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La société numérique exige une formation continue ambitieuse

François Béharel

Publié le 21 novembre 2019 à 09:00 - Mis à jour le 21 novembre 2019 à 17:13

Le système éducatif a partiellement échoué à produire les compétences techniques que les entreprises se disputent depuis près de trente ans.

Le système éducatif a partiellement échoué à produire les compétences techniques que les entreprises se disputent depuis près de trente ans.

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OPINION. Si le monde du travail n'en est pas à ses premiers bouleversements, la révolution numérique s'en distingue toutefois par un élément, essentiel pour comprendre le défi qui se dresse devant nous : le rapport au temps. Ce dernier implique une mise à jour des compétences des collaborateurs à un rythme toujours plus soutenu - ou plutôt, une mise à jour en continu. En ce sens, l'entreprise doit être un lieu d'adaptation permanent. Par François Béharel, président du groupe Randstad France.

Les technologies numériques font l'objet de curiosité, inspirant tout à la fois crainte et respect. Le travail n'échappe pas à cette obsession digitale. Le numérique promet, pour certains, la réalisation universelle par le travail, chacun se trouvant libéré des tâches ingrates et répétitives. Pour les autres, cette révolution marque « l'avènement des tâcherons 2.0 », le retour au taylorisme le plus abrupt.

Mutations continues

Si le monde du travail n'en est pas à ses premiers bouleversements, la révolution numérique s'en distingue toutefois par un élément, essentiel pour comprendre le défi qui se dresse devant nous : le rapport au temps. Les cycles d'innovation se raccourcissent de manière drastique et à peine une technologie atteint-elle le stade de la maturité qu'elle se retrouve potentiellement dépassée par un nouveau standard plus agile, plus efficace, encore mieux adapté. Ce rapport au temps implique une mise à jour des compétences des collaborateurs à un rythme toujours plus soutenu - ou plutôt, une mise à jour en continu là où les précédentes révolutions étaient plus brutales, mais aussi moins fréquentes.

Je ne crois pas aux prévisions fantaisistes qui annoncent que la grande majorité des emplois des dix années à venir n'existent pas encore, ou que les technologies numériques vont détruire des millions d'emplois. Les nouveaux métiers induits par le digital sont le produit de mutations continues, qu'il est possible de suivre à condition de changer d'état d'esprit.

Inadéquation des savoir-faire

Le système éducatif a partiellement échoué à produire les compétences techniques que les entreprises se disputent depuis près de trente ans. En témoignent les soudeurs ou les tourneurs-fraiseurs que notre industrie désespère d'embaucher. Et pourtant, nous continuons de fonder nos espoirs sur la seule Éducation Nationale, alors que le besoin des entreprises en compétences nouvelles va encore plus vite que ce qu'elle est en mesure de produire. Les programmes scolaires sont incapables de suivre le rythme imprimé par l'innovation numérique. La réforme du lycée, qui intègre dès la seconde un enseignement numérique obligatoire va incontestablement dans le bon sens, garantissant à tous une « culture numérique minimale ». La possibilité de suivre une option « numérique et sciences informatiques » ancrera encore davantage la légitimité de la filière. Mais les bacheliers d'aujourd'hui ne rejoindront, pour la plupart, nos entreprises que dans trois à cinq ans.

Alors même que nous n'en sommes qu'aux balbutiements de la révolution numérique, l'inadéquation des savoir-faire est déjà problématique. D'autant plus qu'un autre frein, culturel celui-là, aggrave encore la situation. Selon l'étude Randstad re.search (*) les Français sous-estiment totalement l'ampleur et la nécessité de cette adaptation professionnelle, pour eux-mêmes, alors même qu'ils ont pleinement conscience de la nécessité pour leurs enfants d'embrasser les filières numériques.

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L'importance de la formation continue

Dans ce contexte, notre système de formation continue apparaît, plus que jamais, comme le levier pertinent d'adaptation des compétences au nouvel environnement numérique. Mais à condition de passer d'une logique d'ajustement à celle d'une mise en adéquation réelle des savoir-faire. Au moment où le gouvernement impulse une nouvelle culture de la formation continue, en rendant les salariés acteurs de leur propre formation, il doit favoriser la prise de conscience de la nécessaire montée en compétences numériques. D'autant que ce changement de paradigme n'est pas l'apanage de la seule « startup nation » et de sa cohorte de jeunes pousses digitale, mais impacte l'ensemble des emplois, y compris les métiers de production qui en semblent le plus éloignés.

Les plus grandes entreprises ont intégré cet enjeu et développé leurs outils internes de formation : plateformes numériques, MOOC (Massive Open Online Course) et outils de formation sur-mesure. Ces plateformes digitales, dédiées à la mise à niveau permanente des salariés, restent encore trop souvent inaccessibles à des structures de taille plus modeste. Si des acteurs spécialisés commencent à investir le marché, leur offre doit être rendue plus visible pour ouvrir cette possibilité à davantage de salariés.

L'entreprise doit être un lieu d'adaptation permanent

Il convient également de revoir la manière dont la formation est envisagée et intégrée dans le monde du travail, celle-ci se traduisant majoritairement par des modules « comme à l'école » : quelques jours de formation dans l'année, aussitôt oubliés. Au contraire, l'entreprise doit être un lieu d'adaptation permanent, s'ouvrant plus largement à son environnement et aux experts extérieurs pour accompagner la montée en compétences des collaborateurs.

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L'économie numérisée ne pardonne aucun retard et notre tissu productif doit pouvoir continuer à faire face à une concurrence internationale rendue plus incisive par la technologie. La carte de la puissance économique se redessine au gré d'une diplomatie de l'innovation. C'est en réglant la question des compétences que nous pourrons nous y maintenir. Ce n'est ni plus ni moins que de la compétitivité à long terme de notre économie dont il est ici question.

* Étude Randstad re.search #2 - « Faites ce que je dis, pas ce que j'ai fait. Les Français, le numérique, leurs enfants et l'Education nationale » - septembre 2019.

François Béharel

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