Le mandat d'Emmanuel Macron est-il bloqué jusqu'en 2022 ?
Jean-Michel Arnaud

Jean-Michel Arnaud.
DR
Jean-Michel Arnaud

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Le début de
l'année
2019 a
vu les
bouleversements
provoqués par
l'élection d'Emmanuel Macron
atteindre une acmé dramatique. Après
une année et demi
e
de réformes menée
s
tambour battant,
s'
appuy
ant
sur
un bloc
central
cohérent,
modéré et pro-européen, la crise des Gilets Jaunes a porté un brutal coup d'arrêt à la dynamique
impulsée par le nouveau Président. Elle n'a pas tant révélé, comme certains ont pu
le dire
, la fragilité du soutien populaire à Emmanuel Macron que la remontée à la surface d'une crise lancinante qui couvait au cœur du pays
. M
ais l'arrivée au pouvoir d'un
e force politique représentant principalement les
« gagnants » a
probablement
accentu
é
la frustration et
le sentiment de déclassement des « perdants ».
Cette crise, en partie le fruit
d'une
nouvelle donne politique, a elle-même pris une forme inédite
.
Dans la continuité de l'action d'Emmanuel Macron, les Gilets Jaunes ont
court-circuité tous les
forces
qui encadraient jusque-là les mobilisations populaires, partis politiques ou syndicats. Ils ont
également
instauré un mode de gouvernance horizontal,
coordonné
avec l'aide des réseaux
sociaux, et de nouvelles formes d'actions qui ont posé un défi considérable au maintien de l'ordre. Là encore, le Président a répliqué à cette crise exceptionnelle de manière inattendue
en lançant le G
rand débat
national
.
C'est à
l'issue de cette crise, et en plusieurs étapes, que
s'est effectué
le retour de balancier et le retour à une certaine normalité politique.
Il
ne
faut
d'abord
pas oublier
que la réponse au
mouvement des Gilets Jaunes
est
passée par l'octroi de généreuses
mesures
financière
s, recette
éprouvée
lorsqu'il s'agit d'acheter la paix sociale.
Emmanuel Macron s'est
aussi fortement
appuyé sur les élus locaux
lors du Grand débat
, notamment les maires, eux qui s'estimaient jusqu'ici mal aimés par
un
Président qui
n'est pas
issu de leurs rangs.
A l'approche d'élections municipales qui ne sont historiquement pas favorables au pouvoir en place, et le s
er
ont
d'autant
moins
à
une nouvelle force politique
comme La République En Marche
, Emmanuel Macron et son mouvement n'ont eu d'autre choix que de nouer à certains endroits des alliances très « ancien monde », au grand dam des militants locaux.
Ce mouvement s'est encore
accéléré
à la suite de
la mobilisation contre la réforme des retraites
.
Les
corps intermédiaires
, et les corporatismes, ont fait leur retour en force : partis
,
syndicats
et
litanie des professions
essayant
chacune d'arracher une concession au gouvernement.
Le mouvement de contestation signe
également le retour
d'une
confrontation
classique mettant aux prises
l'ensemble de la gauche
politico-syndicale
et
un gouvernement
accusé de porter atteinte au modèle social du pays.
Plus que le
fond de l'affaire
, il est rare
après tout
qu'une réforme de ce type soit fortement populaire dans l'opinion. C'est le risque de se faire enfermer dans
un
schéma binaire qu'il a tant cherché à combattre qui représente le plus grand danger pour Emmanuel Macron.
Cela est d'autant plus vrai que le centre de gravité de la majorité
continue à dériver
vers la droite, mettant en péril l'équilibre originel. A
u-delà de l'exercice du pouvoir
,
qui
renvoie immanquablement son
titulaire
à une
image
trop
gestionnaire
,
divers
facteurs expliquent cette
évolution :
nécessité
de faire preuve de fermeté
dans le maintien de l'ordre
face à la violence de la rue,
rôle croissant jou
é
par les transfuges LR au sein du gouvernement,
déconvenues sur le doss
i
er de l'écologie. Le pouvoir lui-même semble assumer ce mouvement sur sa droite, comme en témoignent la nouvelle offensive
sur le « séparatisme
»
islamiste
et
les nombreuses alliances nouées
pour les
municipales
.
De ce point de vue, le fait
d'imposer
l'écologie
comme une des grandes
priorités de la fin du quinquennat répond à une nécessité : celle de ne pas se couper irrémédiablement de l'électorat citadin de centre-gauche, qui avait plébiscité Emmanuel Macron en 2017. C'est néanmoins une stratégie risquée,
qui implique pour le gouvernement de s'adresser
en même
temps à des segments assez distincts de l'opinion et qui l'expose à
la
critique si les mesures prises ne sont pas jugées à la hauteur. La
Convention citoyenne pour le climat
en est
une bonne illustration
. L'équilibre promet d'être très difficile à trouver entre les attentes légitimes des citoyens, la volonté des parlementaires de ne pas être marginalisés et une ligne gouvernementale
claire qui ne pourra pas s'accommoder de choix politiques ou budgétaires trop radicaux. La capacité disruptive d'Emmanuel Macron sera mise une fois de plus à rude
épreuve
.
Jean-Michel Arnaud