Les chômeurs français sont-ils trop indemnisés ? Et les cadres ?

 |   |  863  mots
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, les chômeurs français sont-ils trop indemnisés ?

Le chômage est-il trop et trop longtemps indemnisé en France ? Oui pour la Cour des comptes. En France, la durée des indemnisations est calculée sur le principe "un jour cotisé = un jour indemnisé", dans une limite de deux ans maximum. Et même de 3 ans pour les plus de 50 ans. Seuls les Pays-Bas indemnisent plus longtemps que la France (38 mois), tandis que l'Espagne et le Danemark offrent une durée d'indemnisation similaire à la nôtre.

Est-il trop généreux ? Oui encore pour la Cour des comptes.  Le système n'est pas dégressif en France, comme dans la plupart des pays. Et les taux de remplacements initiaux sont plutôt élevés.

Néanmoins, les systèmes d'indemnisation du chômage ne sont pas aisés à comparer. Le degré de générosité des systèmes combine au moins trois dimensions : le taux de remplacement, souvent dégressif avec le temps, la durée d'indemnisation et l'éligibilité qui conditionne le taux de couverture du système. Par ailleurs, une partie du coût du système relève des caractéristiques du chômage et notamment du poids du chômage de longue durée qui peut influencer fortement le taux de remplacement apparent.

Ainsi, même si le système français est sans dégressivité, et indemnise longtemps, lorsque l'on rapporte le poids des allocations chômage au taux de chômage, en corrigeant ainsi les effets d'échelle liés aux différences de taux de chômage entre pays, la France est plutôt en position haute, mais loin d'être en position extrême. Par ailleurs, l'indemnisation du chômage ne relève pas exclusivement du régime d'assurance chômage ou de solidarité, mais engage aussi la fiscalité, et d'autres aides sociales, notamment les aides au logement, etc. Les pays diffèrent très fortement sur l'ensemble de ces dimensions et critères. Lorsque l'on tient compte de tous ces éléments, la générosité du système français ni pas si manifeste.

Un système en déséquilibre

Prenons le taux de remplacement la première année, moyenne de diverses situations familiales (célibataire ou non, avec ou sans enfants) et de revenus (67, 100 et 150% du salaire médian). La France est bien en position haute parmi les pays de l'OCDE. Si l'on tient compte maintenant de la diversité des aides sociales (aide au logement, fiscalité) notamment. La France demeure en position haute, mais régresse et de rapproche de la médiane. Reprenons le même calcul pour les chômeurs de longue durée, en tenant compte toujours du cumul des aides sociales.... Et là, la France figure plutôt en bas de l'échelle.

Reste que le système est en déséquilibre et que lorsque l'on recherche des zones d'économie, il faut tenir compte de deux constats : la durée d'indemnisation influence la durée du chômage. Il existe

  • 1/ bien une pointe de retour à l'emploi au voisinage du basculement vers un revenu d'assistance.
  • 2/ Ces comportements sont particulièrement affirmés chez les plus qualifiés. Ce sont eux qui sont les moins enclins à accepter une décote de leur salaire ou de leur qualification pour retourner en emploi.

Dit autrement, le chômage est beaucoup plus involontaire chez les moins qualifiés, et le SMIC les protège d'une décote  significative.

Tout cela incite à remettre en cause la spécificité la plus manifeste du système français. Le très haut niveau de son plafonnement. Un chômeur en France peut touche  jusqu'à 7.300 euros brut (6.300 net) par mois, alors que dans de nombreux pays, comme l'Espagne ou l'Italie, le montant maximum de l'allocation chômage est inférieur à 1.700 euros et qu'en Allemagne ou en Suède il est inférieur à 2.500 euros par mois. Conséquence, 30% des dépenses d'indemnisation du chômage sont versés aux 10% des chômeurs les mieux indemnisés.

