La zone euro doit tendre vers une intégration renforcée

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Sarah Hewin, chef économiste en charge de l’Europe chez Standard Chartered
Sarah Hewin, chef économiste en charge de l’Europe chez Standard Chartered (Crédits : DR)
L'Europe ne peut avancer seulement en temps de crise financière. Des réformes de fond doivent être mises en œuvre, dans le sens d'une plus grande intégration. En matière fiscale, notamment, ce qui permettrait la mise en place d'une assurance chômage européenne. Par Sarah Hewin, chef économiste en charge de l’Europe chez Standard Chartered

Il est temps que le moment est venu pour l'Europe d'aller vers une intégration renforcée. Les dirigeants de la zone euro savent ce qui doit être mis en place pour éviter une rupture de l'union monétaire. L'engagement pour l'euro est fort : les politiciens - y compris les eurosceptiques du gouvernement finlandais - ont soutenu un troisième plan de sauvetage pour la Grèce alors qu'ils avaient le choix de ne pas le faire.

Les dirigeants grecs - tout comme leurs homologues chypriotes il y a deux ans - se sont rendu compte que le coût de la sortie de la zone euro était trop élevé, même si les banques ferment leurs portes et l'activité économique s'effondre.

Des mesures importantes ont été prises

Lors de ces dernières années agitées, la zone euro a pris des mesures importantes pour renforcer ses institutions et sa gouvernance. Ces mesures ont empêché que la crise ne se propage comme elle l'avait fait entre le premier et le deuxième plan de sauvetage de la Grèce.

Entre temps, la fragmentation des marchés du crédit a été réduite et les prêts reprennent enfin. Les pays ont entrepris des réformes, et ceux de la périphérie ont e plus œuvré pour l'amélioration de la réglementation du marché des produits - même s'ils partaient de loin - mais aussi pour assouplir le marché du travail. Certains ont fait d'importants progrès en améliorant leur flexibilité économique pour corriger les déséquilibres et lutter contre une faible compétitivité. Les déficits de la balance commerciale ont été en grande partie éliminés, les déficits publics sont maintenant gérables et la croissance économique est de retour.

Mais il ne suffit pas de « faire le nécessaire » au moment le plus haut de la crise. L'apathie politique l'emporte souvent durant les périodes plus calmes alors que l'euro reste vulnérable, à cause de l'intégration incomplète de la zone, de la faible croissance économique et du taux de chômage élevé.

Les décideurs politiques doivent rapidement agir pour la prochaine étape de l'intégration

La croissance et la productivité dans la zone euro ont souvent été en dessous de celles des Etats-Unis depuis la création de la monnaie unique, et le chômage y est deux fois plus élevé. Faire des affaires est loin d'être «facile» dans de nombreux pays, selon les indicateurs de la Banque mondiale.

Il est urgent pour les politiques d'agir pour la prochaine étape de l'intégration : en accélérant les mesures qui permettent de partager les risques, tout en augmentant la productivité des pays de la zone.

Pour ce faire, il est nécessaire de créer un fonds commun d'assurance des dépôts (une mesure qui aurait pu empêcher la ruée vers les banques en Grèce) et d'avancer vers une union des marchés de capitaux. Cela permettrait de booster le financement par le marché, qui ne représente qu'un cinquième des prêts contractés dans la zone euro, contre 70% aux Etats-Unis.

Des réformes nécessaires

Un marché financier développé pourrait diminuer l'impact des chocs extérieurs, ce qui réduirait la nécessité d'une union fiscale complète dans la zone euro. Une avancée partielle vers plus d'intégration fiscale pourrait notamment se traduire par la mise en place d'un système d'assurance chômage européen. Cela permettrait d'atténuer l'impact de chocs asymétriques qui touchent certains pays en particulier et non pas la région entière.

La productivité a de fortes chances d'augmenter grâce à des investissements plus conséquents et de meilleures opportunités pour la création d'entreprise. Mais cela exige des réformes continues, concernant le marché du travail et des produits, ainsi qu'une meilleure réglementation, de l'exécution des contrats, par exemple.

