Le Périphérique parisien, des nuisances mais aussi des bénéfices

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(Crédits : Reuters)
IDÉE. Le Boulevard périphérique va être un des enjeux de la campagne électorale municipale de Paris. Critiqué pour ses embouteillages et la pollution générée, certains préconisent sa suppression pure et simple. Mais ce serait oublier un peu vite les avantages induits qu'il procure. Par François Lévêque, Professeur d'économie à Mines ParisTech, dernier livre paru "Les habits neufs de la concurrence" (éd. Odile Jacob).

Le Boulevard périphérique est une voie communale gérée par la Ville de Paris. Plus d'un million d'automobilistes l'empruntent chaque jour. Sans plaisir. Idem pour les résidents qui l'entourent. Comme Bartleby, un héros de Melville, ils préfèreraient ne pas. Ne pas endurer d'embouteillages. Ne pas subir de bruit. Ne pas souffrir de la pollution. Mais le Périphérique n'est-il que nuisances ?

Sans doute puisque sa destruction pure et simple est même envisagée dans le cadre de la campagne municipale qui vient de démarrer. Pas de doute non plus sur l'absence de bénéfices qu'il procurerait en lisant le rapport d'une mission d'élus d'aujourd'hui, un rapport sur son futur discuté cette semaine au Conseil de Paris. Il contient deux mesures phares : la limitation de la vitesse autorisée à 50 km/h et la diminution du nombre de voies.

On ne sait pas

Admettons que ces contraintes réduisent significativement les émissions en microparticules et gaz variés en comparaison de la circulation d'aujourd'hui. C'est une évidence pour les auteurs du rapport mais en réalité on ne sait pas. Des forces contraires agissent dont on ne connaît pas la résultante : d'un côté un écrêtement de la circulation entre 70km/h et 50 km/h et un nombre total de kilomètres parcourus moins nombreux - et donc moins d'émissions ; d'un autre, une vitesse moyenne plus basse (elle est aujourd'hui de 35,5 km/h en journée) et plus de kilomètres parcourus à une vitesse d'escargot - et donc plus d'émissions. Cinq ans plus tard, on ne sait d'ailleurs toujours pas si le passage de 80km/h à 70km/h a réduit les émissions car aucune évaluation sérieuse des effets de cette mesure n'a été réalisée.

Mais admettons que cette diminution espérée des émissions se réalise. Elle réduira de facto les effets qui lui sont associés : consultations médicales pour gêne respiratoire, arrêt maladie, décès prématurés, et même, pour le CO2, contribution au réchauffement de la planète. Bref, elle entraînera une baisse des coûts sociaux, c'est-à-dire les coûts subis directement par les individus plus les coûts subis indirectement par la société.

Mais la circulation apporte aussi des bénéfices sociaux. Il ne faut pas l'oublier. Se rendre plus vite d'un point à un autre fait gagner du temps à l'automobiliste. La vitesse moyenne dans Paris intra-muros est par exemple deux fois plus lente que sur le Périphérique. Or le temps, c'est de l'argent. L'ordre de grandeur qui est retenu par les économistes du transport est d'une quinzaine d'euros par heure.

Bénéfices indirects

Il convient aussi de tenir compte des bénéfices indirects. La mobilité contribue à la richesse car elle met en relation un plus grand nombre d'individus et d'activités que la distance autrement séparerait. Cela permet plus d'échange commercial, un plus grand partage de connaissances et d'expériences et une meilleure adéquation des besoins et demandes d'emploi. C'est un résultat fondamental des travaux de l'économie géographique.

Négliger les bénéfices sociaux du Périphérique, en particulier indirects, revient à faire fausse route. Cette attitude conduit à proposer et imposer de trop fortes limitations du trafic. Elle conduit aussi à des erreurs d'appréciation manifestes. Ainsi un adjoint à la Mairie de Paris s'insurge-t-il dans le rapport précité contre ce qu'il croit être une iniquité : les Parisiens payent les charges d'exploitation du Périphérique à travers leurs impôts, en subissent les nuisances alors que, l'utilisant peu, ils en profitent peu.