Les cadres, vrais passagers clandestins du système

Dit autrement, plus enclins à différer leur retour à l'emploi, et absorbant une part importante des ressources, les cadres seraient les vrais passagers clandestins du système. C'est oublier trois choses cependant :

  • 1/ plafonner l'allocation des cadres, c'est admettre qu'ils s'auto-assurent et que leur patrimoine, notamment leur résidence principale est menacée en cas de chômage, comme dans tant d'autres pays.
  • 2/ c'est oublier aussi qu'ils contribuent plus que les autres, et que loin de pomper les ressources, ils participent à une redistribution des plus qualifiés vers les plus précaires.
  • 3/ c'est oublier enfin que le système d'indemnisation est précisément là pour éviter la décote des qualifications, et la destruction du capital humain.

 Baisser le plafond est certes la mesure d'ajustement la moins inéquitable. Mais c'est rester à la surface des choses si l'on ne traite pas en priorité l'efficacité des services de l'emploi et la qualité des emplois créés, pour que la France soit là où elle devrait être. C'est-à-dire en pénurie de cadres.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 29/12/2016 à 16:03 :
"Un chômeur en France peut toucher jusqu'à 7.300 euros brut (6.300 net) par mois, alors que dans de nombreux pays, comme l'Espagne ou l'Italie, le montant maximum de l'allocation chômage est inférieur à 1.700 euros et qu'en Allemagne ou en Suède il est inférieur à 2.500 euros par mois." :: ces chiffres font rêver les Grecs. Dans notre pays, l'indemnisation du chômage ne dépasse pas les 500 euros (quel que fut le salaire), tandis qu'un prof en fin de carrière touche 1.400 euros net, sans oublier que les taxes et impôts ont plus que doublé depuis le début de la crise et que les prestations de l'etat-providence diminuent comme une peau de chagrin (surtout en ce qui concerne la couverture médicale).
a écrit le 29/12/2016 à 15:42 :
Un équilibre à respecter.
On peut comprendre le raisonnement logique de ceux qui cotisent le plus. Car c'est une assurance et la cotisation prélevée est fonction du salaire. En cas de chômage il est donc logique de percevoir un revenu au prorata de ce que l'on a cotisé.
Mais pour que le système reste perenne, il faut aussi qu'il soit à l’équilibre et qu'il n'y ait pas de disproportions. Ce qui risque de se passer, dans un contexte de disparition, certes partielle mais inévitable du travail salarié, c'est que le nombre de cotisants se réduise, ce qui conduit : soit à augmenter les cotisations (déjà élevées), soit à réduire les indemnités, soit à exclure. Ce qui serait la pire des solutions, étant donné que le système actuel exclut déjà beaucoup de monde.

En attendant Godot, on peut toujours instaurer un plafond et la dégressivité. Sachant que ce n'est qu'une nouvelle rustine, dans un contexte de concurrence mondiale et d'augmentation des inégalités, pas seulement de salaires, mais aussi en termes de sécurité de l'emploi.

En attendant de rétablir un équilibre social (ne rêvons pas trop) il faut instaurer le revenu de survie, dit universel. A défaut de mieux repartir les richesses, la solution la plus simple consiste à mieux repartir le temps de travail. Le modèle des 35 heures fait partie des solutions et il est étonnant qu'autant de politiques veuillent le détruire. Il vrai cela pose des problèmes dans le secteur public et que personne n'ose reformer directement le fameux millefeuilles.
a écrit le 29/12/2016 à 13:48 :
La majorité demande une limitation des indemnisation des cadres. Alors il faut allé au bout du raisonnement, il faut aussi limité leur cotisation. Si l'indemnisation est de 2 fois le SMIC alors ils devraient cotiser sur 2 fois le SMIC.

A 58 ans bac +5 en gestion d'entreprise et gestion de crise je ne trouve pas de travail. Alors que je ne suis pas indemnisé!!! Où est le lien entre indemnisation et emploi? Alors que le lien entre l'age et l'emploi est clair dans l'évolution des statistiques. A plus de 55 ans le chômage de longue duré frappe plus que dans les autres catégories.

