Nomination de Cédric O au Numérique : les quatre raisons d'Emmanuel Macron

Cédric O
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Alors que les spéculations allaient bon train sur le nom du successeur de Mounir Mahjoubi, qui a démissionné en fin de semaine dernière pour se lancer dans la bataille des municipales à Paris, l'heureux élu Cédric O n'était pourtant dans aucune "short list". Et pour cause : le conseiller d'Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe, spécialisé sur les dossiers économiques, faisait partie de l'équipe en charge du casting !
Après avoir "joué des coudes", d'après nos informations, pour s'attribuer le poste, le voilà promu secrétaire d'Etat au Numérique. Le portefeuille reste à Bercy, sous la tutelle du ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, et du ministre de l'Action et des comptes publics, Gérald Darmanin. Il fait partie des trois nominations du remaniement de dimanche soir, avec Sibeth N'Diaye (porte-parole) et Amélie de Montchalin (secrétaire d'Etat aux Affaires européennes).
Comme Sibeth N'Diaye, la nomination de Cédric O est celle d'un très proche d'Emmanuel Macron qui passe de l'ombre des cabinets à la lumière du gouvernement. Conseiller du Président et du Premier ministre depuis mai 2017 sur les sujets économiques - et notamment numériques -, l'ancien cerveau de Dominique Strauss-Kahn (pour la primaire du PS de 2006), puis de Pierre Moscovici (pour celle de 2011) a rejoint Emmanuel Macron dès le lancement de son équipe de campagne, en 2016, en tant que Trésorier du mouvement. Il y retrouve alors certains de ses anciens compagnons de "la rue de la Planche" (le siège de campagne de DSK en 2006), notamment Ismaël Emelien et Benjamin Griveaux.
Alors que Mounir Mahjoubi était un ancien entrepreneur issu de la société civile, Cédric O présente un profil diamétralement opposé.
Même si les profils sont très différents, nommer Cédric O représente en réalité un changement dans la continuité.
Autrement dit, le bilan de Mounir Mahjoubi est aussi, de manière indirecte, celui de Cédric O, qui impulsait, depuis l'Elysée et avec d'autres conseillers, l'action du secrétariat d'Etat au Numérique. La réelle proximité entre les deux hommes se manifeste aussi de manière plus triviale : pendant qu'il exerçait ses fonctions au gouvernement, Mounir Mahjoubi était remplacé à l'Assemblée nationale par sa suppléante, une certaine Delphine O... la sœur de Cédric O.
Sur Twitter, le nouveau ministre a revendiqué cette "continuité" et ébauché une feuille de route identique à celle de Mounir Mahjoubi, avec tous les grands thèmes chers à l'ancien locataire de Bercy.
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De par son expérience politique depuis plus d'une décennie et son bilan en tant que conseiller de l'Elysée et de Matignon depuis 2017, Cédric O dispose d'un grand carnet d'adresse et connaît à la fois de nombreux parlementaires spécialisés des sujets économiques et numériques, et les représentants de l'écosystème tech.
"J'ai interagi avec lui surtout au début du mandat, il a une très bonne connaissance technique des dossiers", confirme à La Tribune la députée Laure de La Raudière (Agir), l'une des meilleures spécialistes tech à l'Assemblée nationale.
Ainsi, même s'il est très peu connecté aux entrepreneurs de la French Tech, Cédric O faisait déjà partie des interlocuteurs des fédérations professionnelles du numérique, notamment France Digitale, Syntec Numérique et Tech in France.
Cela tombe bien, certains des principaux chantiers de la deuxième partie du mandat d'Emmanuel Macron concernent ces dossiers. Cédric O devra notamment transposer dans le droit national le règlement européen e-Privacy sur les données personnelles, ainsi que la directive "Platform to business" (P2B), annoncée en février dernier par Bruxelles pour encadrer les pratiques des grandes plateformes de e-commerce. D'autres sujets de régulation, notamment issus de la consultation sur les nouvelles régulations numériques lancée par Mahjoubi, sont aussi attendus dans les mois à venir, notamment sur la haine en ligne et pour limiter l'accès à la pornographie pour les mineurs.
La continuité avec Mounir Mahjoubi et l'expertise de Cédric O rassurent aussi la fédération professionnelle Tech in France:
La dernière clé de lecture de la nomination de Cédric O est son expertise des géants du Net. Interlocuteur privilégié des GAFA, Cédric O avait organisé en mai 2018 le premier sommet Tech for Good, où s'étaient réunis à l'Elysée une cinquantaine de grands noms mondiaux de la tech, dont Mark Zuckerberg (Facebook), Satya Nadella (Microsoft) et Dara Khosrowshahi (Uber), avec, à la clé, des promesses d'investissements en France et des initiatives éthiques.
Une opération "mobilisation des géants du Net" que l'Elysée a répété en novembre dernier, lors du sommet de l'IGF (forum pour la gouvernance de l'Internet, présidé en 2018 par la France), en poussant Facebook à ouvrir ses algorithmes à l'Etat français pour la première fois.
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Sa fidélité à Emmanuel Macron, son expérience politique, son "sens du rapport de force" et sa connaissance des géants du Net, ont donc permis à Cédric O de succéder à Mounir Mahjoubi. L'enjeu est important : dans le contexte des Gilets jaunes, le chef de l'Etat a besoin de présenter un bilan significatif dans le numérique pour sa future réélection, et cherche à se construire une image de défenseur des entreprises et des citoyens face aux géants du Net. Les compétences de Cédric O seront mises à l'épreuve dès la deuxième édition du sommet Tech for Good, en mai prochain, et lors du G20 Numérique prévu pour l'été.