Il est vrai que seuls 5% des déplacements observés sur cette voie communale ont Paris intra-muros pour origine et pour destination. Le reste se divise à peu près en deux moitiés : 45% de déplacements de banlieue à banlieue et 50% de déplacements entre Paris intra-muros et extra muros dans un sens ou dans l'autre. Comme si les déplacements pendulaires des banlieusards travaillant à Paris ne contribuaient pas à la richesse de Paris intra-muros et de ses habitants ; de même pour les déplacements sans origine ni destination dans Paris intra-muros même si sans doute leur apport à la prospérité de la Capitale est un peu moindre que pour les précédents.

A son inauguration en 1973, le Périphérique n'était vu que comme une source de bienfaits. Ne tombons pas dans l'excès inverse aujourd'hui en ne lui accordant que des défauts.

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a écrit le 13/06/2019 à 0:41 :
C'est bien parce que les boulevards extérieurs étaient insuffisants que le périphérique a été construit. C'est pour décharger le périphérique du trafic national que l'autoroute circulaire A86 a été construite mais inachevée. Car n'oublions pas que Paris est encore le centre routier de la France où convergent toutes les grandes autoroutes. Un passage obligé dont les français aimeraient pouvoir se passer. Nous rêvons tous de réseaux de communication maillés et multicentres, mais c'est Paris qui décide des communications et des zones blanches.
a écrit le 12/06/2019 à 8:32 :
Cette tribune considère comme une évidence qu'une limitation de vitesse de 70 à 50 km/h conduira à un ralentissement de la vitesse moyenne sur le périphérique, ce qui n'a rien d'évident... La création de bouchons liés à des irrégularités de circulation (freinage, circulation en accordéon...) peut être source de ralentissements majeurs (arrêt de milliers de vehicules pendant des heures...) qui réduisent la vitesse moyenne. Phénomènes bien connus en hydraulique (et c'est tout à fait analogue) !
a écrit le 12/06/2019 à 4:30 :
Avant la construction de BP, les parigots utilisaient les "bd exterieurs".
Certes le traffic etait moins dense que de nos jours, mais ca circulait plutot bien.
Des lors que ce truc horrible qu'est le BP a ete acheve, le foutoir a suivi.
Réponse de le 13/06/2019 à 9:50 :
Matins calmes aurait-il oublié qu'il y a 50 ans, il y avait 5 fois moins de voitures en région parisienne, que la population du grand Paris était beaucoup moins nombreuse, que des usines (donc des emplois) existaient encore en proche banlieue, qu'il n'y avait pas de trams sur les boulevards des maréchaux, etc....
Aussi le retour à ces temps idylliques des années 60 en l'absence de bvd périphérique paraît sérieusement compromis !
a écrit le 11/06/2019 à 15:05 :
Quand tous les véhicules auront une motorisation électrique (batteries, PAC, autres technos), la pollution sera quantité négligeable. En fait, le véritable but politique est d'interdire la circulation dans Paris. Pour cela, la technique est rodée : on rend les objectifs intenables pour virer une personne, la la méthode est identique : rendre les conditions de circulation insupportables pour les automobilistes...
a écrit le 11/06/2019 à 14:56 :
Je rêve de circulations de colis et de personnes en souterrain, soit par circuit à air comprimé (comme anciennement pour la poste) soit par sustentation magnétique du type Maglev ! Cela pour toute la France (voire 'Europe ?) en remplacement des voitures et camions thermiques. Dans combien de siècles toujours irrespirables ?
a écrit le 11/06/2019 à 9:14 :
"Bénéfice social" en parlant d'un moyen de transport qui n'a fait et qui ne fait que nous diviser depuis le début, il faut être sacrément en retard côté réflexion là, il vous manque énormément de recul.

