"Le numérique détruit l'emploi" : c'est FAUX

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
Avec l'explosion du numérique renaît le spectre de la fin du travail. Étayé par une succession d'études déclinées à travers les pays, qui, les unes après les autres, prédisent la disparition de 30 à 40% des métiers. Au niveau des entreprises, ce discours fait mouche. L'automatisation numérique est déjà tangible : dans l'industrie, les machines sont de plus en plus autonomes et polyvalentes. Dans le transport, la perspective du véhicule autonome se rapproche. Dans les services, les algorithmes permettent de plus en plus de traiter la relation client à distance et remettent en cause les guichets physiques, les caisses dans les magasins, etc.
Et pourtant, en dépit de tout cela et surtout de la crise, l'emploi fait plus que résister - en apparence -dans la plupart des pays avancés. De façon paradoxale, le taux d'emploi augmente en moyenne dans les pays avancés. Autrement dit, l'emploi s'accroît plus rapidement que la population en âge de travailler...
En Allemagne ou au Japon notamment, la baisse de la population en âge de travailler pousse à une mobilisation accrue de la main-d'œuvre disponible (migrante dans le cas allemand), là où elle aurait pu être l'occasion d'automatiser sans douleur les process. Pour paraphraser Solow, le numérique est partout sauf dans l'emploi. Et même avec des taux de croissance faméliques, les économies parviennent à créer de l'emploi. Autrement dit, la croissance s'est globalement enrichie en emplois.
Et pour pousser encore le constat, contrairement à ce que relatent les données sur le PIB, c'est-à-dire une rupture en niveau et en tendance de la production, rien de tel pour l'emploi des principaux pays avancés. La crise fait plutôt figure de trou d'air transitoire. Les tendances de moyen terme semblent avoir repris leur cours aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en France et au Japon. Et dans les quelques pays où l'emploi semble s'infléchir plus lourdement, c'est pour une raison spécifique qui n'a pas grand-chose à voir avec la vague numérique, comme en Espagne ou en Italie.
J'évoquerai ici trois grandes raisons qui expliquent la résilience de l'emploi, outre les incitations fiscales et réglementaires en faveur du travail peu qualifié.
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Pour conclure, ne pas voir la fin de l'emploi dans les chiffres ne présage sûrement pas de l'avenir, mais nous met en alerte sur l'écueil de raisonnements trop simplistes.
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Olivier Passet, Xerfi