Métiers du numérique : "Les entreprises doivent davantage chercher les talents dans les quartiers défavorisés"

Grâce aux données de Pôle Emploi sur les Quartiers Prioritaires de la Ville (QPV), l'association Diversidays met en lumière que les inégalités d'accès à l'emploi dans le numérique y sont renforcées pour les femmes et seniors. Anthony Babkine, co-fondateur de Diversidays, appelle les employeurs à être plus proactifs pour "aller chercher les travailleurs ignorés des quartiers" afin de répondre à la crise des talents.
Sylvain Rolland

3 mn

La pénurie de talents dans le numérique frappe de plein fouet les entreprises de tous les secteurs, mais celles-ci se privent d'un important vivier dans les quartiers défavorisés.
La pénurie de talents dans le numérique frappe de plein fouet les entreprises de tous les secteurs, mais celles-ci se privent d'un important vivier dans les quartiers défavorisés. (Crédits : DR)

Trouver un développeur, un architecte réseau, un ingénieur système ou un designer graphiste devient de plus en plus compliqué pour les entreprises françaises de tous les secteurs. En cause: la fameuse pénurie de talents dans les métiers numériques. D'après Pôle Emploi, il manque en France en 2019 79.000 professionnels du numérique, et toutes les études alertent sur le fait que ce chiffre est amené à largement augmenter dans les années à venir.

Paradoxalement, les entreprises se privent d'un vivier important de talents, ceux des quartiers socialement défavorisés regroupés sous l'appellation Quartiers Prioritaires de la Ville. Et plus particulièrement des femmes et des plus de 35 ans, largement sous-représentés dans les métiers du numérique. C'est la conclusion du premier indice "QPV et numérique", réalisé par l'association Diversidays.

Lire aussi : La pénurie de talents, prochain frein de la French Tech ?

Manque flagrant de mixité et de diversité sociale dans la tech

L'étude est une nouvelle confirmation de manque flagrant de mixité et de diversité sociale et culturelle dans la tech.

"Le secteur numérique ne reflète pas la société française. On savait déjà que les disparités concernent le genre, l'âge et la provenance géographique, mais celles-ci s'aggravent en fonction de l'origine sociale, ethnique et culturelle des talents", regrette Anthony Babkine, le cofondateur de Diversidays.

Sur la base de données fournies par Pôle Emploi, l'association relève que les femmes des QPV sont cinq fois moins amenées que les hommes à rechercher un emploi dans les métiers du numérique. Sur une base nationale de 100, l'indice pour une femme en QPV est de 23, soit presque un cinquième, tandis qu'au niveau national, un tiers des emplois dans le numérique sont occupés par une femme.

L'accès à l'emploi dans le numérique se complique aussi dans les QPV en fonction de l'âge. Ainsi, l'indice d'un demandeur d'emploi de 25 à 34 ans en QPV est de 90, soit presque autant que la moyenne nationale établie à 100. Mais tombe à 63 pour les 35-49 ans, et à 45 pour les plus de 50 ans. "Dans les QPV, on a encore moins de chances de trouver un emploi dans le numérique qu'ailleurs en France", décrypte Anthony Babkine.

Lire aussi : La French Tech lance son Tremplin pour davantage de diversité sociale

Il faut "aller recruter les talents là où ils sont"

L'enseignement principal de cet indice est que les entreprises confrontées à une pénurie de talents se privent d'une main-d'œuvre accessible mais éloignée de ces métiers. "Il manque des ponts entre les métiers du numérique et les demandeurs d'emplois des QPV, et particulièrement les femmes", déplore le fondateur de Diversidays. Plutôt que d'appeler à un effort supplémentaire de l'État, l'entrepreneur préfère alerter les entreprises:

"Les entreprises ne vont pas assez chercher les talents des quartiers défavorisés. C'est aux recruteurs et aux patrons des entreprises qui cherchent ces métiers sous tension, de prendre leur responsabilités et d'aller recruter les talents là où ils sont, plaide-t-il.

Et d'ajouter :

"Ils doivent faire des efforts de pédagogie et des campagnes ciblées pour toucher un public plus large que l'homme blanc sur-diplômé".

Sylvain Rolland

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Commentaires 5
à écrit le 10/10/2019 à 20:40
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Ben dans les quartiers au lieu de prendre la tête dès mômes avec des maths, des 10 ans leur apprendre à taper du code, le code c'est un langage qui peut être ludique, en dos un jeu comme une chenille c'est juste une page pas plus, et ce sont malgré t...

à écrit le 10/10/2019 à 14:57
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Allez, un peu de discrimination positive ne "fait pas de mal" surtout quand c'est des petites entreprises qui en sont les victimes!

à écrit le 10/10/2019 à 0:30
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Une certaine société( il y a 30 ans ) récolte aujourd’hui ce qu’elle a bien voulu semer hier.

à écrit le 09/10/2019 à 20:57
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Non, j'ai été de ceux la !!! disons plus parlant des langues "spécifiques" au départ, car pour apparaître il faut avoir bien plus de connaissance et pas seulement ! surtout de l’opérationnalité ! Cela m'a permit d'être au bon moment au bon endroit...

à écrit le 09/10/2019 à 18:38
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Des talents terroristes ? Macron qui es tu ? les droits qui protègent les assassins salafistes sont une infamie . Quand on fait la guerre aux barbares tous les moyens sont bons .

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