Vous avez vu comme on est bête en bagnole ? Primitifs, brutaux, vaniteux, effrayés... -_-

Je fais plus de 50000 kms par an, la bagnole m'est indispensable pour le travail mais sinon je l'exècre.

Entre les LREM qui ne comprennent rien et des "experts" incapables de prendre le moindre recul il est évident que côté mobilité on va encore gaspiller 5 ans.
Réponse de le 11/06/2019 à 11:06 :
Si vous exécrez la voiture, changer de métier ou de zone d'habitation!
Réponse de le 11/06/2019 à 12:34 :
@ multipseudos:

"La notion de libre arbitre a été inventée par les classes dirigeantes".

T'es vraiment sûr de ne pas vouloir que je t'explique ?
a écrit le 11/06/2019 à 5:23 :
A Seoul, les diverses mairies ont pris a bras le corps depuis vingt annees la destruction de toutes ces arteres rajoutees au fil du temps.
Le resultat est tres net fluidification du traffic.
Cerise / le gateau, ca degage visuellement. Que du benef.
a écrit le 11/06/2019 à 1:47 :
Bonjour,je vis avec le periph devant porte de Vincennes à côté du rond point et sincèrement depuis 5 ans que je suis là bas 3 été de suite avec la pollution et la chaleur sa gorge et ses ganglions étaient très irrités nécessitant un rdv chez le doc. Qd au bruit impossible de dormir même la nuit fenêtre ouverte d'ailleurs qd on ouvre c'est le son de la tv ou autre à fond sinon le bruit couvre tout. Et franchement je n'étais pas contre le periph en arrivant mais au bout de 5 ans on peut devenir fou. Alors si il va falloir faire qq chose pour que ça change.
Réponse de le 11/06/2019 à 11:25 :
Déménager !!!! En venant habiter là, vous avez dû vouloir gagner du temps pour vous rendre au travail. Si vous vous éloignez de Paris, qui semble être votre lieu de travail, vous aurez comme désagrément de passer plus de temps dans votre voiture ou les transports en commun. A vous de choisir.
a écrit le 11/06/2019 à 0:30 :
Désolé mais l'air est irrespirable aux abords, des milliers de familles y sont exposérs même des écoles qui étaient déjà présentes avant l'arrivée du périphérique.il faut un vrai effet et rapide, une action politique responsable.

Marre des 'oui mais'! Le vie de milliers de personnes est engagée
Réponse de le 12/06/2019 à 12:51 :
Il faut être inconscient pour s'installer avec des enfants devant le périph.
a écrit le 10/06/2019 à 23:48 :
Enfin un article pragmatique et équilibré.
Cela nous change de la logorrhée anti-voiture de la Maire de Paris.
Quand il n'y aura plus de périphérique tous les prix augmenteront (notamment alimentaires) encore plus car le prix du transport aura flambé mais bons les bobos parisiens n'en ont que faire...
Réponse de le 11/06/2019 à 17:19 :
Fermer le périph. ? Qu’est-ce que cela va changer ? Le nombre de bagnoles sera, grosso modo, le même. Elles se reporteront sur d’autres axes, par exemple le Boulevard des Maréchaux. Que vont penser les personnes habitant sur ses axes ?
Une expérience grandeur nature : fermeture de la voie sur berge.
Allez interroger les personnes qui habitent ou travaillent dans des immeubles sur les quais hauts. Vous serez édifiés par ce qu’ils disent. Et les relevés d’AirParif montrent que la pollution s’est déplacée (merci pour les quais hauts !) mais est globalement la même.
Il y a sans doute des solutions plus subtiles que la fermeture du périph. Un exemple parmi bien d’autres : une couverture plus ou moins partielle.
Réponse de le 12/06/2019 à 12:52 :
Une limitation de vitesse modulable en fonction du traffic.

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