En revenant à 8% de taux de chômage le système est à l'équilibre. La France a l'un des taux de sous emploi les plus important. Il est plus facile de taper sur les chômeur que de favoriser leurs retours dans le monde du travail.
a écrit le 29/12/2016 à 11:08 :
Laisser les faire les politiciens au service des milliardaires, de toute façon il faudra bien qu'un jour où l'autre nous mettions un terme à leurs nombreux crimes.
a écrit le 29/12/2016 à 10:54 :
D'abord excellent article.
Pour les cadres pourquoi ne pas mettre un système fortement dégressif avec un plafond de deux fois le smic par exemple et favoriser le retour à l'emploi en permettant d'ajouter au salaire une partie de l'allocation de chômage. Solution qui pourrait être gagnante pour le cadre et la caisse de chômage
a écrit le 29/12/2016 à 10:51 :
D'abord excellent article.
Pour les cadres pourquoi ne pas mettre un système fortement dégressif avec un plafond de deux fois le smic par exemple et favoriser le retour à l'emploi en permettant d'ajouter au salaire une partie de l'allocation de chômage. Solution qui pourrait être gagnante pour le cadre et la caisse de chômage
a écrit le 29/12/2016 à 10:03 :
il faut arrêter de surindemniser ces cadre car ceux sont eux qui détruisent petit à petit le système.Il devraient toucher au max 3000 4000€ et encore je suis gentille par rapport à d'autres pays...Pour leurs crédits immobilier en cas de chômage ils possèdent une assurance avec le crédit non?
Réponse de le 29/12/2016 à 11:34 :
à vouloir stigmatiser les cadres , on va arriver à une partition du régime de l'assurance chômage qui s'avérera désastreuse pour les chômeurs non cadres , car les cadres vont exiger et obtenir un système assuranciel exclusif pour eux , avec en plus , une possibilité de diminuer leur taux de cotisation sans toucher aux prestations percevables .
actuellement les cadres contribuent à environ 30% des recettes de l'assurance chômage , et reçoivent autour de 10% du montant total des prestations versées .
quel Gouvernement voudra prendre le risque d'inciter les cadres à sortir du système assuranciel actuel en diminuant leurs indemnités chômage percevables , sans baisse de leur taux de cotisation ou plafonnement du montant afférent ?
même les socialistes n'ont pas osé franchir le pas .
le nouvel audacieux Macron peut être ?
a écrit le 29/12/2016 à 9:52 :
Le problème c'est que l'indemnisation est proportionnelle au lieu d’être forfaitaire, la justice sociale n'est pas de donner moins a ceux qui cotisent moins par la force des choses! Mais a une solidarité sociale de la participation de ceux qui on pu épargner pendant leur temps de travail! Donc égalité dans le chômage!
Réponse de le 29/12/2016 à 11:42 :
si vous voulez une indemnisation forfaitaire , alors il faudra également que la cotisation soit forfaitaire . sinon ce sera une injustice contraire au droit .
Réponse de le 29/12/2016 à 13:41 :
Le droit se change, l'injustice reste! La proportion n'est que justice, le forfaitaire l'est aussi! Entre les deux il y a un État!
a écrit le 29/12/2016 à 9:27 :
La fin de l'article est purement idéologique , le plafond d'indemnisation est très élevé et pourrait être abaissé de manière raisonnable.
Réponse de le 29/12/2016 à 13:15 :
+1.Ouvrons aussi le dossier de la retraite des cadres,digne des régimes spéciaux de la fonction publique tellement elles sont généreuses
a écrit le 29/12/2016 à 9:09 :
Ces personnages de la cour des comptes risquent ils un licenciement ?
Les grands patrons sont ils trop payés au détriment des salariés ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :