La prochaine vague d'activisme actionnarial se prépare, avec pour base les critères environnementaux et sociaux

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(Crédits : Dado Ruvic)
OPINION. Les investisseurs individuels et institutionnels ont maintenant investi des milliards de dollars ou d'euros dans des fonds qui accordent la priorité à des questions telles que le développement durable et la diversité. Les activistes espèrent bien tirer parti de cet afflux de liquidités. Et la crise sanitaire actuelle va encore accélérer cette tendance. Par Antoine Denry, Directeur Stratégie chez H+K Strategies Paris, professeur au CELSA et à l'Université Panthéon-Sorbonne

Les plus grands hedge funds activistes comme les plus grands gestionnaires d'actifs au monde surfent désormais sur la vague de l'investissement socialement responsable. Elliott Management, connu pour ses campagnes en faveur de rachat d'actions et de changement de direction, a suggéré dans sa récente lettre publique à Evergy, fournisseur américain d'énergie, de réduire son empreinte carbone. De même, dans sa lettre de février à la direction de Prudential, Third Point a souligné l'empreinte carbone excessive du groupe, créée selon lui par la présence d'un siège social à Londres pour les filiales américaines et asiatiques de l'assureur britannique.

Dernière tendance de l'activisme actionnarial, les fonds commencent ainsi à ajouter à leur liste standard de demandes des améliorations dans les pratiques environnementales et sociales des entreprises. Les changements de stratégie, de périmètre ou même de gouvernance ne sont plus les seuls critères de leurs campagnes musclées. En termes de critères ESG les activistes se limitaient jusqu'à présent à la lettre G, ils vont désormais prendre en compte et se mobiliser sur les deux premières lettres, E et S.

Pendant ce temps, les plus grands investisseurs institutionnels comme BlackRock ou Vanguard ont souligné leur engagement envers ces questions. BlackRock, qui gère environ 7 000 milliards de dollars, a déclaré en début d'année, qu'il se retirait des sociétés productrices de charbon thermique détenues au sein de ses portefeuilles, ajoutant qu'il voterait à l'avenir probablement contre la direction et les conseils d'administration des sociétés qui ne révèlent pas comment le changement climatique peut nuire à leur activité. Même chose pour BNP Paribas AM qui exclut depuis le 1er janvier 2020 de sa politique d'investissement les entreprises liées à la production d'électricité particulièrement intensive en CO2.

La mise en évidence de l'ESG s'avère aujourd'hui presque indispensable aux activistes pour gagner le soutien des grands gestionnaires d'actifs, alliés essentiels pour peser sur les mesures qu'ils réclament et arriver à leurs fins. Ignorer ces sujets pourrait rendre leur soutien beaucoup plus difficile à rallier.

Au cours de la dernière décennie, les fonds activistes se sont largement éloignés des seules exigences couvrant la meilleure allocation ou redistribution du capital, l'amélioration de l'efficacité opérationnelle ou les fusions/acquisitions, et se sont plutôt positionnés comme des défenseurs de l'amélioration de la gouvernance. Encore récemment, après avoir essayé de débarquer Jack Dorsey de la direction de Twitter, Elliot a poussé la société à remodeler son conseil d'administration et à préparer un programme de rachat d'actions de près de 2 milliards de dollars. Ce fut encore également le cas lorsque ce même fonds a pointé du doigt l'année dernière la gouvernance de Pernod Ricard, sa culture managériale et les mésententes au sein de la famille et a de facto poussé le groupe à revoir la composition de son conseil d'administration et à présenter un plan d'économies.

Au cours des prochaines années, les campagnes mettant l'accent sur les critères environnement et sociaux, et non plus la seule gouvernance, devraient voir le jour et s'accélérer sous l'effet des changements de politique d'investissement des grands gestionnaires de fonds mondiaux, présents dans la plupart des grandes sociétés cotées américaines ou européennes.

Les activistes ne changent bien sûr pas de logique pour sauver le monde et leurs objectifs restent les mêmes : des cours de bourse plus élevés et, dans de nombreux cas, des dividendes plus élevés pour les actionnaires. Mais ils se doivent de coller à ce qui compte pour les fonds indiciels, indispensables à convaincre dans le cadre de leurs opérations médiatiques de montée au capital. Preuve que le sujet est pris au sérieux, Elliott et de Third Point ont chacun nommé un profil interne très senior pour prendre en charge et guider la politique d'investissement ESG du fonds.

Reste à voir si ces efforts produiront des rendements similaires voire supérieurs à ceux générés jusqu'ici.

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Commentaires
a écrit le 15/05/2020 à 12:14 :
Ahh ah ah ! Grosse rigolade !!

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