuriat ainsi que des formes collectives innovantes d'organisation économiques et sociales : filières, regroupements de petites et moyennes entreprises, projets collaboratifs, etc.
- La deuxième orientation concerne des actions visant à développer des solidarités économiques et sociales, le plus souvent territoriales. Ce deuxième type d'action se situe dans une perspective d'économie sociale et solidaire : systèmes d'échanges localisés, banques temps, circuits courts, économie circulaire, etc.
- La troisième orientation, articulant les deux premières, vise à développer des réseaux productifs territorialisés : clusters de différents types associant des entreprises de taille différente à des universités et/ou des établissement d'enseignement technique portant sur des activités dites traditionnelles comme de haute technologie.

C'est en engageant sans tarder le projet d'un nouveau modèle de développement diversifié, basé sur de nouvelles formes de démocratie et d'implication des forces sociales que la Grèce pourra sortir enfin de l'état de double dépendance, politique et économique, dans laquelle elle se situe : dépendance à l'égard des « institutions » et des formes traditionnelles d'exercice du politique, dépendance économique liée à ses importations et aux financements externes.

Dans la perspective qui vient d'être tracée, plusieurs centaines de personnes en Europe ont accepté de signer un Appel « Un Avenir pour la Grèce ».

Cet Appel concerne bien la Grèce mais il est vraisemblable que son contenu dépasse le cas particulier de la Grèce tant il est désormais indispensable de commencer à construire partout une alternative aux politiques d'austérité.

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Commentaires
a écrit le 13/09/2015 à 18:46 :
@Fr 12/9 22:38
Il faut savoir raison garder: les pays de la ZE et de l'UE n'ont aucune leçon de démocratie à recevoir de la Grèce, et puis quoi encore !
L'Europe n'est pas dirigée par des technocrates mais par des personnes qui sont élues dans leurs pays respectifs, c'est le Conseil Européen.
L'Eurogroupe est composé des ministres des Finances des pays de la ZE. Sont-ils illégitimes ? Il y a bien sur des technocrates qui aident les politiques mais ils sont nommés par des personnes qui sont élues; je ne vois pas en quoi les fonctions de ces technocrates est illégitimes.
Tout le monde a l'air d'oublier que les pays de la ZE, la BCE (et peut-être le FMI) vont encore allonger E 86 mlds pour renflouer une fois de plus la Grèce (en terme de PIB, c'est l'équivalent de E 1 000 Mlds pour la France).
Cordialement
a écrit le 13/09/2015 à 7:38 :
En Grèce, comme en France, il faut basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique.
a écrit le 13/09/2015 à 7:38 :
En Grèce, comme en France, il faut basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique.
a écrit le 13/09/2015 à 1:43 :
1) il n'y a aucune politique d'austérité : les fonctionnaires doivent disparaître purement et simplement tant en Grèce qu'en France et en Europe : ils n'apportent rien et coûtent très cher : quand vous avez un fonctionnaire pour un agriculteur, l'agriculteur n'a aucun espoir de s'en sortir
2) il faut, grâce à l'Europe et aux allemands ou autres entrepreneurs riches , entrainer ceux-ci à entraîner les autres entreprises européenne à se développer : l'entrepreneur allemand est un exportateur performant, il doit aider les autres entreprises européennes à exporter

et pour cela il faut que l'argent puisse inonder l'Europe sans être bloquée par des normes qui tuent l'Europe et n'aident personne.
Pour cela il faut limiter autant que ce peut les blocages sur l'environnement que personne n'a les moyens de mettre en place.
et enfin, il faut les prof et autres fonctionnaires cessent de nous donner des leçons , car enfin, si ils ont de si bonnes idées: qu'il prennent leur argent et agissent !!!
et pour finir, il y a forte à craindre que rien de tout cela n'arrive, car l'Europe s'enfonce inexorablement car, en réalité elle est trop riche, beaucoup trop riche même les grecs sont trop riches puisqu'ils peuvent vivre sur nous
a écrit le 12/09/2015 à 22:45 :
merci pour cet article, j'ai vu recemment une video en youtube sur la Cooperative Integral Catalane, c'est tres ,tres interessant est cela va bien dans le sens de l'article, je crois que la grece a de la chance et qu'elle peut ouvrir des porte nouvelle, bonne chance aux grec
Réponse de le 13/09/2015 à 1:54 :
MERCI !!!!!!
a écrit le 12/09/2015 à 22:38 :
Au fil de la lecture de cet article, j'ai eu l'impression que toutes ces orientations sont tout aussi valables pour la France et bien d'autres pays, ce que la conclusion laisse bien entendre.
Est-ce que les technocrates qui dirigent l'Europe sauront se remettre en cause au vu du bilan grec de ces dernières années, faire preuve d'humanité et respecter les choix démocratiques d'un pays ?
Ce serait un vrai changement et l'espoir d'une Europe unie et solidaire, qui donne envie d'aller de l'avant vers une Fédération Européenne. Mais pour l'instant, c'est loin d'être le cas... Hélas pour les pauvres grecs dont le pays sert de laboratoire pour des dogmatiques entêtés...
a écrit le 12/09/2015 à 21:56 :
Qui paie ses dettes s'enrichit .La Grece doit beaucoup d'argent (40 milliards aux français )et elle a le culot de venir en demander davantage .C'est une situation ubuesque .En France ,des gens sont saisis ,des entreprises coulent, tous endettés jusqu'au coup aimeraient bien qu'on leur prete de l'argent pour rembourser leurs dettes .La Grece doit tout simplement montrer qu'elle doit pouvoir réaliser un budget à l'équilibre dans un premier temps puis degager un excedent primaire pour commencer à rembourser sa dette .Il serrait temps que les pseudos économistes soit honnetes sur la dette ;Si la Grece est à 120 % d'endettement du PIB ,le Japon est à 250 % mais lui rembourse rubis sur l'ongle tout comme la France ,l'Allemagne les USA et autres pays serrieux .On entend pas trop les '''riches '''en Grece ,ils doivent pas etre trop touchés ,comme l'église orthodoxe plus grand propriétaire terrien du pays !Et dire que nos encetres en 1789 ont nationnalisés les biens de l'église et du clergé pour garantir les assignats, et Syriza se dit de gauche ho ho ho ...............
Réponse de le 13/09/2015 à 2:00 :
l'Eglise grecque aide énormément les pauvres, personne dont n'y touchera et avec raison : les pauvres ont aussi le droit de vivre !!! enfin la France n'est en rien un exemple la révolution française n'a fait que tout detruire sans rien construire : notre agriculture s'effondre, sans parler de l'industrie et autres activités !! seuls les fonctionnaires détruisent à eux seuls toute l'économie française : et là, ils savent TRES BIEN FAIRE tout aussi bien qu'en Grèce !!!!
a écrit le 12/09/2015 à 18:06 :
La Grèce ne s'en sortira pas sans un nouveau modèle de développement .............
après '' le nombre d'experts de tout poil '' qui ont exiger en tant que '' unique possibilité '' de mettre cela en application ....? .... les mêmes qui dirigent les 28 pays ....cela fait peur et donne des frissons dans le dos pour demain ....

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