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Le changement climatique a-t-il fait le lit de Daech?

Photo de Ivan Best

Bjorn Lomborg

Publié le 10 décembre 2015 à 11:42 - Mis à jour le 10 décembre 2015 à 12:06

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Un candidat à la présidentielle américaine, estime « le changement climatique est à l'origine de l'augmentation du terrorisme", notamment en raison de la dégradation de l'approvisionnement en eau en Syrie. Qu'en est-il vraiment? Par Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint au Copenhagen Business School. Bjorn Lomborg commente chaque jour l'actualité de la COP21 pour La Tribune

Durant les préparatifs de Paris, les activistes et les célébrités ont entrepris des campagnes pour l'action, incluant des discussions sur les effets du changement climatique.
Ainsi selon la mise en garde de Bernie Sanders, le candidat à la présidentielle américaine, « le changement climatique est à l'origine de l'augmentation du terrorisme », tandis que le Prince Charles pense que les effets du réchauffement climatique sont « une des raisons majeures de l'horreur en Syrie ».

Daech occupe les esprits

Il est clair que Daech et la menace terroriste occupe les esprits ici à Paris, mais l'exagération n'aide personne. PolitiFact, le site web lauréat du Pulitzer, a qualifié l'affirmation de Bernie Sanders de « principalement fausse ».
Sanders pourrait mettre en avant le récent article qui suggère que le changement climatique aurait joué un rôle dans la guerre civile en Syrie. Cet article argumente essentiellement sur le fait que l'accroissement de la sécheresse dans cette région augmente parallèlement à la hausse des températures du fait du réchauffement climatique.

D'autres facteurs jouent beaucoup plus

C'est plausible. Il y a des raisons de croire à cette théorie. Au fil de temps, les changements climatiques spécifiques à une région peuvent exacerber l'instabilité dans certaines zones déjà instables. Mais l'absence de démocratie, les effets de la démographie et la force institutionnelle y jouent chacun un rôle largement plus grand. Et mettre le changement climatique en cause pour les agissements Daech et la guerre en Syrie, c'est aller beaucoup trop loin.

Premièrement, blâmer le réchauffement climatique pour la prétendue augmentation de la désertification en Syrie revient à ignorer l'historique de la mauvaise gestion de l'eau dans cette région et le fait que la population syrienne a triplé en 35 ans - ces deux paramètres peuvent mettre largement plus de pression sur les ressources que des changements climatiques relativement faibles.

Deuxièmement, cela revient également à éluder la question du facteur humain, notamment les effets en cascade des politiques étrangères des États-Unis et de la Grande Bretagne, ou des soulèvements, des tensions religieuses et ethniques, et des répressions politiques dans les régions arabes.
Une autre publication scientifique s'est penchée sur « Le rôle de la sécheresse et du changement climatique dans le soulèvement syrien : démêler les déclencheurs de la révolution ».

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Mauvaise gestion des ressources naturelles

Selon les constats principaux de cette recherche :
« Bien que le changement climatique ait pu contribuer à empirer les effets de la sécheresse, surestimer son importance est une distraction inutile qui détourne l'attention du cœur du problème : une mauvaise gestion à long-terme des ressources naturelles. Par ailleurs, se centrer exagérément sur le changement climatique revient à rejeter le poids de la responsabilité de la dévastation des ressources naturelles en Syrie loin des gouvernements qui se sont succédé depuis les années 50 et permet au régime d'Assad de blâmer des facteurs externes à ses propres échecs ».
L'auteur de l'étude conclut que : « Le rôle éventuel du changement climatique dans cette succession d'évènements n'est pas seulement hors de propos, c'est aussi une distraction inutile ».

Troisièmement, se pencher uniquement sur ce qui s'est passé revient à ignorer ce qui ne s'est pas passé. Dans la mesure où le changement climatique se traduira généralement par une augmentation des précipitations, le fait que certains pays connaîtront plus de sécheresse signifie que dans le même le temps, la sécheresse sévira moins dans d'autres pays.

D'autres pays subiront un stress climatique moindre


Bien que tous les modèles prévoient une diminution de la disponibilité en eau au Moyen Orient due au réchauffement climatique, le nombre supplémentaire de population en situation de pénurie d'eau (stress hydrique) sera compensé exactement par le même nombre bénéficiant d'une diminution de stress hydrique ailleurs (ex : selon cet article récent les populations à forte démographie vont augmenter le nombre d'individus en situation de stress hydrique à environ 1.8 milliards, mais le réchauffement climatique va augmenter ou diminuer ce chiffre dans un ordre de grandeur inférieur).

Ainsi, si la Syrie verra son taux de sécheresse augmenter à cause du réchauffement climatique, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, l'Angola et une partie du Brésil verront leur taux de stress hydrique baisser. De fait, si nous nous inquiétons du fait que la guerre civile en Syrie pourrait avoir été causée en partie par le réchauffement climatique, nous devrions logiquement être reconnaissants au changement climatique qui va réduire la probabilité d'une guerre civile dans ces autres pays.

À lire également

  • COP21: le traité de Paris vu du Ghana
  • COP21: que veulent vraiment les citoyens?
  • La dérive des énergies nouvelles: la preuve par l'exemple

Il existe globalement plusieurs raisons de prendre le changement climatique au sérieux. Mais l'alarmisme constitue une très mauvaise base pour faire des choix politiques éclairés. Et essayer de blâmer le réchauffement climatique pour les horreurs qui ont eu lieu récemment à Paris, ou pour le carnage continuel en Syrie, nous amène tout bonnement à faire fausse route.
Traduit par Ninah Rahobisoa

Bjorn Lomborg

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