De telles mesures sont risquées pour les gouvernements. Le partage de ces risques repose sur une perte de souveraineté plus grande, et une réforme économique remettrait en cause les intérêts nationaux à proprement parler. Les avantages d'une telle réforme mettront donc du temps à voir le jour.

L'immobilité ne peut être une option, si nous voulons éviter les crises futures

La question est de savoir ce que l'Europe est prête à faire pour prendre en main son destin. Il y a des défis politiques évidents : la réduction du chômage devrait augmenter «le désir d'Europe», mais dans certains pays, le soutien envers les partis nationalistes reste élevé malgré un taux de chômage assez faible.

Cependant, nous pensons que les dirigeants européens devraient prendre en compte le soutien populaire constant et solide à l'euro - plus de 60% de la population, même durant les moments les plus difficiles de la crise en 2012/2013. On observe d'ailleurs une tendance à la hausse durant ces deux dernières années pour atteindre aujourd'hui près de 70%.

Les ajustements budgétaires touchant à leur fin et la politique monétaire laxiste gagnant enfin du terrain, plusieurs facteurs sont aujourd'hui rassemblés (faible coût du pétrole et euro concurrentiel) pour permettre la poursuite des réformes nécessaires à l'amélioration du milieu des affaires européen. C'est l'occasion de passer aux prochaines étapes pour l'union bancaire, en engageant l'union des marchés de capitaux et en jetant les bases d'une union fiscale limitée.

L'immobilité ne peut être une option, si nous voulons éviter les crises futures et faire perdurer l'euro pour les 17 années à venir.

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Commentaires
a écrit le 01/11/2015 à 2:27 :
L'euro est le problème de l'Europe et Madame voudrait qu'il perdure....... je fais un cauchemar !

Nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus vouloir de votre Union Européenne, et nous finirons bien par gagner. N'oubliez pas que les français sont patients, mais que lorsque ça craque, ils coupent des têtes !!
a écrit le 31/10/2015 à 11:53 :
Cette dame, très sûre d'elle, montre le type de politique qui lui convient: la politique de Vichy; la France n'est rien sans l'Allemagne, elle, les états européens ne sont rien sans le système antidémocratique européen. Cela s'appelle de la soumission..
a écrit le 31/10/2015 à 5:55 :
On n'en veut pas, de votre UE. On vous l'a déjà dit, et on vous imposera d'en tenir compte.
a écrit le 30/10/2015 à 22:08 :
Accroitre la pression PAR TOUT LES MOYENS POSSIBLES, afin de "FAIRE PASSER" en force CE QUE LES PEUPLES REFUSENT COMME ONT REFUSÉ AU FIL DES
"CONSULTATIONS" POPULAIRES ? Ce que l'on nommait autrefois VOTE DANS UN ÉTAT DÉMOCRATIQUE ? Tout les moyens sont bons, pour nous faire
"avaler la pilule" DES PLUS SIMPLISTES AUX PLUS TORDUS, POUR au final
imposer par la force la chose ? PRÉTEXTANT QUE C'EST pour le bien commun ?(sic)
Et allez HOP, PASSEZ MUSCADE ! T'as l'bonjour de la démocratie ! Requescant in pace !!!
a écrit le 30/10/2015 à 22:02 :
Commençons déja par réduire les taxes et le nombre de fonctionnaires ...
C'est un rêve comme la taxe mondiale de Piketty ... car vous aurez toujours un état qui ne sera pas solidaire pour s'enrichir au détriment de la masse .
C'est un peu comme la contrebande ...
a écrit le 30/10/2015 à 21:49 :
D'où elle sort celle là ? Le pied dans la tombe ces technocrates refusent de voir la catastrophe actuelle dans une Europe sans frontière, sans armée, sans diplomatie, sans banques, sans espoir .
Même les Eurobonds ne suffiront pas à restaurer la confiance perdu d'une génération dans son système monétaire.
a écrit le 30/10/2015 à 19:01 :
Point d'intégration possible avec une Europe sous le joug de l'Allemagne (l'étouffement le l'affaire VW par la commission est une preuve de plus).
a écrit le 30/10/2015 à 16:10 :
Pourquoi répéter ces mensonges sont on connaît pourtant la teneur ?
a écrit le 30/10/2015 à 14:22 :
Il y a l'Europe telle que le peuple la rêve, l'idéalise, le doux discours des sirènes, et l'Europe réelle, totalement différente, que nos europeistes cyniques mettent en place, au service de la finance et d'une minorité Bilderberg. Certes, on a aidé la Grèce. Mais, paradoxalement, l'UE donne aussi des milliards d'€ à un pays non européen, l'Ukraine, et on refuse d'aider davantage en intra. Où est la logique ?
Le peuple voudrait une intégration logique et harmonieuse, démocratique, bien sûr !
Mais on le voit, ce n'est pas ce qui sera mis en place par nos dirigeants, dont le but serait de "livrer un espace de nations, sans gouvernement, sans démocratie, sans limite territoriale, livré ainsi à un marché planétaire sous clé américaine". Regardez l'actualité politique actuelle portugaise (tensions autour de la création d'un nouveau gouvernement, refus de reconnaître la victoire obtenue démocratiquement de la gauche antieurope...), c'est un déni de démocratie pur et simple. Tout comme nous avons eu un précédent, en France, avec le référendum de 2005.
a écrit le 30/10/2015 à 13:54 :
Oui une convergence de la fiscalité est indispensable à l'intérieur de la zone euro, pour mettre fin à la concurrence fiscale qui nous affaiblit tous.

Mais il faudra aussi faire converger nos droits du travail, quittes à assouplir le droit français.
a écrit le 30/10/2015 à 13:23 :
Et si finalement on en restait là avec les projets d'évolution en Europe ? Car après tout les états sont souverains ce que les peuples demandent, ont leur propre système socialo-fiscal ce qui est une excellente chose (permet une certaine respiration par dévaluation interne en l'absence de monnaie) et l'euro ne s'est pas effondré pour autant en dépit de ce que pouvait raconter les cassandres de tous bords. L'Europe est utile sur certains dossiers (taux de change/dollar, marché commun, réglementation environnementale ou telecom...) mais n'est pas l'alpha et l'omega de la préoccupation française. Elle ne constitue pas plus l'origine de nos problèmes que la solution à ceux-ci...
Réponse de le 30/10/2015 à 13:52 :
Vu la concurrence fiscale qui règne entre les États de la zone euro, oui c'est l'origine de beaucoup de nos problèmes, et l'union fiscale en est la solution.
Réponse de le 31/10/2015 à 9:30 :
La convergence des fiscalités signerait simplement la disparition des états. Nous ne partageons pas les mêmes cultures et nous n'avons pas les mêmes principes de solidarité. Par ailleurs les niveaux de vie sont très différents donc ça n'aurait pas beaucoup de sens. Par exemple en France ça a du sens de subventionner les bas salaires par l'impôt alors que ça n'en a pas dans les pays plus pauvres.
a écrit le 30/10/2015 à 13:18 :
Mettre le mot "réforme" a toute les sauces alors qu'il ne s'agit que d'adaptation, on ne convaincra de la nécessité "des réformes" que par la confiance et l'on en est loin, alors que l'adaptation ne pose pas de problème! Vouloir créer une assurance chômage ne risque pas d'augmenter cette confiance!
a écrit le 30/10/2015 à 11:21 :
A qui profite l'Europe? aux financiers et aux fiscalistes et consorts. Donc quand on leur demande leur avis ils sont forcément pour plus d'Europe c'est logique elle défend son bout de gras! Est ce que par contre les peuples ont le même enthousiasme par rapport à cette Europe qui les ignore?
a écrit le 30/10/2015 à 10:33 :
Ca commence mal: "Il est temps que le moment est venu". est du français? Pourquoi pas: "que le moment est venu Il est temps":

Une platrée indigeste.
a écrit le 30/10/2015 à 10:15 :
Ca fait du bien de lire du bon sens, du constructif, du pragmatique.
Ca redonne un peu d'espoir pour la suite !

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